L’auteur, Alexis Roy-Letarte, est un jeune de 15 ans engagé dans les sphères politiques.

J’écris sans savoir si j’ai le droit d’écrire. Après tout, quelle leçon j’ai à donner en tant qu’homme blanc hétérosexuel et cisgenre? J’ai supposément la chance de ne pas être opprimé. Je suis supposément privilégié en raison de ma couleur de peau, de mon identité sexuelle et de genre. 

En réponse à cela, je dirais oui! Oui, je suis privilégié mais non parce que je n’ai pas à me soucier du pronom par lequel l’épicier va m’appeler. Je suis privilégié parce que je suis de la classe moyenne. Je suis chanceux car je n’ai pas à me demander si je vais devoir dormir dans la rue ou si ma famille sera évincée de son logement le mois prochain en raison de rénovictions!

Il existe de nombreuses définitions du wokisme, mais ici je désire parler de cette idéologie sous une note plutôt critique. Selon Nadine Vincent, professeure au Département de communication de l’Université de Sherbrooke : On l’associe désormais plus souvent à des personnes « moralistes, dogmatiques, qui donnent des leçons, qui prônent la culture du bannissement et la rectitude politique ». 

Depuis peu, ses dérives se font de plus en plus sentir, et à un rythme mirobolant. Je ne peux quasiment plus ouvrir mon téléphone sans tomber sur un autre exemple de « cancel culture », de répression de pseudo appropriation culturelle, d’une étude qui s’intéresse aux perspectives féministes en glaciologie ou d’une publication m’informant que certaines écoles vont maintenant célébrer la fête du parent 1 et du parent 2, plutôt que la fête des mères et des pères. 

Je suis et serai toujours un ardent défenseur de la lutte contre le racisme et les violences anti-LGBTQ. Il ne faut pas oublier ces combats, mais ceux-ci ne doivent pas pour autant voiler les enjeux collectifs. 

Les enjeux wokes sont individualistes. On est dans la logique du moi, moi, moi, de la peur d’être offensé ou vexé, mais surtout dans la peur d’offenser les autres. Car ce sont des luttes fondées sur le ressenti individuel, chaque personne va réagir différemment à une “micro agression”. Ce sont des enjeux qui divisent énormément et immédiatement lorsqu’il y a un désaccord d’idée, les wokes s’acharnent directement à traiter la personne de raciste, de misogyne ou de LGBTQphobe, comme si les nuances n’existaient pas. On crée d’énormes fractures dans la société avec ça. 

À l’opposé, les enjeux collectifs tels que les luttes de classes et l’indépendantisme sont totalement éclipsés par les débats gangreneux du wokisme. Ces enjeux sont fondés sur des bases collectives. Par exemple, la justice sociale se veut de regrouper tous les humains et l’indépendance tous les Québécois. Le combat de Jareth Nebula se considérant comme un extraterrestre agenre ne représente que celui d’une extrême minorité, ce n’est pas un combat collectif ! 

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Je milite en politique depuis que je suis tout petit. Je me suis toujours réclamé fièrement à gauche. Mais aujourd’hui, j’ai honte de ce que la gauche est devenue. À un point tel que je ne dis plus que je suis de gauche, mais plutôt que je suis de gauche économique pour ne pas me faire associer au wokisme. 

Je suis à gauche parce que je trouve que ça n’a juste aucun bon sens comment les richesses sont réparties dans le monde. Je suis à gauche parce je ne supporte pas que des millions d’enfants meurent de faim dans les pays en voie de développement chaque année pendant que des milliardaires peu scrupuleux comme Elon Musk encaissent des milliards. 

Jamais, dans l’histoire du monde, l’élite économique n’a été aussi puissante et riche, jamais celle-ci n’aura autant asservi le peuple. Mais pourtant, actuellement, ce qui préoccupe principalement les jeunes c’est de s’obstiner avec des définitions de dictionnaire pour savoir si le racisme systémique existe ou pas.

Sans grande surprise, cela ne semble pas déranger les multimilliardaires de voir le débat politique monopolisé par ces enjeux. Pendant ce temps, personne ne se préoccupe du fait qu’ils exploitent sans pitié. 

Devant la dérive grandissante du wokisme qui devient de plus en plus inquiétante je ne vois qu’une solution qui s’offre à nous : faire tout ce qui est en notre pouvoir pour remettre les luttes collectives au premier plan de l’arène politique. Nous avons plus que jamais besoin de solidarité autant ici qu’ailleurs dans le monde, et pour protéger cette solidarité, c’est notre devoir de lutter contre cette idéologie. 

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