Les poussins dindons sauvages sont victimes de plusieurs prédateurs et leur taux de mortalité est de 70%. PHOTO : Courtoisie Vinayak Sasidharan / Pexels

Une grosse dinde noire a fait les manchettes, en 2016,  après avoir défoncé une fenêtre pour s’attaquer au fauteuil d’une pauvre dame de l’Outaouais. Plus récemment, le maire de Louiseville a encouragé ses concitoyens et concitoyennes à se défendre contre une bête semblable avec des battes de baseball. On s’obstine sur les réseaux sociaux à savoir d’où vient cet animal et s’il est dangereux. Mais qui est donc cette grosse dinde noire ?

Il y a 10 ans, on n’en avait jamais vu et maintenant on dirait qu’elle est partout. Devrait-on la faire fuir ou la tolérer ? Elle donne parfois l’impression de vouloir se faire domestiquer comme un oiseau de basse-cour et pourtant, si on l’approche trop, elle nous rappelle facilement que ses griffes et son bec sont acérés. 

Il faut savoir que des observations de dindons sauvages au Québec ont été rapportées dès les années 1600, explique Maxime Lavoie, biologiste spécialiste des dindons sauvages au ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP). « On donne à cet animal le statut d’espèce indigène, car il est arrivé naturellement par lui-même. C’est une espèce qui avait été éradiquée, qui revient et qui est de plus en plus présente, donc il faut apprendre à vivre avec elle », dit-il. 

Le dindon sauvage avait disparu du Canada et d’une bonne partie des États-Unis à cause de la chasse à la carabine. Au milieu du siècle dernier, grâce à quelques individus qui avaient survécu cachés dans la forêt, un projet d’élevage a permis de les sauver, menant à des efforts de réintroduction aux États-Unis et en Ontario. En 1976, le dindon sauvage est à nouveau signalé dans le sud du Québec. Il serait passé par l’État de New York. Un peu plus tard, d’autres dindons sont arrivés de l’Ontario, où l’animal avait été réintroduit en 1984.

La chasse réglementée mise en place au Québec depuis 2008 permet d’évaluer les populations, le dindon étant une espèce à déclaration obligatoire. En 2008, 584 dindons ont été récoltés au Québec, tandis qu’en 2024 on déclarait 10 163 individus capturés. 

L’animal est maintenant présent partout sur la rive sud du Saint-Laurent jusqu’en Gaspésie, et il remonte tranquillement la rive nord, de l’Outaouais au Saguenay, sans dépasser la limite nord de Stoneham. Il mange de l’herbe, des petits fruits et des insectes, et se perche dans les arbres durant la nuit. Il peut courir jusqu’à 20 km à l’heure ! Si on le laisse tranquille, il n’est pas dangereux.

En Mauricie, sa population s’est accrue ces dernières années et sa présence préoccupe le monde agricole, qui constate des dommages lors des semis de soya, dans les fraisières et les érablières. « On n’avait jamais vu ça cette grosse bête-là ! C’est quand même considérable, un mâle peut peser jusqu’à 10 kilos ! » dit Stéphane Tremblay, directeur général de l’UPA Mauricie. Le principal problème est qu’il est difficile de se faire dédommager pour les dégâts causés par la bête, mentionne l’agriculteur. « On sait que ces dommages existent, mais comment les quantifier et comment déterminer si ça ne vient pas d’autres espèces animales ? Il y a des programmes qui nous dédommagent quand il s’agit de dégâts causés à nos récoltes par les oies, les grues et les  bernaches. Est-ce qu’il y aurait moyen de les élargir aux dindons sauvages ? On aurait besoin que des études soient faites en ce sens », explique monsieur Tremblay.

Même s’il suscite la surprise et bien des questionnements, le dindon est loin d’être menaçant pour l’écosystème, et le climat et les prédateurs se chargent de réguler sa population, dit le biologiste Maxime Lavoie. « S’il y a plus de 30 cm de neige, le dindon est incapable de creuser pour se nourrir et il va mourir. Les hivers où ça dure plus d’un mois, on peut voir jusqu’à 75 % de mortalité. On pense parfois qu’ils n’ont pas de prédateurs, mais c’est faux. Les mouffettes et les ratons laveurs mangent leurs œufs, et 70 % des poussins meurent», dit Maxime Lavoie. Les coyotes, les lynx, les pékans et les hiboux grands-ducs s’attaquent également aux dindons. 

Selon plusieurs études, ceux-ci ne seraient pas porteurs de maladie pouvant contaminer les animaux d’élevage, ce serait plutôt le contraire. Ils ont aussi trouvé comment se rendre utiles :  en mangeant des tiques.

 

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Geneviève Quessy, journaliste

Initiative de journalisme local

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