Chute du diable au parc récréoforestier de Saint-Mathieu-du-parc

Dans les dernières années, des initiatives visant à lutter contre le déclin de la biodiversité ont vu le jour dans la région. La Gazette de la Mauricie s’intéresse à trois d’entre elles.

Trois-Rivières

Rendre accessible la Tourbière Red Mill

Des sentiers et passerelles rendront bientôt la Tourbière Red Mill accessible à la population. Ces aménagements permettront aussi de mieux protéger les espèces fauniques et floristiques qu’elle abrite.

L’organisme Nature-Action Québec, en collaboration avec la Ville de Trois-Rivières, travaille depuis peu à l’élaboration d’un plan d’aménagement et de mise en valeur de la Tourbière Red Mill.

Il y a une dizaine d’années, cette grande tourbière, menacée par des pressions de développement urbain,  a été ciblée comme priorité d’action en matière de conservation par la ville de Trois-Rivières.

Photo : Nature-Action Québec

Il s’en est suivi une série d’acquisitions de lots par la Ville et par la Fondation Trois-Rivières durable, mais la majorité par Nature-Action Québec, qui leur a donné un statut légal d’aire protégée. Plusieurs propriétaires privés qui possèdent des lots dans ce secteur se sont aussi engagés dans une démarche de conservation volontaire.

Localisée dans le secteur de Sainte-Marthe-du-Cap, la tourbière Red Mill couvre une superficie d’environ 700 hectares. Ce milieu, riche en biodiversité, abrite plus de 130 espèces d’oiseaux. C’est d’ailleurs l’un des rares lieux de nidification de la grue du Canada. On y retrouve aussi des espèces fauniques à statut précaire telles le dard de sable, la salamandre à quatre orteils, la tortue des bois, le martinet ramoneur ainsi que plusieurs espèces de chauves-souris.

Ce grand milieu humide accueille également un écosystème forestier exceptionnel : une rare forêt de pins gris qui pousse sur un sol recouvert de mousse de sphaigne.

La tourbière subit des dommages causés par la circulation de véhicules hors route (VHR) en dehors des sentiers officiels. Leur passage brise le couvert végétal, perturbe les habitats fauniques et modifie l’écoulement de l’eau. Ces déséquilibres rendent aussi les lieux plus vulnérables à la prolifération de plantes exotiques envahissantes telles que le Nerprun bourdaine.

Encore à l’étape de conceptualisation, le projet prévoit l’aménagement des sentiers balisés sur terre battue et sur des passerelles, ainsi que des panneaux d’interprétation. L’objectif est de rendre le milieu accessible tout en renforçant sa protection. La planification devrait être complétée au cours de l’année 2023.

La sensibilisation et l’éducation font partie intégrante du projet. « On prévoit des élargissements des sentiers à certains endroits pour accueillir des groupes scolaires ou d’ornithologues, explique Sarah Godin-Blouin, chargée de projet adjointe chez Nature-Action Québec. On aimerait que les Trifluviens et Trifluviennes développent un sentiment d’appartenance en visitant la tourbière et que cela stimule leur envie de la protéger », ajoute-t-elle.  

Dominic Thibeault, directeur de l’aménagement et du développement durable à la ville de Trois-Rivières, estime par ailleurs qu’une présence accrue de visiteurs sur les lieux réduira le passage des VHR dans les endroits sensibles, ce qui permettra de mieux les protéger.

Le financement de ce projet provient du Fonds des municipalités pour la biodiversité. La ville de Trois-Rivières y verse environ 50 000 $ par année, à partir du fonds en environnement Éclore. Le versement est ensuite bonifié par la Fondation de la Faune, elle aussi partenaire du projet. 

 

Projet régional 

Connecter les milieux naturels à l’aide de corridors écologiques

À l’instar de dix autres régions du Québec, la Mauricie s’engage dans une démarche de connectivité écologique qui consiste à créer des corridors naturels entre les noyaux de conservation du territoire pour permettre aux espèces de se déplacer.

Les organismes Conservation de la Nature Canada et Environnement Mauricie joignent leurs efforts à ceux du Parc national de la Mauricie pour identifier, à travers une démarche de concertation régionale, comment il serait possible de relier les milieux naturels du territoire entre eux.   

Les milieux naturels du sud de la Mauricie sont très fragmentés : l’agriculture et l’expansion urbaine prennent toute la place. Le sud de la région abrite pourtant la majorité des espèces fauniques et floristiques en situation précaire. 

Pour cette raison, l’initiative Connectivité écologique Mauricie cherche à recenser et à protéger les principaux corridors naturels qui permettent à la faune de se déplacer et à la flore de se disperser. Ces zones linéaires, reliées entre elles, réduisent le risque d’isolement des populations animales et végétales, ce qui leur permet de mieux prospérer.  

Cette forme de conservation intégrée n’est réalisable qu’à condition d’avoir une participation élargie d’acteurs du milieu, qui inclut des représentants des villes et des MRC, des ministères, des secteurs forestier et agricole, des organismes de bassin versant et de conservation, des chercheurs et des représentants des Premières Nations. Après une première activité de concertation en 2021, les parties prenantes se sont réunies de nouveau récemment pour travailler sur la cartographie du projet.   

En assurant une continuité dans les milieux naturels on permet aux espèces végétales et animales de se déplacer et de mieux prospérer.

La Mauricie comprend plusieurs milieux naturels qui méritent d’être connectés entre eux, explique Dominic Thibeault, directeur de l’aménagement et du développement durable à la ville de Trois-Rivières, qui était présent à la rencontre. « Entre autres, nous avons réfléchi à comment nous pourrions connecter la tourbière Red Mill avec le boisé Châteaudun ainsi qu’avec la tourbière du lac à la Tortue et le fleuve Saint-Laurent. »  

Les territoires composant les corridors entre les noyaux de conservation peuvent être petits ou grands, publics ou privés. « L’histoire des vaches en cavale de Saint-Sévère, tapies dans un boisé agricole, illustre tout l’attrait de ces boisés pour les animaux », fait valoir Éric Proulx, directeur général du projet d’Aire protégée de Saint-Mathieu-du-Parc. « Ceux-ci abritent aussi des chevreuils et d’autres mammifères et oiseaux; il est important d’apprendre à cohabiter avec la biodiversité », ajoute-t-il.

Dans un contexte où les autorités fédérales et provinciales se sont engagées à protéger 30 % du territoire d’ici 2030, les démarches de connectivité écologique sont d’autant plus intéressantes, note Pier-Olivier Boudreault, directeur de la conservation à la Société pour la nature et les parcs (SNAP). « En reliant les différentes aires protégées entre elles, les corridors rendent tout le réseau de conservation plus efficace et résilient aux changements climatiques. » 

Des initiatives de connectivité écologique sont en cours dans 11 régions du Québec. Ultimement, le projet de la Mauricie se rattachera à ceux des régions voisines de Lanaudière, du Centre-du-Québec, de la Capitale-Nationale et du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

D’ailleurs, un vaste projet pilote est entrepris dans Lanaudière pour créer un corridor de 50 km de long par 3 km de large, reliant le parc régional des Sept-Chutes, à Saint-Zénon (au nord), à celui des chutes Monte-à-Peine-et-des-Dalles, à Saint-Jean-de-Matha (au sud). La MRC d’Autray travaille sur un règlement de contrôle intérimaire qui interdira tout type de développement dans les 100 mètres des corridors identifiés. 

 

Saint-Mathieu-du-Parc

Considérer la biodiversité comme pierre angulaire du développement rural   

Les démarches se poursuivent à Saint-Mathieu-du-Parc pour protéger les milieux naturels tout en développant des modes de vie qui s’harmonisent avec la biodiversité.

À la fin de 2021, un regroupement d’organismes s’est formé pour demander un moratoire sur des coupes forestières prévues près du Parc récréoforestier de Saint-Mathieu-du-Parc.

Dans les mois qui ont suivi, cette mobilisation s’est transformée en démarche structurée de concertation visant la création d’une aire protégée. L’organisme à but non lucratif « Aire protégée de Saint-Mathieu-du-parc » a alors vu le jour. Au printemps dernier, il a obtenu un financement gouvernemental provenant de l’initiative Plein aire, qui lui sert à réaliser les travaux préalables au dépôt d’une proposition de conservation au ministère de l’Environnement du Québec. 

« L’organisme est encore jeune mais les choses bougent rapidement, explique son directeur, Éric Proulx. Nous avons réalisé des inventaires biophysiques au cours de l’été. Cet hiver, nous travaillons au co-design du projet avec les partenaires stratégiques. » En outre, on a sollicité la collaboration des Premières Nations, des chercheuses universitaires, de plusieurs organismes ainsi que des citoyens et des citoyennes.

Le dépôt officiel du projet d’aire protégée au ministère de l’Environnement est prévu d’ici la saison estivale 2023. L’organisme s’attend ensuite à ce que le gouvernement place le territoire sous réserve en attendant les démarches subséquentes à mener pour lui donner un statut officiel d’aire protégée.

En plus de la conservation, le projet dans son ensemble fait une place importante à l’écotourisme, à la culture et à l’éducation. La nouvelle organisation et ses partenaires souhaitent développer un modèle d’occupation collective du territoire qui stimulerait l’émergence d’entreprises d’économie sociale, telles que des coopératives.

Pour Éric Proulx, Saint-Mathieu pourrait devenir « un laboratoire de développement rural  dont la conservation de la biodiversité serait la pierre angulaire. »  L’objectif général est de s’assurer que la création de cette aire protégée ait des retombées socio-économiques structurantes « plus substantielles que la foresterie traditionnelle », précise-t-il. Par ailleurs, en plaçant la biodiversité à la base du développement territorial, on réduit de façon importante les causes de son déclin.  

Rappelons que la présence d’une aire protégée permettrait de  soustraire aux coupes forestières les 127 km2 de territoires qui ceinturent le Parc national de la Mauricie et comprenant le parc récréoforestier de Saint-Mathieu-du-Parc. La démarche s’inscrit tout naturellement dans le processus de connectivité écologique en cours dans la région.

De plus, le projet de Saint-Mathieu est voisin du projet de réserve de biodiversité du secteur des Lacs en Croix, Barnard et Régis qui est dans l’attente d’une décision de la part de la Direction des aires protégées du ministère de l’Environnement.

De son côté, la municipalité de Saint-Mathieu-du-Parc s’engagera elle aussi dans une démarche de création d’une aire protégée de type « paysage humanisé » pour laquelle des consultations publiques seront tenues dans les prochaines années. 

 

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