Crédit photo: Dominic Bérubé

L’utilisation de l’intelligence artificielle générative (IAG) polarise dans tous les domaines. Les salles de presse ne font pas exception. Selon une récente étude, 85% des Canadien-nes sont préoccupé-es par le recours à l’IAG par les journalistes (Guèvremont et Brin, 2026, p. 39). Si certaines salles de presse voient son utilisation comme une plus-value du travail journalistique, d’autres y voient une menace à la qualité du travail produit. Qu’en est-il vraiment? 

La création d’un produit journalistique suit quatre étapes, soit la recherche, l’édition, la vérification et la diffusion (Guèvremont et Brin, 2026. p. 31). À travers ce processus, l’IAG s’invite comme un outil d’automatisation de certaines tâches, comme la recherche de sujets ou bien la transcription d’entrevues. Impossible de faire l’autruche: l’IAG peut aussi créer des articles avec une intervention humaine minimale.

 

Les hallucinations de l’IA deviennent de faux faits

L’IAG produit des hallucinations, un phénomène qui désigne une réponse inventée ou erronée donnée par l’IAG.  En 2023, une étude a été réalisée afin de déterminer le taux d’erreurs commises par l’IAG. Sa tâche? Résumer des articles d’actualité. Selon les premières estimations, la «fréquence d’informations inventées oscillait entre 3% et 27%» (Metz et Weise, 2025).

Ces hallucinations soulèvent des enjeux par rapport à la déontologie journalistique qui est, pour reprendre les termes de Philippe Marcoux, directeur de l’information et de la formation du Conseil de presse du Québec, «la méthode scientifique pour que les journalistes puissent faire de l’information de qualité». En somme, elle pose des repères clairs afin que les journalistes respectent certains critères comme la véracité de l’information.

 

Face aux hallucinations, la déontologie comme boussole

L’IA peut être utilisée pour des tâches administratives, mais ce qui préoccupe le Conseil de presse du Québec est la création de contenu sans vérification humaine. Il y a deux ans, l’article 14.7 a fait son apparition dans le guide déontologique du Conseil afin de baliser, et non d’interdire, l’utilisation de l’IA.

Concrètement, l’article exige qu’un être humain réalise un contrôle éditorial avant la publication d’un contenu auprès du grand public et que la presse identifie clairement les éléments qui y ont été générés par l’IAG. En bref : «Ça prend absolument un être humain en bout de processus et, si vous utilisez l’IAG, il faut le dire et faire preuve de transparence», explique monsieur Marcoux.

Il peut arriver que les professionnel-les du milieu de l’information dérogent des normes de la déontologie journalistique. La création d’un ordre professionnel, comme celui des médecins par exemple, n’est toutefois pas envisageable. Une telle chose viendrait brimer la liberté d’expression de la population, un droit fondamental de la Charte canadienne des droits et libertés. 

C’est d’ailleurs pourquoi le Conseil de presse du Québec a été fondé il y a 53 ans: offrir un endroit où le public peut porter plainte en raison d’un manquement aux principes de la déontologie, mais aussi expliquer «à la population et aux journalistes, comment ça se fait de l’information de qualité», affirme monsieur Marcoux.

 

Quand l’IA vient hanter les médias

Plus tôt cette année, le Conseil de presse du Québec a rendu deux décisions sur des plaintes portant sur des médias fantômes, un phénomène qui prend de l’ampleur un peu partout dans le monde. 

Les médias fantômes sont des sites internet qui utilisent l’IAG pour remâcher du contenu journalistique afin de «produire du contenu qui a tout l’air d’un article d’information. Le site génère ainsi du trafic et, donc, des revenus publicitaires. L’IA se nourrit de contenu déjà existant, elle ne peut aller sur le terrain et elle n’a aucune conscience. Dans ce contexte, l’IA est l’antithèse du journalisme», peut-on lire dans une décision rendue par le Conseil de presse (Conseil de presse du Québec, 2026).

Comme le rappelle monsieur Marcoux, les professionnel-les du milieu de l’information ont «toujours utilisé la technologie pour améliorer leurs performances, mais, pour que ce  soit du journalisme de qualité, il faut que ce soit un être humain en bout de piste qui produit le contenu».

 


Sources :

Lapresse

OBVIA

Conseil de presse/decisions

Conseil de presse/porter plainte/guide formulaire

 

*

Mélodie Charest, journaliste pigiste

Initiative de journalisme local

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