Valerie Delage Gazette de la MauricieValérie Delage, mars 2016

D’aussi loin que remontent mes souvenirs d’enfance, j’ai toujours eu un comportement égalitaire. J’ai grandi avec un jeune frère et, pour moi, il n’a jamais été question de faire de différence entre nous basée sur le sexe.

Je m’insurgeais avec véhémence s’il était question de me confier une tâche parce que j’étais une fille ou de m’interdire de participer à une activité à laquelle il aurait eu droit de par son statut de garçon. Je parvenais assez bien à imposer ma tyrannie d’aînée en matière d’égalité (entre autres!) au sein du cocon familial, ce qui fait que j’étais assez peu consciente des enjeux de société que posait la condition des femmes dans le monde en général. Par conséquent, je voyais mal l’intérêt de toutes ces luttes féministes qui souhaitaient mettre de l’avant les femmes par des processus que je jugeais souvent artificiels. Pour moi, il suffisait d’intégrer l’égalité homme-femme dans notre éducation au quotidien et il n’y aurait plus de problèmes. C’est encore vrai, mais il faut bien admettre qu’on est bien loin du compte.

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Valérie lors de la Marche mondiale des femmes en octobre 2015

La plupart des hommes que je connais soutenant la cause sont, tout comme moi jadis, plutôt égalitaires que féministes. Certains revendiquent une place d’égal à égal dans les activités à caractère féministe, comme pour montrer l’exemple de la société qu’ils souhaitent autant que nous, où tous les humains ont la même place, peu importe leur sexe, leur origine, leur orientation sexuelle, etc. Toutefois, peut-être parce qu’ils n’auront jamais à subir le sexisme ordinaire dans lequel grandissent les petites filles et qui conditionne leur comportement à divers degrés, il leur est parfois difficile de saisir pourquoi ce sont les femmes qui doivent prendre les rênes des luttes féministes. Tant et aussi longtemps que l’égalité entre les sexes n’ira pas de soi, le féminisme se doit de mettre les femmes de l’avant, ne serait-ce que pour tendre vers un meilleur équilibre alors que la représentation des hommes est largement supérieure dans presque toutes les autres sphères.

Longtemps aveugle à cette réalité, je suis devenue féministe peu à peu, par expérience, en réalisant qu’une femme grandissant dans un monde sexiste intègre dans ses moindres réflexes, inconsciemment le plus souvent, le rapport de pouvoir des sexes. Que ce soit le harcèlement de rue, la crainte latente omniprésente des agressions verbales, physiques ou sexuelles, les commentaires dénigrants qui sont « pour rire », la femme évolue constamment avec une réalité que l’homme n’a que peu à subir. Les jugements sur les apparences sont aussi généralement réservés aux femmes. Ainsi la joueuse de tennis Eugénie Bouchard s’est-elle fait reprocher dernièrement son manque de féminité après avoir arboré un « half-hawk » (coupe de cheveux avec un côté rasé) et un tatouage sur l’avant-bras dans les médias sociaux. La youtubeuse « Solange te parle » a pour sa part produit récemment une vidéo humoristique, mais néanmoins troublante, à partir de tous les messages haineux et sexistes qu’elle reçoit lors de ses parutions vidéos. La liste d’exemples de sexisme ordinaire est longue et, malgré l’égalité de droit acquise depuis longtemps, elle fait en sorte qu’une minorité de femmes tirent leur épingle du jeu dans les rouages de l’ascension sociale. Pour une femme, ça prend encore beaucoup de courage pour tenter de prendre sa place dans ce monde où les hommes se posent pourtant peu de questions sur la légitimité de leur présence.

Pour ma part, comme beaucoup de femmes, en grandissant, je suis passée d’un désir d’égalité entre individus au féminisme, désormais avec l’intime conviction que la cause des femmes doit être portée haut et fort par les femmes, avec toutefois l’indispensable soutien des hommes. Car pour espérer connaître un jour une société où les enfants grandissent comme des êtres humains égaux, il nous faut d’abord revendiquer sans vergogne la place qui nous revient en tant que femmes.


Le sexisme ordinaire en références

http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/433772/dossier-sexisme

http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/rima-elkouri/201403/08/01-4745787-pour-en-finir-avec-le-sexisme-ordinaire.php

Court-métrage Majorité opprimée: https://www.youtube.com/watch?v=kpfaza-Mw4I

Solange te parle, Tranches de haine : https://www.youtube.com/watch?v=Ti3vKWLAYCI


 

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