La caricature de Boris sur l’éditorial du mois.

L’avis d’ébullition en lien avec la fermeture de la station de traitement de l’eau du Lac-à-la-Pêche (STELAP) perdure depuis décembre 2021. La situation touche près de 30 000 résident.es des secteurs Shawinigan, Shawinigan-Sud, Saint-Gérard-des-Laurentides et du Lac-à-la-Tortue. Des citoyen.nes se mobilisent depuis plusieurs semaines, dénonçant un manque de transparence de la part de leurs représentants politiques et des dirigeants municipaux. 

Bien que le soutien en approvisionnement soit la réponse qui prime dans l’immédiat, des voix citoyennes requièrent déjà un diagnostic en profondeur. D’aucuns accusent les élu.es et dirigeant.es municipaux de faire preuve de manque de transparence dans le dossier de la STELAP. 

Citoyen vigilant 

La problématique publique entourant la STELAP s’est construite lentement mais surement grâce à la vigilance d’un simple citoyen. L’été dernier, le Shawiniganais André Berthiaume sonnait l’alerte dans les médias et auprès du ministère de l’Environnement pour dénoncer le rejet par la Ville de boues contaminées dans le ruisseau coulant sur sa terre agricole ancestrale. Alerté lui-même au printemps 2020 par des urubus (vautours) tournant au-dessus du ruisseau, l’homme s’est approché, constatant la présence de carpes mortes desquelles émanait une odeur nauséabonde. La série d’échanges qui s’en est suivie entre des employé.es de la Ville de Shawinigan et M. Berthiaume n’auront qu’alimenté le scepticisme chez ce dernier, déplorant le manque de sérieux accordé par ses interlocuteurs. Celui-ci a alors décidé de faire appel au ministère de l’Environnement dont les analyses, contrairement à celles de la Ville, ont révélé le rejet de boues contaminées dans le ruisseau et sur la terre. Une pratique illégale qui aura valu un avis de la part du ministère. Ces rejets ont alors été attribués à l’inefficacité des membranes de filtration ZeeWeed 1000, exigeant un entretien exhaustif. 

Constatant un manque de prise en charge des instances municipales et après avoir parlé au maire Angers en décembre 2020, le citoyen dit s’être tourné en dernier recours vers les médias à l’été 2021.

Environnement de défiance

Depuis la fermeture de la STELAP en décembre 2021, un environnement de défiance et un climat communicationnel tendu sont tangibles à Shawinigan. Des prises de bec entre citoyen.nes et élu.es ont été enregistrées lors des séances de conseil municipal. Des organismes communautaires ont critiqué la lenteur de la réponse logistique des élu.es et dirigeants municipaux. Des résidences pour aîné.es (RPA), CPE et commerces affectés par la situation ont recours aux stations et services d’approvisionnement temporaires mises en place par la Ville et des organismes communautaires. 

Cette situation critique est préoccupante tant au niveau de l’urgence et de la complexité logistique de soutien qu’elle nécessite, que du fait qu’elle aurait pu être prise en charge plus rapidement, aurait-on porté attention plus tôt à la valeur d’intérêt public de l’alerte lancée par M. André Berthiaume.

Lire aussi: «Lettre citoyenne: Hâte de lever mon verre !»

Les débats entourant la STELAP sont présents dans l’actualité régionale depuis le premier mandat du maire Michel Angers en 2009. Ce dernier avait alors insisté pour construire l’usine à cet endroit et continuer de puiser dans le Lac-à-la-Pêche (coût de 64M$) plutôt que dans la rivière Saint-Maurice (coût de 125M$). Si le premier magistrat se dit aujourd’hui toujours convaincu qu’il a fait le bon choix, cela peut expliquer en partie pourquoi des citoyen.nes tiennent le maire – et plus largement le conseil de ville – responsables des problématiques qui en découlent. 

Nous devons aussi mettre en doute les entreprises qui ont fait les choix d’ingénierie et de technologies qui font défaut. Radio-Canada dévoilait qu’une enquête est actuellement menée par le Bureau de normalisation du Québec (BNQ) au sujet des membranes ZeeWeed 1000, la technologie utilisée à la STELAP. De son côté, Michel Angers déplore avoir eu à composer avec les exigences du plus bas soumissionnaire et les contraintes de technologies approuvées par le ministère de l’Environnement. Mais sans chercher à faire porter le blâme au premier magistrat et aux élu.es de Shawinigan, il y a lieu de se questionner sur leur style de gestion.

Gestion opaque 

Pris entre le devoir d’informer pour rassurer et la crainte de se mettre dans l’eau chaude de la médiatisation, la gestion municipale et politique serait-elle devenue de plus en plus opaque ? 

Il semble de plus en plus difficile de ne pas voir dans l’attitude du conseil actuel de la Ville de Shawinigan, les processus de l’idéologie managériale et de la gouvernance dénoncés à juste titre par le philosophe québécois Alain Denault (Gouvernance, 2013), à savoir que la rétention d’information ne peut être justifiée du simple prétexte d’un style de gestion pragmatique. Or, il conviendra ici de rappeler aux élu.es que la citoyenneté participative ne se limite pas simplement à des exercices de consultation sur des projets au caractère attractif, mais il faut aussi savoir établir des communications bilatérales en temps de crise et prioriser la gestion préventive. 

Le fait de craindre une mauvaise exposition médiatique est susceptible à moyen-long terme de miner davantage la confiance des citoyen.nes envers leurs représentant.es. Pour ne pas perdre la face, il ne faut pas se cacher, il faut affronter la tempête. 

Par ailleurs, est-il nécessaire alors que nous sommes toujours en pleine crise sanitaire de rappeler les liens étroits et fragiles qu’entretiennent la protection de la biodiversité et des écosystèmes et la santé publique ? 

Remercions finalement M. André Berthiaume d’avoir su porter cette situation critique à notre conscience collective. 

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