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Réal Boisvert, février 2016

On fait grand état depuis quelque temps du salaire des hauts-dirigeants. Et dans la majorité des cas, ce n’est pas pour souligner l’importance d’une rémunération supérieure pour le bon fonctionnement de l’entreprise. Ce n’est pas non plus pour démontrer en quoi les mieux payés de la société contribuent au bonheur des nations. C’est plutôt pour dénoncer leur incompétence et du même coup pour rappeler, chiffres à l’appui,  à quel point l’augmentation fulgurante des écarts entre le salaire moyen et celui des grands patrons frise la démesure.

Plus ça change, plus c'est pareil!

Parlant d’incompétence, on a le choix des exemples. On n’en retiendra qu’un ici. Il s’agit de l’ineffable Henri-Paul Rousseau, dit le siphonneur de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Tout juste avant les pertes de 40 milliards $ déclarées par la Caisse en 2008, cela dans la foulée de la crise financière mondiale et de l’effondrement du marché du papier commercial adossé à des actifs, monsieur Rousseau s’est fait repêcher par la plus grande multinationale du pays tout en refusant de rembourser les millions de bonis (provenant de nos impôts) qu’il a empochés sans les mériter.

Dans la même veine, à l’heure où les bourses mondiales sont dans la tourmente, minées par les malversations, le laxisme et la comptabilité obscure qui gangrènent les opérations bancaires chinoises; au moment où le chômage atteint des niveaux inégalés partout dans le monde et alors que l’endettement des ménages bat tous les records  (les ménages sont endettés en moyenne de 1,63 $ pour chaque dollar de revenu disponible); bref, en ces jours incertains, les grands patrons des entreprises inscrites à la Bourse de Toronto ont vu leur rémunération s’accroître de 73 % au cours des dix dernières années. En comparaison, pendant ce temps, le salaire moyen des Canadiens n’a augmenté que de 6 %. Au final, les grands patrons gagnent 171 fois le salaire de leurs employés. Une analyse récente du Centre canadien de politiques alternatives retient une image éloquente pour illustrer cette outrance : « Peu après l’heure du lunch, jeudi le 2 janvier dernier, les dirigeants d’entreprise les mieux payés du Canada auront déjà gagné l’équivalent du salaire annuel de la majorité des Canadiens ».

Les lois et la règlementation fiscale jouent en faveur des grands patrons. Les planificateurs financiers à leur solde font un excellent travail. C’est ainsi qu’ils s’en mettent plein les poches. À la fin, en dépit de l’indignation de la population, les revenus des hauts dirigeants, loin de reculer, vont toujours en progressant. Alors, revenons à l’essentiel, ne serait-ce que dans l’espoir d’en aider quelques-uns à retrouver leur esprit.

Que peut-on bien faire de tant d’argent ? Impossible d’en dépenser à ce point. Alors pourquoi en amasser autant ? Une seule réponse est possible. En dépit de leurs belles paroles, tout ce qui inspire les hauts dirigeants, c’est la cupidité. Virgile disait d’elle : « Cette bête, pour qui tu cries, ne laisse nul homme passer son chemin, mais elle l’assaille, et à la fin le tue; elle a nature si mauvaise et perverse que jamais son envie ne s’apaise et quand elle est repue elle a plus faim qu’avant ».[1]

À bien y penser, voilà une faute morale grave qui, non seulement touche les grands patrons, mais qui menace toutes nos sociétés. Si on s’y attaquait en tout premier lieu, peut-être que c’est ainsi que nous pourrions assister enfin à l’avènement d’un monde meilleur !

[1] Citation tirée de : Alberto Manguel, De la curiosité, Actes Sud/Leméac, 2015

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