Stéphanie Dufresne – Environnement – 23 février 2022  Dans le cadre du premier épisode d’une nouvelle série d’émissions de La tête dans les nuances, Anne-Sophie Doré, avocate au Centre québécois du droit de l’environnement, Philippe Duhamel, coordonnateur général du Regroupement vigilance hydrocarbure Québec et Éric Proulx, entrepreneur social impliqué dans le projet d’aire protégée de Saint-Mathieu-du-Parc ont réfléchi à voix haute sur le sens et la portée de l’engagement citoyen en matière d’environnement. La dernière année a vu naître dans la région des regroupements de citoyennes et de citoyens qui revendiquent une meilleure protection de l’environnement. Les coupes forestières à proximité du parc récréoforestier de Saint-Mathieu-du-Parc, le triple projet de porcherie à Sainte-Adelphe et un développement industriel sur des milieux humides à Trois-Rivières ont fait l’objet d’importantes mobilisations.

« En matière de protection de l’environnement, l’heure est-elle toujours à la lutte ou voit-on naître une ère de collaboration?» pose Robert Aubin, à ses trois invités.

Une expertise citoyenne qui se développe

Éric Proulx observe que la sensibilité environnementale est de plus en plus présente dans les milieux ruraux, particulièrement de la part des néo-ruraux, soit des gens de la ville qui s’installent en campagne. « Ces gens constatent que la réglementation n’est pas nécessairement adaptée aux nouveaux enjeux environnementaux et à l’acceptabilité sociale », dit-il. Ceux-ci se regroupent alors pour faire entendre leurs revendications sur la place publique. À travers sa pratique, Anne-Sophie Doré constate la même chose : « tant au niveau provincial que régional ou municipal, il y a une prise de conscience qu’il faut aller au-delà des paroles et passer à l’action en matière d’environnement. » Par le biais des diverses luttes, une expertise citoyenne s’est construite, souligne Philippe Duhamel. La présence de personnes retraitées qui ont des expériences variées, « alliée à la fougue des jeunes et à tout le monde entre les deux » ont permis de construire et d’enraciner un héritage en matière de mobilisation, explique-t-il. Une observation que partage Éric Proulx qui note que la force du mouvement citoyen dont il fait partie, la Coalition pour la préservation du parc récréoforestier, découle à la fois de son aspect intergénérationnel et de la diversité des expertises qui le composent.

Une législation « à la remorque » des revendications

Est-ce que la législation environnementale au Québec a suivi la sensibilité populaire ? Pour Philippe Duhamel, la législation est plutôt à la remorque des actions citoyennes. « Les lois actuelles sont le reflet d’un rapport de force citoyen face à l’entreprise et au gouvernement d’il y a à peu près 10 ans, lance-t-il, on en est là où on en est parce que nos institutions ont failli à leur mission. » Anne-Sophie Doré, confirme que pour s’assurer que les luttes citoyennes s’inscrivent dans la continuité, il faut que la population demande des améliorations législatives. Notant un manque dans l’accès à l’information en matière environnementale, l’avocate insiste sur la nécessité que des changements soient réalisés sur ce plan. « La base de toute action citoyenne est de savoir ce qui se passe sur le territoire et quels sont les enjeux pour la protection de l’environnement », souligne-t-elle.

Une variété de formes de contestation

Lorsque la discussion bifurque sur les motivations émotives de l’engagement citoyen, Philippe Duhamel s’emballe : « Il est normal que ce soit émotif, dit-il, car c’est une question de vie ou de mort ! Le climat nous envoie le message qu’on est à un moment de nature existentielle. Il faut se mettre en action et aller chercher des transformations profondes. » Pour ce faire, il n’est pas exclu d’utiliser des méthodes d’action directes non violentes, telles que la désobéissance civile et la non-coopération. « On ne le fait pas de gaieté de cœur, mais quand les institutions ne répondent plus, le citoyen a le droit de retirer son consentement », explique-t-il. Éric Proulx et les membres de la Coalition préconisent plutôt une stratégie d’occupation du territoire par des organismes du milieu, afin d’assurer sa protection. Selon Anne-Sophie Doré, il est particulièrement important d’exiger une mise en œuvre rigoureuse du cadre légal. « Il faut rappeler au ministère de l’Environnement que sa mission principale, selon la loi, n’est pas d’autoriser des projets, mais bien de protéger l’environnement. »

Un sens à la vie

Tous s’entendent pour dire que l’engagement et l’action citoyenne apportent des bénéfices pour ceux qui la pratiquent. Bien qu’elle demande souvent du sacrifice et beaucoup de travail, Philippe Duhamel est convaincu qu’elle donne aussi du sens à la vie. À travers celle-ci « on découvre aussi ce que c’est que d’être sur terre pour autre chose que magasiner le samedi au centre commercial ! » « Ça crée de la bonne humeur, ça nous sort du fatalisme et ça nous redonne un pouvoir citoyen », estime monsieur Proulx. Si l’on en croit les invités de l’émission, les luttes citoyennes en matière d’environnement sont loin de s’essouffler. « L’époque dans laquelle on vit demande une réorganisation citoyenne pour développer des milieux en commun, croit Éric Proulx. On doit se retrousser les manches pour bâtir notre avenir. » Pour monsieur Duhamel, « la seule certitude, c’est que si on ne se bat pas, on n’a rien. On est de plus en plus nombreux et la sensibilité est de plus en plus grande. Notre savoir-faire continue de grandir. Et ça donne des résultats ! » La tête dans les nuances est une collaboration La Gazette de la Mauricie et NousTV. Pour visionner l’émission, rendez-vous sur les sites web de l’un ou l’autre des deux médias.  

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