Mariannick Mercure – Opinion – décembre 2021 

Après son mandat comme conseillère municipale à la Ville de Trois-Rivières de 2017 à 2021, Mariannick Mercure est de retour dans les pages de La Gazette de la Mauricie. 

Mariannick Mercure. Photo : Étienne Boisvert

L’arrivée en poste du nouveau conseil me replonge dans mes premiers moments à la Ville, il y a quatre ans déjà ! J’étais fatiguée (lire : exténuée) en sortant de la campagne électorale, sans garderie pour la petite et je m’attaquais à une job pas-du-tout-à-temps-partiel ; contrairement à ce qu’on nous avait présenté. Mais surtout, je réalisais un peu plus chaque jour que je venais d’entrer dans une institution dont les murs menaçaient de se rétrécir sur moi chaque fois qu’une nouvelle idée, projet, objectif, etc. surgissait de ma tête, à la manière surréaliste et frustrante d’un personnage de Boris Vian.

J’étais tombée dans la grosse machine à statu quo. Je me rendais compte que derrière chaque petit gain fait dans le passé se cachait en fait un immense combat contre l’appareil officiel rigide et les mille incarnations du pouvoir informel. Un peu comme le principe de Pareto, mais à l’envers.

Donc, j’allais devoir rapidement comprendre les règles formelles qui régissaient l’empire du légal : règlements, lois, directives, politiques… mais aussi, les forces invisibles, puissantes armes de destructions passives aptes à écrapoutir les nouveaux élus les plus fringants : rétention de l’information, contrôle de l’agenda, intimidation juridique… autant de stratégies pour nous faire rentrer dans les rangs au plus sacrant. Crozier et Friedberg auraient pu écrire « l’acteur et le système 2 » avec tout ce qui se trouvait là.

Après quelques semaines à peine, j’ai bien cru que la maudite machine allait m’avaler tout rond.

Les journalistes demandent plus de transparence ? Trop risqué légalement. On veut s’opposer à un projet domiciliaire sorti tout droit des années 80 ? Impossible ! Il est conforme au zonage, on va se faire poursuivre. On caresse l’idée de voter contre l’octroi pour la construction du sacro-saint Colisée ? Mon Doux Seigneur Jésus ! Poursuite interminable en perspective ! Millions de dollars ! Cataclysme appréhendé ! Fin de la civilisation trifluvienne telle qu’on la connait ! OK, les deux derniers j’en mets un peu, mais la force des menaces légales dans le dossier du Colisée n’avait d’égal que la volonté de l’ancien Maire (avouez que ça sonne bien, ancien) d’aller de l’avant. Cette fois-là, j’étais d’ailleurs tombée dans le panneau. Un de mes rares regrets.

En fait, ça prenait de telles proportions que, parfois, dans ce système à éteindre l’initiative, on avait l’impression que c’était le « Cadre Légal » – ou plutôt l’interprétation qu’en faisaient ses disciples devenus empêcheurs en chef — qui détenait finalement le pouvoir de (ne pas) faire avancer les choses. Pas les élus. En tout cas pas ceux qui n’étaient pas assez proches du Maître pour avoir la mainmise sur l’appareil municipal. Un genre de juridicocratie institutionnalisée.

Pis là, je vous parle des éléments faciles à débattre avec des politiciens et fonctionnaires bien ancrés dans le 20e siècle, pas des affaires exotiques (utopiques ?) comme Vision Zéro, la mobilité durable ou — coup de tonnerre — L’ENVIRONNEMENT !

Je suis quand même passée au travers des dédales de ce mandat-là en réussissant, avec quelques alliés, à amener certains changements bénéfiques pour la collectivité. Mais vous comprenez sûrement à quel point je suis franchement soulagée d’être de retour dans le monde réel, terre de liberté et de possibilités politiques beaucoup plus vastes. Après tout, les grands changements dans le monde sont généralement venus du vrai monde qui porte les mouvements sociaux transformateurs et non des institutions gouvernementales réactionnaires.

Alors voilà. Je suis de retour !

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