pipeline pétrole
Il est clair aujourd’hui que les bouleversements climatiques sont causés par les activités humaines. Nous produisons et consommons trop. Toutefois, au lieu de ralentir le processus, on l’accélère. Qu’attendons-nous pour nous résoudre véritablement à agir ?

Collaboration Comité de solidarité Trois-Rivières

Ces dernières décennies, le mouvement écologiste a pris de l’ampleur et permis la conscientisation des populations face aux risques environnementaux. À l’exception de quelques irréductibles sceptiques, il est maintenant reconnu que les bouleversements climatiques sont causés par l’humain. 

Les constats scientifiques établis par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) s’avèrent d’ailleurs tout aussi convaincants que troublants. Ils évoquent des scénarios de réchauffement climatique au-delà des 2 degrés Celsius d’ici la fin du siècle, une augmentation des épisodes climatiques extrêmes et une extinction massive d’espèces animales et végétales. 

Bien sûr, dans ce contexte, les conséquences sur l’être humain sont éloquentes : précarisation des habitats et migrations massives, apparitions de nouveaux virus causant des pandémies, augmentation des conflits pour le contrôle des ressources, exacerbation des inégalités.

En apparence, plusieurs gouvernements réagissent. Les discours de Biden, Trudeau ou Macron s’orientent clairement vers l’action écologiste. Conscients du problème, ces gouvernements prennent même des initiatives importantes pour atteindre les cibles de l’Accord de Paris (marché du carbone, investissements verts). À titre d’exemple, en août dernier, le Congrès américain approuvait des investissements de 370 milliards de dollars en énergies propres. 

Pourtant, en dépit de ces actions encourageantes, une hypocrisie politique et collective règne toujours. Aucun des gouvernements précédemment cités ne tourne le dos aux énergies fossiles. Pire, l’exploration et l’exploitation se poursuivent, à l’instar des projets de Bay du Nord annoncés par le ministre canadien Steven Guilbeault en avril dernier. 

À peine deux ans après l’amorce d’une pandémie qui aurait dû remettre en question notre mode de vie, le pétrole règne en roi et maître. Sa demande atteint des sommets sur les marchés (122 dollars américains le baril de Brent en juin 2022), notamment en raison des instabilités géopolitiques de l’heure. 

Nonobstant les conjonctures, le mode de vie hyperactif développé par l’humanité constitue assurément la cause profonde de cette sévère pétrodépendance. Il encourage de surcroît un rapport malsain à notre territoire. En effet, la planète est perçue, de façon réductrice, comme un territoire à s’approprier et à spolier. Conséquemment, les énergies fossiles servent bien sûr de boucs émissaires aux dérèglements climatiques, en raison de leur fort impact sur les écosystèmes. Toutefois, rien ne laisse croire qu’il faille réduire le problème environnemental à une question d’émissions de CO2. Aura-t-on réglé le problème de notre rapport au territoire le jour, pas si lointain, où des technologies (production plus propre, captation de carbone, géoingénierie) permettront de réduire les émissions de carbone dans l’atmosphère ? Il est plus probable qu’on aura tout simplement déplacé le problème.  

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Dans le même ordre d’idées, les plus optimistes d’entre nous perçoivent régulièrement les sources d’énergies de substitution (vent, eau, soleil) comme des solutions environnementales ultimes. Or, une fois de plus la question se pose : règlera-t-on ainsi notre rapport nuisible au territoire ? Peu probable, puisque globalement, plutôt que de se substituer aux énergies fossiles, force est de constater que ces sources d’énergie dites propres s’additionnent à celles-ci. Elles créent même de nouveaux défis environnementaux, dans les secteurs miniers notamment.

En somme, si la reconnaissance d’une dépendance constitue très certainement la première étape d’un sevrage, beaucoup de chemin reste ensuite à parcourir. Malgré les prises de conscience récentes, nous courrons à notre perte par ce refus de remettre en cause notre mode de vie à l’origine de cette pétroboulimie. 

Nous produisons trop. Nous consommons trop. Nous sommes obsédés par la croissance. Et par-dessus tout, nous accélérons à la vue du précipice. Là ne réside-t-il pas le cœur du problème ? 

Traiter notre dépendance nécessitera un travail sur soi qui requerra plus que des réformes cosmétiques. Une thérapie prend du temps. A-t-on le temps ?

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