L’équipe du Centre d’amitié autochtone de Trois-Rivières – Dossier L’Université de demain – septembre 2021

Histoire, éducation et impact

Pendant longtemps, les Autochtones furent considérés comme des sauvages du fait qu’ils ne partageaient pas la culture européenne, comme en témoigne le discours tenu en 1883 par le Premier ministre du Canada, John A. Macdonald. De 1933 jusqu’au début des années 1950, les diplômés des pensionnats souhaitant être admis à l’université étaient tenus de signer un certificat d’émancipation émis par le gouvernement fédéral et faisant foi d’un renoncement à leur statut d’Indien.

Ce n’est qu’avec le projet de loi C-31 de 1985 que ces étudiants et leurs descendants ont pu récupérer leur identité légale. Bien que la laïcisation de l’éducation autochtone soit officiellement entrée en vigueur en 1969, le dernier pensionnat indien du Québec ne ferma ses portes qu’en 1980. Il faudra attendre l’année 1996 pour que se termine définitivement le régime des pensionnats indiens au Canada. Des efforts constants doivent être déployés pour faciliter l’adaptation des étudiants autochtones dans un milieu scolaire non autochtone. Le choc culturel est un grand défi pour les étudiants qui quittent leur communauté d’origine. Le cursus scolaire n’est pas modifié à ce jour pour plusieurs établissements. Les méthodes d’enseignement, de type « maître-élève »,  s’avèrent peu compatibles avec la culture autochtone.

Les Autochtones subissent depuis longtemps une désorganisation sociale due au fait qu’ils sont, depuis 1876, sous la tutelle du gouvernement fédéral, laquelle tend à les marginaliser. Cette marginalisation les a toujours positionnés en second rang avec l’idée préconçue qu’ils étaient inférieurs à toute culture dite civilisée. Ils n’ont d’ailleurs pu obtenir le droit de vote qu’à partir des années soixante. Même si leur situation juridique a changé considérablement depuis 1982 avec la reconnaissance de leurs droits dans un texte constitutionnel, il n’empêche qu’ils ne sont toujours pas protégés juridiquement contre la discrimination.

Démocratisation de l’accès au système public d’éducation postsecondaire

Il est indéniable que le Québec défend la nécessité de démocratiser l’accès au système public d’éducation postsecondaire. Nous constatons une réelle volonté des universités d’adapter leurs programmes à la réalité autochtone, en modifiant leurs façons d’accueillir les étudiants autochtones, en engageant du personnel autochtone, et en favorisant la représentativité autochtone au sein des associations étudiantes.  Mais ces actions n’ont pas encore comblé le fossé qui existe entre le nombre de diplômés non autochtones et autochtones. Rappelons que seule l’éducation des « Indiens inscrits » et des Inuits est assurée par le gouvernement fédéral, plus précisément par le ministère Affaires autochtones et du Nord Canada. Elle est offerte dans des écoles fédérales à l’intérieur des collectivités des Premières Nations qui sont principalement gérées par les conseils tribaux ou de bandes et par le ministère lui-même.

Malgré la volonté de démocratisation de l’enseignement supérieur, les inégalités de chances sont toujours présentes au Canada. Le rapport de la Fondation canadienne des bourses d’études du millénaire fait état d’écarts d’accès au postsecondaire qui touchent aussi bien les populations socialement et géographiquement défavorisées que les minorités ethnoculturelles comme les immigrants et les Autochtones.

Enracinement identitaire

Il faut s’attarder aux réalités particulières et aux différents besoins des étudiants autochtones pour mieux comprendre l’enjeu primordial que représente pour eux la démocratisation de l’accès au savoir. L’éducation n’est pas un choix, mais un droit et c’est en se penchant sur l’histoire qui relie les autochtones et les allochtones, sur l’identité propre des 11 Nations, sur les problèmes d’inclusion de leurs membres dans la forêt urbaine et en manifestant une réelle volonté de changement que la démocratisation de l’accès aux études supérieures deviendra un choix collectif et sociétal. À ce sujet, Lise Bastien, anciennement à la direction du CEPN (Conseil éducation des Premières nations), souligne que l’éducation des Premières Nations doit répondre à un double mandat:

« L’éducation des Premières Nations fait face à un double défi : d’une part, elle doit former des citoyens des Premières Nations aptes à vivre dans le monde occidental du 21e siècle, avec tout ce que cela implique en termes de compétences personnelles, sociales et professionnelles. D’autre part, elle doit former des membres des Premières Nations, c’est-à-dire transmettre aux générations futures la culture, l’histoire, la langue, les valeurs, la vision du monde, les rendre fiers de leurs racines et renforcer leur identité, ce qui, au fond, est la mission première de tout système éducatif. » – Lise Bastien

Depuis sa fondation en 1983, l’Université du Québec de l’Abitibi-Témiscamingue collabore de façon soutenue avec les Premières Nations et les Inuits et elle assume pleinement son rôle d’agent de changement. Elle prend part à la réconciliation entre tous les peuples de façon concrète et contribue au développement des compétences et au mieux-être des peuples autochtones.

À travers sa gouvernance, sa volonté de représentativité et son partenariat avec les Autochtones, l’UQAT s’assure que les Premières Nations et les Inuits peuvent jouer un rôle déterminant dans la gestion de l’Université, par exemple, via le conseil d’administration, le comité d’éthique de la recherche avec des êtres humains, ainsi que le comité consultatif des Premiers Peuples.

Ce partenariat et cette contribution active de l’UQAT au développement de la formation et de la recherche pour, par et avec les Autochtones en font un acteur incontournable au Québec. En plus de développer des programmes d’études qui sont respectueux des perspectives autochtones, l’UQAT favorise un mode d’enseignement culturellement pertinent et un accès aux services de soutien à la réussite en mettant l’étudiant au cœur de sa mission.

Nommé le Pavillon des Premiers-Peuples en l’honneur de la collaboration de l’UQAT avec les communautés autochtones, le campus de l’UQAT à Val-d’Or ouvre ses portes aux étudiants autochtones et non autochtones qui désirent réaliser des études de 1er ou de 2e et 3e cycles, à temps complet ou à temps partiel. Grâce à l’équipe en place, les étudiants reçoivent un accompagnement personnalisé leur permettant d’atteindre leurs objectifs. Situé en plein cœur du centre-ville, le campus de l’UQAT à Val-d’Or se démarque par la possibilité qui s’offre aux étudiants de côtoyer des gens de différentes communautés ainsi que par sa volonté de contribuer à l’essor de son territoire grâce à ses créneaux de recherche et ses programmes adaptés aux besoins de son milieu.

Il est à souhaiter que de plus en plus d’institutions scolaires accepteront d’autochtoniser leurs pratiques. Il existe plusieurs initiatives et modèles existants de co-construction dont il est possible de s’inspirer. Par exemple, le Centre d’amitié autochtone de Trois-Rivières et l’Université du Québec à Trois-Rivières ont collaboré à divers projets. L’ouverture aux partenariats avec les organismes autochtones, tant en milieu urbain que dans les communautés, semble donc être la clé pour envisager avec confiance un avenir plein de promesses.

Lire notre dossier L’Université de demain 

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