(Photo: courtoisie Nikan Productions)

Le film Nitassinan, de Joséphine Bacon, coréalisé et produit par Kim O’Bomsawin, nous entraine au cœur du territoire innu, dans les vastes paysages de la Côte-Nord. Au gré d’images poétiques de nature grandiose, le documentaire, qui porte un propos politique, illustre la relation du peuple innu avec son territoire ancestral et son attachement à son mode de vie traditionnel.

Au cœur de la culture innue, il y a le Nutshimit, nous apprend le film. Le Nutshimit, c’est «l’intérieur des terres» en Innu-imun, la langue des Innus. C’est la nature infinie où chaque famille retrouve son territoire de chasse et de pêche à chaque année, un espace de légendes et d’imaginaire, où les ancien-nes sont passé-es et repassé-es depuis des millénaires, mettant des semaines et des mois à remonter les rivières et à portager pour atteindre ces espaces de liberté. C’est un lieu de spiritualité et de connexion avec la nature auquel les Innu-es appartiennent, et où ils-elles retrouvent leur identité, une entité vivante, avec laquelle ils et elles entretiennent une relation, à travers la forêt, les rivières, le saumon, le caribou.

Partir dans le Nutshimit, c’est partir à la rencontre de soi-même, nous raconte le film Nitassinan, et retrouver le Nutshimit, c’est l’avenir du peuple innu.

Selon Kim O’Bomsawin, Abénakise de la communauté d’Odanak et coréalisatrice, le mot «Nutshimit» n’existe pas seulement chez les Innu-es, mais aussi dans la grande famille des langues algonquiennes, parfois prononcé un peu différemment, explique-t-elle. C’est un mot qui désigne un concept dans lequel l’être humain est inclus, il fait partie de la nature plutôt que de la posséder. «Il est partagé par l’ensemble des Premières Nations et je suis certaine que si on allait voir ailleurs dans le monde, chez d’autres premiers peuples, on retrouverait ce concept-là pour exprimer le lien à la terre.»

Cette conception du monde s’exprime à travers l’ensemble de la cinématographie des deux réalisatrices. Dans leur nouveau documentaire, Joséphine Bacon et Kim O’Bomsawin introduisent l’origine récente du mot «Nitassinan», un mot «politique», créé en vue des négociations territoriales avec le gouvernement du Québec. «Il fallait trouver un concept que les peuples colonisateurs comprennent. «Nitassinan» signifie «notre territoire», ça signifie que ce n’est pas à toi, c’est à moi, sauf que pour les Premières Nations c’est très étrange comme désignation», dit Kim O’Bomsawin.

Entré dans le langage par nécessité, le mot «Nitassinan» est de plus en plus utilisé parmi les Premières Nations, mais selon Kim O’Bomsawin, leur vision du territoire n’a pas fondamentalement changé. «Quand on dit «Nitassinan», on parle de Nutshimit», dit la réalisatrice.

Le film Nitassinan était au départ l’idée de Joséphine Bacon, grande artiste innue originaire de Pessamit, dont l’œuvre littéraire et cinématographique célèbre la richesse des cultures autochtones. «On se connait bien depuis que j’ai réalisé le film Je m’appelle humain, où j’ai fait son portrait», dit Kim O’Bomsawin, détentrice d’une maîtrise en sociologie et auteure de plusieurs films. On a donc décidé de travailler ensemble pour Nitassinan

Témoin de la fierté et de la résilience du peuple innu, le film Nitassinan illustre son amour du territoire et sa détermination à le protéger. «C’est grâce à la nature qu’on va survivre. Il ne faut pas détruire ce qui te fait vivre, ce qui va permettre à tes enfants et aux sept générations à venir de survivre, dit Kim O’Bomsawin. On a essayé de nous enlever cet accès au territoire, à notre mode de vie, à notre mode de pensée et à notre vision du monde, en espérant nous assimiler et accéder au territoire pour vider les ressources. Les jeunes générations ont déjà bien entamé leur chemin de guérison, après avoir vu leurs parents souffrir de traumatismes intergénérationnels. Maintenant, la justice nous confirme qu’on a le droit d’accéder à ces territoires, de retrouver le Nutshimit en paix. C’est ça notre futur, c’est là que la guérison se trouve.»

Le film documentaire Nitassinan, produit par Nikan Productions, sort en salle le 18 septembre. Une projection spéciale en présence des deux réalisatrices, Joséphine Bacon et Kim O’Bomsawin, aura lieu le samedi 19 septembre à 15 h 30 au Cinéma Le Tapis Rouge de Trois-Rivières. 

 

Photos tirées du film Nitassinan, de Joséphine Bacon et Kim O’Bomsawin.

 

(Photo: courtoisie Nikan Productions)

 

(Photo: courtoisie Nikan Productions)

 


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Geneviève Quessy, journaliste pigiste
Initiative de journalisme local

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