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Josette Villeneuve devant Ligne de flottaison. Photo : Olivier Croteau

Collaboration —Le Sabord

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Depuis plus de trente ans, Josette Villeneuve s’implique dans la communauté artistique de Shawinigan. Ses œuvres ont été particulièrement remarquées au cours des deux dernières années avec son exposition Ligne de flottaison, qui lui a valu le prix des arts visuels Stelio-Sole, le prix Art et culture ainsi que le prix Création en arts visuels. Incursion dans l’univers coloré de l’artiste mauricienne.

Artiste du quotidien

Josette Villeneuve a toujours travaillé avec des éléments du quotidien pour créer des œuvres souvent éphémères. Parmi ces matériaux récupérés, elle privilégie les textiles, comme dans le cadre du projet collectif Partir ou rester là (2012), lors duquel elle a réuni six femmes de Shawinigan, dont sa fidèle collègue Louise Paillé, et leur a demandé d’élaborer une œuvre sur un drap réutilisé. Ces œuvres ont été exposées notamment sur les cordes à linge d’une ruelle de la ville, puis au parc Saint-Maurice avant d’être accrochées à la réouverture de l’ancienne usine Wabasso, « où des générations de femmes avaient cousu des draps ». Le réinvestissement de cet espace industriel a permis une réappropriation par les femmes du lieu de labeur, permettant de boucler la boucle ouvrière. Ce projet, explique Josette Villeneuve avec une certaine fierté, « a créé un réseau dans le milieu » entre les femmes artistes, qui ont collaboré de nouveau par la suite. 

Ces éléments de la vie courante, de la boîte de carton au drap, sont empreints d’une beauté unique, selon l’artiste. « C’est une attirance particulière, qui est très forte », parfois excessive, ajoute-t-elle en riant. « Le carton ondulé brun, je trouve ça beau. […] C’est une séduction de ces matériaux-là, par leurs propriétés esthétiques, qui m’interpelle ». Ce carton a aussi voyagé, et cette histoire du matériau, manipulé par plusieurs personnes avant elle, la fascine. 

Œuvres vives

Alors que l’exposition comporte plusieurs éléments allant des sculptures en mégablocs aux tableaux-collages de cargos de marchandise, à l’entrée de la salle de Ligne de flottaison, une œuvre s’impose: Un monde à raccommoder. Conçues en 2005, les deux énormes mappemondes composées de centaines, voire de milliers d’étiquettes de vêtements récupérées happent le regard. Au moment de leur conception, il y a bientôt vingt ans, « les étiquettes étaient plus texturées. C’était beau, soyeux, et en même temps moiré ». C’est en contemplant la multitude des provenances de tous ces vêtements que l’idée de la reconstitution d’une mappemonde est née. Exposées tour à tour à la galerie Verticale en 2005 (Montréal), à la Biennale nationale de sculpture contemporaine (BNSC) et maintenant à Trois-Rivières et à Jonquière dans le cadre de l’exposition Ligne de flottaison, les mappemondes ont rejoint un large public au cours des dernières années. L’artiste raconte notamment que, lors de son exposition à la galerie Glendon, à Toronto, un homme d’apparence modeste s’était approché d’elle pour lui confier qu’il avait longtemps été à la tête de l’une de ces grandes compagnies de prêt-à-porter ; « c’était émouvant », se remémore-t-elle. Même si ces étiquettes semblent de prime abord banales, Josette Villeneuve rappelle qu’elles sont humainement chargées.

Cette part d’humanité est fondamentale dans la démarche de l’artiste. Pour Josette Villeneuve, la période d’accumulation des matériaux (boîtes de carton, draps usagés, étiquettes) fait partie intégrante de l’œuvre, à la fois en regard du geste répétitif qu’elle requiert, mais aussi par les rencontres qu’elle génère. L’artiste se remémore les femmes des différents magasins de seconde main qui décousaient à l’avance les étiquettes des vêtements à jeter en lui disant « on va t’aider, on va les découper. On t’en a trouvé des belles ! » Ces échanges créaient des « liens qui [étaient] ponctuels, mais qui [étaient] forts, importants dans le déroulement du projet ». 

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À l’image du dernier numéro du Sabord « 122 | sutures », Josette Villeneuve met non seulement de l’avant le travail de la couture, mais illustre l’idée de retisser des éléments du monde qui ont été fragmentés, pour recréer une pièce rassembleuse. Et c’est précisément dans cette idée de morcellement réuni que l’œuvre prend sa puissance : « c’est la quantité qui est phénoménale. C’est le format, c’est l’accumulation, soutient l’artiste, qui créent la dimension artistique. »

La multiplicité et l’accumulation sont tangibles à la fois dans les matériaux réunis, et à la fois dans la main-d’œuvre sollicitée. Actuellement, Josette Villeneuve dirige de nombreux projets collectifs, dont une nouvelle murale dans la ruelle entre la 4e et la 5e Rue de la pointe, à Shawinigan, en plus de mener un projet d’intégration des arts à l’architecture dans la municipalité. Lors de votre prochaine visite dans la ville, soyez à l’affût : fort est à parier que son talent vous apparaîtra suspendu à une corde à linge ou peint dans une ruelle.

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