Mireille Pilotto – Chronique linguistique – mai 2021

Sous l’influence des énoncés politiques et des textes médiatiques, certains mots semblent acquérir un sens qu’ils n’ont pas. Tel est le cas du trop répandu enjeu.

« La hausse des loyers dans les quartiers populaires est un enjeu qu’il faut aborder. » Eh bien, non, l’augmentation des loyers n’est pas du tout un enjeu, mais bien un problème. De nos jours, on constate que de nombreuses personnes des milieux politiques et journalistiques n’osent plus désigner les choses par leur nom. Par peur de froisser, par paresse ou ignorance, je ne sais trop, mais elles peinent à affronter… le problème, justement.

Car un enjeu ne peut être que : 1) au sens propre, une somme d’argent, une mise qu’on risque au jeu et qui revient au vainqueur ; 2) au sens figuré, ce qu’on peut gagner ou perdre dans une entreprise, une action, une compétition ; et 3) par extension de sens, la question ou l’idée centrale d’un débat ou d’un domaine.

Ainsi, l’enjeu d’une partie de cartes peut être irrésistible aux yeux des joueurs invétérés. Par ailleurs, l’enjeu d’une campagne électorale consiste en la conservation, la perte ou la prise du pouvoir, selon les candidats en lice. De même, la protection de la biodiversité représente l’un des enjeux environnementaux du 21e siècle.

Alors, comment éviter de saupoudrer de prétendus enjeux sur les ondes et les écrans ? Les remplacer – avantageusement, car on précisera ainsi sa pensée – par : problème, difficulté, défi, cas, phénomène, situation, question, affaire, etc. On peut ensuite au besoin accentuer la nuance voulue en qualifiant le terme choisi : complexe, difficile, important, principal, majeur, redoutable, crucial, etc. Comme vous voyez, le choix est vaste.

Maintenant, peut-on utiliser indifféremment problème et problématique ? Non. Encore ici, on assiste souvent à un emploi vague et brouillon du mot problématique. Comme nom féminin, il signifie le plus couramment un ensemble ou une pluralité de problèmes ayant des éléments communs. Par exemple, la problématique de l’embourgeoisement des quartiers pauvres se manifeste dans plusieurs grandes villes du Québec. En effet, ce phénomène (et non pas cet enjeu) découle de plusieurs facteurs (ou problèmes). Comme adjectif, problématique veut dire que l’issue ou la solution n’est pas certaine, qu’elle pose problème. Par exemple, l’éradication du virus COVID-19 s’avère problématique.

Tout compte fait, à votre avis, quel était l’enjeu de cette chronique ? (Revoir la définition plus haut.) Je suis impatiente de lire vos réponses !

Sources 

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