tête nuances
Capture d'écran de la dernière émission de La tête dans les nuances.

La science, qui avait remplacé la religion à titre de gardienne de la vérité, semble maintenant de moins en moins capable de créer de larges consensus au sein de la population. Comment doit-on comprendre la foi des uns et le scepticisme des autres face à la science ? 

Trois porteuse et porteurs de nuances ont été invités à en discuter avec l’animateur Robert Aubin au cours du cinquième épisode de La tête dans les nuances.  

Selon Pascal Lapointe, journaliste scientifique et rédacteur en chef à l’agence Science-Presse, le cœur de ce problème est causé par la confusion du public entre les faits et les opinions que l’on retrouve dans les médias. 

Une observation que partage Marie-Ève Carignan, professeure au département des communications à l’Université de Sherbrooke et cotitulaire de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent. Lors de la pandémie, une méconnaissance du rôle des journalistes et des impératifs de la méthodologie scientifique auraient entraîné, selon elle, de la méfiance dans la population.   

Comment reconnaître un expert ? 

Julien Prudhomme, professeur et directeur du département des sciences humaines de l’Université du Québec à Trois-Rivières explique que la science est une démarche collective qui doit être confirmée par plusieurs scientifiques. Il en va de même pour l’expertise d’un scientifique qui doit être reconnue par les membres de sa spécialité, ses pairs. 

Or, les messages de désinformation viennent souvent d’un seul expert qui contredit tous les autres, explique Marie-Ève Carignan. « S’il y a un consensus scientifique en général sur un sujet, c’est parce qu’une masse critique de chercheurs ont un accord sur ce sujet-là, donc il ne faut pas se fier à la seule personne qui conteste le consensus scientifique, c’est plutôt louche », dit-elle. 

Le conspirationnisme prend-il de l’ampleur ? 

Selon les recherches de Marie-Ève Carignan et de ses collègues, il y avait déjà, avant la pandémie, une masse de gens qui adhéraient de façon modérée ou plus large aux théories conspirationnistes. « C’est à peu près une personne sur quatre (25 %), dit-elle. La grande différence avec la COVID est dans la vitesse d’adhésion. […] Les gens étaient confinés, ils cherchaient des réponses sur les réseaux sociaux avec parfois de la détresse psychologique. [Ces théories] se sont alors intégrées beaucoup plus rapidement dans les discours. » 

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Les gens s’opposent aussi à ce qu’ils perçoivent comme étant un rapport d’infériorité avec les experts, explique Julien Prudhomme. Devant cette réalité, il faut non seulement vulgariser le contenu intellectuel, mais aborder différemment le discours pour atténuer l’impression d’inégalité. 

La science dans les politiques publiques 

Monsieur Prudhomme est par ailleurs convaincu que les politiques publiques adoptées pendant la pandémie auraient été meilleures si des journalistes scientifiques avaient été présents aux points de presse du gouvernement. « Lorsqu’un journaliste a une bonne littératie scientifique, cela permet de bien cadrer le sujet et de tirer le maximum de l’expertise scientifique. » 

Le journalisme scientifique est encore rare au Québec, souligne Pascal Lapointe, qui dénombre à peine cinq journalistes scientifiques dans l’ensemble des douze médias généralistes de la province. On doit se donner les moyens de mieux vulgariser l’information scientifique, ajoute Marie-Ève Carignan. 

La transparence est également cruciale, fait valoir Julien Prudhomme. « Durant la pandémie, on a vu que les décideurs publics, les politiciens et les chefs d’État n’étaient pas prêts à expliquer leurs décisions en s’appuyant sur des données scientifiques, a-t-il observé. Si on était capable de se donner des politiques basées sur les données [et] développer un vocabulaire politique qui va avec, cela permettrait d’imprégner la sphère publique d’un discours beaucoup plus mûr sur le recours à la science. »

La tête dans les nuances est une collaboration de La Gazette de la Mauricie et de NousTV. Pour visionner l’épisode ainsi que les entrevues individuelles avec chacun des trois invités, rendez-vous sur la page de La tête dans les nuances.

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