Le Terminal 21 est un projet de 130 millions de dollars qui prolongerait de 716 mètres la façade maritime du port. Photo : Dominic Bérubé

 L’étude d’impact environnemental prévoit une augmentation du trafic routier au centre-ville de 33 365 véhicules lourds par année, des niveaux élevés de poussières près du quartier Saint-Philippe et la destruction de milieux aquatiques et terrestres qui abritent des espèces en voie de disparition.

Le projet d’agrandissement des installations portuaires de Trois-Rivières, nommé Terminal 21, fait actuellement l’objet d’un processus d’évaluation environnementale fédérale. À la fin septembre, le public était invité à des séances d’information virtuelles durant lesquelles l’administration portuaire de Trois-Rivières (APTR) a présenté un résumé de son étude d’impact environnemental, conformément aux exigences de l’Agence d’évaluation d’impact du Canada. Les participants pouvaient ensuite soumettre leurs commentaires écrits à l’Agence.

Le port de Trois-Rivières. photo : Dominic Bérubé

Plus de circulation lourde au centre-ville

Si le projet voyait le jour, il entraînerait une augmentation importante de la circulation de véhicules lourds entre les installations portuaires situées au centre-ville et le boulevard Gene-H.-Kruger. L’administration portuaire prévoit la création d’une voie d’accès permanente entre le Terminal 21 et la rue Notre-Dame centre, qui rejoindrait la rue Gene-H.-Kruger par la rue Père-Daniel. L’augmentation du transit, dans le « scénario réaliste » de l’étude d’impact, est estimée à 33 365 véhicules lourds par année, soit environ 128 camions par jour.

Des poussières dans l’air

L’APTR espère réaliser les travaux en 2023 et 2024. Elle anticipe que la manutention du sable et des roches nécessaires aux travaux de remblaiement du nouveau terminal produira des émissions de poussières qui dépassent les normes. Une modélisation du pire scénario montre également des niveaux élevés de poussières aux alentours des nouvelles installations au moment des opérations courantes du port agrandi. Bien que le projet se situe dans une zone industrielle aux abords du fleuve Saint-Laurent, les habitants du quartier Saint-Philippe pourraient subir certaines nuisances.

Selon un participant à la consultation publique, Emanuel Aubin-Protz, cela soulève une question de justice sociale : « Ce projet est non seulement nuisible à la qualité de l’air et à la qualité de vie du secteur, mais contrevient à l’exigence de justice sociale puisque ce seront les populations les plus défavorisées qui seront les plus affectées par le projet » estime-t-il. L’administration portuaire prévoit appliquer un plan de surveillance en continu. « Advenant que la qualité de l’air se détériore notablement et dépasse les normes, il n’est pas exclu de réduire les activités, d’arroser les routes ou de changer les séquences de travail », a expliqué Claudie Gagnon, directrice du développement durable au port de Trois-Rivières, lors d’une séance d’information.

Des impacts sur le milieu naturel

Le projet prévoit la destruction de milieux aquatiques et terrestres abritant deux espèces désignées en voie de disparition au Canada en vertu de la Loi sur les espèces en péril, soit l’obovarie olivâtre (une sorte de moule d’eau douce) et la petite chauve-souris brune. La Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec) est préoccupée par les mesures d’atténuation qui sont envisagées. En outre, le promoteur prévoit la destruction d’un écosystème occupé par l’obovarie olivâtre « avant même que l’habitat essentiel de cette espèce ne soit clairement identifié », écrit-elle dans son commentaire à l’Agence.

La SNAP Québec croit aussi que l’étude d’impact aurait dû considérer les effets de l’augmentation attendue du nombre de navires sur l’habitat essentiel du béluga, situé dans l’estuaire du Saint-Laurent. Enfin, elle souligne que « la présence d’environnements sensibles, comme la réserve de biosphère de l’UNESCO du lac Saint-Pierre, devrait davantage être considérée dans l’analyse des répercussions ».

Un projet méconnu de la population

Le Terminal 21 est un projet de 130 millions de dollars dont 56 millions proviennent des gouvernements provincial et fédéral. Il comprend la construction d’un terminal d’une superficie de 96 510 mètres carrés à l’extrémité ouest des installations actuelles du port de Trois-Rivières. Ce nouveau terminal prolongerait de 716,4 mètres la façade maritime du port et servirait au transbordement de matières solides en vrac et de marchandises générales. Il inclut aussi la construction de trois quais, d’ouvrages de soutènement, de voies d’accès routières et ferroviaire et d’espaces d’entreposage.

La prochaine étape du processus d’évaluation environnementale sera la publication d’une version provisoire du rapport d’évaluation environnementale des experts de l’Agence d’évaluation d’impact du Canada. Le public pourra participer à une nouvelle consultation publique sur le projet avant le dépôt du rapport final au ministre fédéral de l’Environnement et du Changement climatique.

L’Agence n’a reçu que neuf commentaires écrits à la suite de cette première consultation. Selon Emanuel Aubin-Protz, trop peu de citoyens sont informés de l’existence du projet et de l’évaluation environnementale en cours. « C’est vrai en particulier pour les habitants du district de La-Vérendrye, une population qui demanderait à être spécifiquement consultée. En bref, on ne peut pas déterminer l’acceptabilité sociale d’un projet si ledit projet est inconnu par la grande majorité des habitants », déplore-t-il.

Commentaires

Je m'abonne à l'infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Acceptation des termes*
Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.

Je m'abonne à l'infolettre