Jacques Sénécal – Responsable du Groupe de la Simplicité volontaire de Trois-Rivières (GSV3R) – janvier 2020

L’écoanxiété se fait sentir quand le sort de la planète nous fait peur; c’est un mal de notre siècle. Mais cette peur est-elle une ennemie? Se laisser aller à la crainte (ou la peur) est un grand risque moral et politique, car toute soumission ou repli sur soi qu’une émotion perturbante occasionne pourrait faire naître et croître un autoritarisme politique : des citoyens qui vivent sous le mode de l’insécurité sont prêts à s’abandonner à un despote qui les sécuriserait. C’est arrivé souvent dans l’histoire. La peur serait donc une ennemie sournoise qui ferait de nous des asservis volontaires.

Cependant, la peur peut être une alliée. De tout temps, autant chez les animaux que chez les humains, la peur est un mécanisme très utile pour comprendre la conservation et l’évolution des espèces. Depuis qu’il fut, qu’il est et qu’il sera, l’homo sapiens tire profit de sa peur pour son adaptation. L’homo phobicus a vite compris que la crainte est un commencement de sagesse et le motif principal d’une prudence rationnelle. La peur augmente nos chances de survie. Or, aujourd’hui, tenir le cataclysme pour probable, voire certain, si la croissance économique se poursuit, c’est faire preuve d’un calcul prévoyant qui nous garde réveillés et créatifs. Car, si rien ne change autant dans notre imaginaire que dans nos modes de vie, la catastrophe est inéluctable.        Comprendre cette inexorabilité, c’est se mettre au défi de la prévenir et de l’éviter. Voilà que la peur, devenant une alliée, nous aide à mieux pressentir les catastrophes du futur et à mieux nous y engager pour les conjurer. C’est ce qu’on appelle avoir peur avec raison. Cette anxiété est raisonnable parce qu’elle est fondée sur des faits scientifiques vérifiés par la raison. Elle est conséquente du principe de précaution. C’est un catastrophisme éclairé loin d’un fatalisme ou d’un radicalisme pessimiste.

Grève étudiante pour le climat – Melbourne

« La catastrophe est inéluctable… » Ne signifie pas l’apocalypse ni la panique, mais justifie une anxiété, une crainte bien humaine. Reste à lui trouver un sens et le pouvoir d’en faire une force pour qu’elle soit dirigée dans une trajectoire que la raison peut évaluer avec toutes les informations, connaissances et intelligences dont elle dispose. C’est alors que la peur prendra une signification. C’est ça, la responsabilité; c’est avoir le pouvoir de. Et cette prise en charge est à notre portée. Prendre conscience de notre futur et agir selon la signification qu’on lui donne : doit-on se mentir et risquer de mourir comme des pleutres ou bien craindre, agir et poursuivre? Le mensonge ou la vérité? La mort ou l’action transformatrice? C’est notre choix.

« L’économie est un château de cartes dont nous sommes nous-mêmes les cartes. » Voilà notre part, c’est-à-dire notre pouvoir réel sur le développement économique, et forcément, aussi, sur l’évolution sociale et politique de nos sociétés. On a le pouvoir de donner un sens, une direction et, en même temps, une signification à notre existence humaine. Nous en sommes là, rien de moins! Cela ne se fait pas seul : l’acteur clé dans cette opération n’est pas que l’individu si génial soit-il, mais bien la collectivité, le regroupement, le réseau, la solidarité.

 

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