éditorial transparence steven roy cullen

C’est fait. Terminées les prédictions sur les hausses de taxes à venir. Le budget 2023 de la Ville de Trois-Rivières a été adopté. Nous savons maintenant à quoi nous en tenir. Mais au-delà de l’impact financier sur notre portefeuille, quelles seront les répercussions sur les services aux citoyens? Si on se fie aux documents rendus disponibles, la réponse n’est pas claire.

Devant la réalité inflationniste, l’exercice budgétaire 2023 a été complexe pour les autorités municipales partout en province. En Mauricie, où l’on doit financer l’arrivée prochaine de la collecte des matières organiques, la tâche pour limiter les hausses de taxes a été colossale. 

À Trois-Rivières, on sait qu’il y aura des compressions dans les services aux citoyens. Selon le document de présentation du budget 2023, il faut s’attendre à une «révision des niveaux de services» de l’ordre de 2,1 M$. Or, impossible de savoir précisément à quels endroits seront effectuées les compressions.

Devant un tel scénario, les citoyens et citoyennes sont en droit de se demander si toutes les options ont été envisagées avant de procéder à une réduction de services. Rien dans les documents disponibles ne rend compte de la réflexion posée par l’administration municipale en amont de cette décision.

En effet, bien que le budget 2023 de la Ville de Trois-Rivières nous soit présenté en dix postes de dépenses selon la fonction (administration générale, loisirs et culture, hygiène du milieu, etc.) ou six postes de dépenses selon l’objet (masse salariale, biens et services, contributions à des organismes, etc.), ces postes ne sont pas détaillés. Pour un budget total de près de 340 M$, c’est bien peu d’information pour comprendre les finances de notre ville. 

Peut-être est-il trop tôt pour diffuser de telles précisions? Peut-être devrions-nous nous référer au rapport financier de l’année précédente pour  en arriver à une meilleure compréhension? Encore là, le détail n’y figure pas. 

Or, à en juger par les informations diffusées dans les médias, le conseil municipal doit disposer de plus de renseignements que les citoyens et citoyennes pour guider ses décisions.

En entrevue au quotidien Le Nouvelliste, le conseiller Alain Lafontaine blâmait dernièrement certains de ses collègues qui auraient, selon lui, divulgués aux médias des renseignements jugés «confidentiels» concernant les discussions en vue de l’adoption du budget. Il a alors affirmé ceci : «C’est toujours le même clan. […] Mais le maire a été élu avec plus de 60 % des votes et il a remporté tous les districts.»

Élire un maire avec une forte majorité ne signifie pas que les citoyens et citoyennes lui signent un chèque en blanc. La démocratie ne peut se résumer à un vote aux quatre ans. 

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Poser des questions ou transmettre une information au public permet à ce dernier de prendre part aux discussions concernant la gestion de son milieu de vie et peut même outiller les élu.es. Cela ne revient pas à nier leur travail ou la confiance que nous avons en eux et elles. Cela nourrit le respect et fait croître la confiance. À l’inverse, le manque de transparence crée plutôt un climat tendu et entretient la méfiance de la population à l’égard des élu.es.

La question ici est de savoir où doit-on tracer la ligne pour définir ce qui constitue une donnée confidentielle dans un contexte de gestion des fonds publics. Il m’apparaît que la conception du caractère confidentiel des informations est actuellement beaucoup trop large à la Ville de Trois-Rivières. 

Je comprends qu’il soit nécessaire de protéger certaines données personnelles. Je comprends aussi qu’il existe des informations de nature stratégique qui ne peuvent être divulguées. En revanche, les demandes dans le cadre de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics pour avoir accès à des informations aussi essentielles que les budgets détaillés devraient relever de l’exception et non de la norme.

À l’heure actuelle, on semble douter de l’intelligence citoyenne. On évite de transmettre de l’information sur un projet en cours de préparation. On préfère mettre les citoyens et citoyennes devant le fait accompli, parce qu’on sait ce qui est bon pour eux. 

C’est à se demander si les mots «participation citoyenne» ajoutés à la direction des communications ne l’ont pas été simplement pour le paraître. Espérons que ce ne soit pas le cas. Souhaitons donc plus de transparence pour 2023.

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