Alex Dorval – Société – juin 2021
Près d’une cinquantaine de personnes se sont mobilisées en ce 18 juin à Trois-Rivières pour dénoncer les 13 féminicides qui ont été commis depuis le début de l’année 2021, seulement au Québec.
Rassemblées au parc Champlain près de l’Hôtel de Ville de Trois-Rivières, les membres de la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie (TCMFM) et leurs alliées ont pris la parole à tour de rôle pour commémorer le nom de chacune des victimes de féminicide.
« Un féminicide, c’est le meurtre d’une femme parce qu’elle est une femme. Nous refusons d’y voir un crime passionnel, une perte de contrôle d’un conjoint, un drame conjugal ou encore un événement inexplicable. La banalisation des violences faites aux femmes et la déresponsabilisation collective doivent cesser ! » – page de l’événement Facebook de la mobilisation organisée par la TCMFM
Une après l’autre, les 13 femmes derrière Joanne Blais directrice de la TCMFM ont rappelé le nom des 13 femmes mortes assassinées depuis le début de l’année : « Elle s’appelait…
Elisapee Angma, tuée le 5 février à Kuujjuaq
Marly Édouard, tuée le 21 février à Laval
Nancy Roy, tuée le 23 février à Saint-Hyacinthe
Sylvie Bisson, tuée le 1er mars à Sainte-Sophie
Myriam Dallaire, tuée le 1er mars à Sainte-Sophie
Carolyne Labonté, tuée le 18 mars à Notre-Dame-des-Monts
Nadège Jolicoeur, tuée le 18 mars à Saint-Léonard
Rebekah Harry, tuée le 20 mars à LaSalle
Kataluk Paningayak-Naluiyuk, tuée le 25 mars à Ivujivik
Dyann Serafica-Donaire, tuée le 16 avril à Mercier
Zoleikha Bakhtiar, tuée le 18 mai à Montréal
Lisette Corbeil, tuée le 9 juin à Contrecœur
Nathalie Piché, tuée le 15 juin à Québec »
Surreprésentation des femmes racisées, immigrantes et autochtones
Après avoir observé avec les participants et participantes une minute de silence pour les victimes des féminicides, Mme Blais a souligné la surreprésentation chez les victimes de femmes racisées, issues des diverses communautés autochtones et immigrantes.
Gabrielle Vachon-Laurent, Innue de Pessamit et résidente de Trois-Rivières a ensuite tenu un discours de sensibilisation et dénonciation, d’abord dans sa langue maternelle, puis en français :
« Il est temps de s’éduquer, de se sensibiliser, on a des ressources, mais ce n’est pas assez. Il y a plus de femmes qui meurent dans les communautés qu’on pense, isolées et sans moyens de s’en sortir, qui se laissent mourir. De la violence envers les femmes, j’en ai vu, entendu et dénoncé. C’est assez, donnez-nous les moyens d’aider ces femmes !
On a vu la beauté de la culture des Premières Nations à la grande marche pacifique pour Joyce. Cette femme aurait pu éviter la mort. C’est assez, laissez-nous une place, la plus petite qu’elle soit. Les Premières Nations sont encore là, on partage encore notre culture malgré tout le mal, respectez-nous, souriez-nous, accueillez-nous dans notre langue maternelle. Un simple « Kuei » c’est gratuit, mais c’est à la portée de tous. » – Gabrielle Vachon-Laurent
Mme Blais a ensuite passé le mégaphone à Mme Elvire Toffa, femme d’affaires trifluvienne, originaire de la Côte d’Ivoire.
« C’est assez ! Une 13e victime, un 13e féminicide, un 13e meurtre à l’endroit d’une femme, c’est assez ! On n’en veut pas un de plus. […] J’ai assisté à des scènes de violence conjugale et j’en ai connu, je ne m’en cache plus. Ça détruit physiquement, mais au-delà de ça, ça tue mentalement. Il faut arrêter de banaliser cette violence. »
Mme Toffa a ensuite fait valoir que bien qu’elles viennent des quatre coins du monde, les femmes racisées sont des Québécoises au même titre que les autres femmes :
« Est-ce que je ne suis pas jugée parce que vous croyez que chez moi les femmes sont traitées comme ça ? », dit-elle, dénonçant les préjugés. « Quelles que soient la couleur, les origines d’une femme, on doit bannir cette violence de nos sociétés. Je ne veux pas aller courir le matin et avoir 13 meurtres de femmes dans la tête. Je veux sourire à la vie !
Quand quelqu’un dénonce, même si elle le dénonce dans sa langue à elle, croyez-là ! J’ai confiance en ces femmes québécoises, sans catégorisation, je suis Québécoise même si je viens d’ailleurs et j’en suis fière. » – Elvire Toffa
Comment être un témoin actif
Mme Blais a terminé en rappelant le rôle que tout un chacun peut jouer pour lutter contre la violence faite aux femmes :
Ne pas accepter les blagues sexistes
Ne pas tolérer les gestes violents
Croire les victimes lorsqu’elles dénoncent
S’éduquer et éduquer nos garçons et nos filles pour qu’ils comprennent que nous vivons dans une société où les femmes et les hommes sont égaux et où nous ne tolérons pas la violence.
Ci-bas, extraits du communiqué de la TCMFM suite à la tenue de la mobilisation
Un autre féminicide a eu lieu à Québec. C’est le 13e dans la province depuis le début de l’année. Le 2e en moins d’une semaine.
Consolider et élargir les services aux victimes de violence conjugale constitue une priorité, afin de rejoindre le plus de femmes et répondre aux besoins criants. Or, les services en violence conjugale, à eux seuls, ne peuvent répondre à l’ampleur des besoins pour prévenir les féminicides. Un changement structurel est essentiel, afin de prévenir les violences faites aux femmes et les prochains féminicides. Nous ne pourrons pas crier victoire, tant que l’ensemble des femmes ne seront pas en sécurité !
Face à la surreprésentation des femmes autochtones et des femmes noires dans les féminicides, nous croyons que le gouvernement doit mettre en place des mesures spécifiques et adaptées aux réalités de celles qui se situent à la croisée des oppressions, tout en étant à l’écoute des personnes et des groupes concernés.