sarah thaïs barbieux
Les deux livres sont reliés à la japonaise. Nécessitant peu de matériaux – une couverture épaisse et un fil – cette reliure est artisanale. Thaïs Barbieux, responsable de l’assemblage des livres, explique qu’il ne s’agit pas d’un choix esthétique, même si l’aspect « fait à la main » donne un certain cachet, ou économique, puisque cela coûte beaucoup moins cher qu’une reliure à l’allemande (i.e. industrielle). Il s’agit en fait d’un choix écologique : la simplicité de cette reliure est meilleure pour l’environnement. Crédit : Sarah Barbieux

Juste avant le lancement de leurs recueils de poésie, nous avons rencontré les deux artistes d’origine rom, Sarah et Thaïs Barbieux, respectivement mère et fille, pour qui la nature est une inépuisable source d’inspiration. 

Deux artistes : une mère et sa fille 

Née en France, Sarah Barbieux immigre au Québec en 1979 et s’installe en Mauricie quelques années plus tard. Elle s’impliquera dès son arrivée sur la scène artistique de la région. Son œuvre se déploie dans plusieurs médiums : théâtre, danse, cirque, marionnette, chant, percussion, littérature (nouvelles, récits, contes, poésie). 

Pour sa part, Thaïs Barbieux est née ici et a grandi entourée d’arts. Artiste multidisciplinaire, elle est percussionniste, marionnettiste, bassiste, peintre, écrivaine (poésie, roman – notamment de fantasy et de science-fiction) et danseuse. « C’est dans la danse que je ressens le plus de poésie, dit-elle. Ce qui n’empêche pas que toutes mes pratiques s’influencent. »

Deux projets : une troupe et une maison d’édition

L’année suivant son arrivée au Québec, Sarah Barbieux fonde la troupe Caravane, qui propose des spectacles de musique et de danse, notamment celtique et rom. La troupe, dont « tous les membres sont percussionnistes », crée la majorité de ses costumes et même certains instruments de musique introuvables au Québec. 

En plus de son implication au sein de la troupe de sa mère, Thaïs Barbieux a toujours écrit, surtout des pièces de théâtre. Elle explique avoir fondé les éditions de l’Exil en 2013 après s’être heurtée au manque de maisons d’édition québécoises publiant son genre de prédilection. « C’est drôle, car j’ai pris un grand détour avant de me décider à fonder ma maison d’édition. J’ai été élevée dans une mentalité de “si tu ne trouves pas quelque chose, fais-le toi-même”. C’est ainsi que j’ai créé les éditions de l’Exil, qui sont alternatives, indépendantes et non distribuées en librairie. » 

« Je ne fais pas partie de l’industrie du livre, ajoute-t-elle, je ne me vois pas comme une éditrice, mais plutôt comme une accompagnatrice. Je ne pense pas au nombre de livres vendus; mon but, c’est de vivre une expérience artistique. » Sarah précise tout de même qu’« il y a un véritable lectorat, qui apprécie l’expérience particulière que permet l’édition alternative. Nos lectrices et lecteurs se sentent moins pris dans une grosse machine. »

Deux recueils de poèmes : De la Source au Soleil et Veuve du Nord 

De tradition orale, l’écriture est arrivée tardivement au peuple rom. « La première poétesse, Papusza, a écrit durant la Première Guerre mondiale en Pologne, nous apprend Sarah. Elle a été rejetée de la tribu, parce que “femme, qui se met à écrire”. Nous nous inscrivons dans un mouvement dont nous sommes les précurseures. » Thaïs ajoute : « On est la première vraie génération d’autrices roms. »

Le recueil de poésie De la Source au Soleil est présenté par Sarah comme « une anthologie des poèmes que j’ai écrits dans ma vie. » Enluminé et illustré, le recueil présente 109 poèmes – « évidemment, je fais le jeu de mots avec le “sang neuf” » – écrits au cours des trente dernières années. La nature et sa protection prennent une grande place dans ce recueil atemporel et aterritorial où les mots dansent afin de transmettre une émotion première. 

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À l’inverse, le recueil de poèmes de Thaïs, qui a demandé deux ans de travail, est ancré dans un temps et un lieu bien précis. Néanmoins, comme sa mère, Thaïs met de l’avant la nature dans son écriture. « J’aborde le rapport avec les Premières Nations, les animaux, l’immensité du territoire, sans oublier l’exploitation des ressources naturelles. » L’autrice ajoute : « Je suis veuve du nord – expression utilisée pour désigner les femmes qui ont un amoureux qui part travailler dans le Nord. J’installe dans le recueil que c’est moi, que je suis dans l’attente et ne connais le Nord qu’à travers les yeux de mon conjoint. Certains lecteurs m’ont dit s’être reconnus, même s’il s’agit d’une expérience très particulière. »

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