Le Québec possède d’environ 3 % des réserves mondiales d’eau douce et le Canada, avec les Grands Lacs, plus de 20 %. Mais pour de nombreux de pays, l’eau douce demeure une denrée rare. L’eau potable l’est davantage, et l’accessibilité à cette eau potable pose problème même dans des pays qui, comme la Canada, sont dépositaires des réserves les plus abondantes de la planète.
Il y a le problème des infrastructures existantes qui ne permettent pas l’approvisionnement direct pour toutes et tous, surtout dans les régions éloignées. Ces infrastructures sont souvent fragiles et vétustes, en plus d’être difficiles et coûteuses à entretenir. Le cas de la station de traitement de l’eau du Lac-à-la-Pêche en est un exemple marquant : la ville de Shawinigan y a englouti des dizaines de millions de dollars depuis le début des années 2020 et aujourd’hui, rien n’est encore définitivement réglé.
Évidemment, le traitement de l’eau pour la rendre potable, sa distribution, le traitement des eaux usées, son retour dans les écosystèmes et autres tâches connexes comme la gestion des écoulements pluviaux, constituent une cascade d’activités intimement liées qui, inadéquatement réalisées, ont un immense impact négatif sur les réserves d’eau douce.
AquaAction [1] et la protection de l’eau douce
AquaAction est une organisation binationale (Canada / États-Unis) aidant les entreprises dans leurs efforts de développement de technologies de pointe pour protéger les ressources d’eau douce et en faire une exploitation durable. L’organisme à but non lucratif, fondé en 2015, s’attaque à la crise mondiale de l’eau douce afin d’assurer un avenir sûr pour cette ressource essentielle à la survie, à la santé des populations et à la qualité de vie.
L’organisation aide les entreprises et entrepreneur-e-s – environ 120 présentement et plus de 230 depuis 2022 – à lancer et à développer des solutions technologiques dans le domaine de l’eau permettant de relever les défis économiques, environnementaux et de sécurité hydrique croissants. À travers ses programmes, comme AquaEntrepreneur, AquaAction réunit les innovateurs, les parties prenantes stratégiques, les communautés et les industries afin de donner à la prochaine génération d’innovateurs les compétences dont elle aura besoin.
Mentionnons que le programme AquaEntrepreneur compte des entreprises participantes près de chez-nous :
- O-Clair Environnement, basée à Lavaltrie (Lanaudière), qui propose une plateforme en ligne destinée aux gestionnaires d’eau;
- Techno Protection, située à Princeville (Centre-du-Québec), qui innove dans la lutte contre la corrosion grâce à un système cathodique avancé protégeant les aqueducs en fonte ainsi que les accessoires en PVC;
- Ecotime, installée à Saint-Constant (Montérégie), qui mène actuellement un projet pilote avec la Ville de Saint-Sulpice (Lanaudière) pour tester un système novateur de récupération des eaux pluviales;
- Clean Nature (Québec), qui collabore avec la Ville de L’Assomption (Lanaudière) dans le cadre d’un projet pilote d’optimisation de l’épandage de sel de déneigement.
Sondage à propos de l’eau douce
Dans une enquête réalisée entre le 14 août et le 9 septembre 2025, dont les résultats ont été diffusés le 28 novembre dernier [2] , AquaAction a voulu mesurer l’attitude et les perceptions face à l’eau douce pour trois groupes de répondant-e-s : les Canadien-ne-s anglophones, les Canadien-ne-s francophones et les Américain-e-s du Michigan. L’enquête de 2025 est, en partie, une réédition de celle réalisée en 2021 [3] par Environnement et changement climatique Canada, et la firme Environics Research.
Le questionnaire de 27 questions a permis de recueillir des données auprès de 1 658 personnes (panels gérés par la société internationale d’études de marché Cint), avec un échantillonnage stratifié contrôlé en fonction de la démographie et du sexe de la population. La répartition des répondant-e-s est de 971 Canadien-ne-s anglophones, 189 Canadien-ne-s francophones (province de Québec principalement) et de 498 résident-e-s de l’état du Michigan.
« Ce nouveau sondage révèle que les gens accordent une grande importance à l’eau douce, mais que le niveau d’excellence attendu n’est pas au rendez-vous. En plaçant l’éducation au cœur des programmes liés à l’eau, en orientant les politiques vers des résultats en matière de santé et en accélérant l’adoption d’innovations éprouvées, nous pouvons bâtir une gestion de l’eau douce solide et tournée vers l’avenir. Les résidents des deux côtés de la frontière ont exprimé clairement leurs attentes à travers cette enquête ; il est temps d’agir. » Soula Chronopoulos, présidente d’AquaAction
Les Canadien-ne-s et l’eau douce
Premièrement, il ressort assez clairement pour les répondant-e-s canadien-ne-s, anglophones et francophones, que l’eau douce est la ressource naturelle la plus importante, plus que les terres agricoles, les forêts et les énergies fossiles.
Ce sont 52,6 % (46 % en 2021) des répondant-e-s qui classent l’eau douce comme étant la ressource naturelle la plus importante et 77,2 % (72 % en 2021) qui la classent parmi les trois plus importantes. Malgré tout, plus de 35 % des répondant-e-s ne s’estiment pas du tout ou peu informé-e-s, et à peine 25 % se disent très informé-e-s.

En regard du futur de l’eau douce, ce sont 41 % des répondant-e-s (47,6 % pour les francophones) qui estiment que ce qui est le plus important est de laisser une eau propre aux générations futures.
Les répondant-e-s se disent aussi préoccupé-e-s par la qualité de l’eau dans une proportion de 75 %, 34 % se disant même très préoccupé-e-s. Il reste malgré tout un 24 % de « peu ou pas préoccupé-e-s ». Ce dernier pourcentage pourrait sembler élevé, mais il est probablement le prolongement de l’opinion de 66 % des répondant-e-s jugeant que la protection de l’eau douce est excellente ou bonne au Canada (15,8 % croient que les mesures de protection sont excellentes).
Selon AquaAction, l’étude fait ressortir le fossé entre préoccupations, connaissances et urgences. Les Canadien-ne-s apprécient l’eau, mais ont une compréhension limitée des problèmes actuels. Pour 12 % des personnes interrogées, il n’y a pas de menaces ressenties ni de sentiment d’urgence.
L’enquête fait aussi ressortir un manque de connaissances. Ce dernier point, jumelé au sentiment de sécurité et à l’absence de sentiment d’urgence est, selon AquaAction, ce qui nuit à la mobilisation et à la participation du public dans l’élaboration de politiques pour contrer les menaces pesant sur l’eau douce. Pour y remédier, l’organisation développe un projet de littératie pour l’eau, en collaboration avec des partenaires comme l’Université McGill, la Fondation de Gaspé-Beaubien, Polytechnique de Montréal, le Conservatoire de la Nature du Canada, la Société géographique royale du Canada, le magazine Canadian Geographic, le Musée canadien de la nature ainsi que l’Agence canadienne de l’eau. « Ces partenariats stratégiques soutiennent le développement et la mise en œuvre du projet qui verra le jour en 2026. » Oliver Anderson, Vice-président Communication et croissance – AquaAction
Le but est de conscientiser les citoyen-ne-s et de susciter l’engagement. Cette initiative rendra possible la création de modules pour des apprentissages dynamiques et adaptés à l’âge des élèves de la maternelle à la 12e année, et même au-delà. Ce projet dendra accessibles les connaissances, les outils et les compétences permettant de mieux comprendre les problèmes liés à la conservation et à la gestion durable de l’eau douce, et de mieux relever les défis qui en découlent.

Photo : Dominic Bérubé / © La Gazette de la Mauricie et des environs
Les menaces n’ont pas de frontières
En 2024, Donald Trump a fait campagne en disant vouloir réévaluer la gestion des eaux des Grands Lacs par la Commission mixte internationale [4], commission sensée être bilatérale et neutre. Les Grands Lacs sont la plus grande réserve d’eau douce en Amérique du Nord, alimentant le majestueux fleuve Saint-Laurent, un cours d’eau hautement stratégique et important pour le Québec. Ils comptent aussi, à eux seuls, pour 20 % de l’eau douce de la planète. Trump ne se cache pas de vouloir ouvrir les vannes pour supposément acheminer de grandes quantités d’eau douce en Californie et vers d’autres régions asséchées des États-Unis.
Pour les Canadien-ne-s, le problème de l’eau douce est donc aussi un problème politique sur lequel, pour l’instant, l’emprise s’affaiblit au gré des décisions de l’administration Trump. Début 2025, il licenciait près de 2 000 employé-e-s de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration), agence fédérale américaine occupant une place importante au sein des équipes de travail liées à l’Accord relatif à la qualité de l’eau des Grands Lacs (signé en 1972).
La question donc a été posée à M. Anderson d’AquaAction : Concertant les ambitions du gouvernement Trump de redéfinir la gestion des eaux des Grands Lacs, quelle est votre réaction? Voici les principaux éléments de sa réponse.
Pour protéger nos bassins versants partagés avec les États-Unis, des politiques internes fortes sont la clé. Notre positionnement est clair : notre sécurité nationale dépend de notre approvisionnement sécuritaire en eau douce, propre et saine.
C’est ce que nous avons défendu dans notre mémoire pré-budgétaire [adressé] au gouvernement fédéral. Nous recommandons la création d’un fonds stratégique pour la technologie de l’eau de 100 M$. Nous insistons aussi pour que les crédits d’impôt pour la transition propre s’appliquent explicitement aux technologies de l’eau, afin de retenir nos talents et nos brevets au Canada.
Grace à des partenariats stratégiques avec des organismes comme l’Alliance des Grands Lacs et du Saint-Laurent, nous travaillons à consolider la protection des Grands Lacs. Nous sommes également très actifs auprès des partenaires gouvernementaux. Au Canada, nous avons été parmi les acteurs qui ont mené la charge afin de sauver l’Agence de l’eau du Canada, menacée par des compressions budgétaires. Grâce à une campagne soutenue incluant la mobilisation d’alliés, à des rencontres avec des décideurs et à la couverture médiatique, nous avons réussi. Dans le Budget 2025, l’Agence est restée pratiquement intacte.
Mais il reste tout de même un défi majeur à relever : l’adoption des technologies par les municipalités et les grands utilisateurs, alors que l’approvisionnement en eau n’est pas perçu comme une priorité ni environnementale, ni économique. C’est là qu’AquaAction intervient grâce à son programme AquaEntrepreneur, qui connecte les startups avec des municipalités et des partenaires industriels pour réaliser des projets pilotes. Depuis 2022, AquaAction a aidé à conclure plus de 230 projets pilotes et contrats, à générer plus de 200 M$ de revenus et à créer des centaines d’emplois qualifiés.
L’eau douce a été et restera le sésame de la survie humaine et de tous les écosystèmes. Malheureusement, c’est aussi une ressource dont seuls ceux qui en manquent en mesurent la pleine valeur. Et de nos jours, personne n’est à l’abri. Plus le temps avance, plus la protection de la ressource devient difficile et urgente.
Piger dans le Fonds vert pour limiter les déficits opérationnels de la Province ou pour construire des routes n’aide en rien. Autoriser la construction d’un nouvel oléoduc pour plaire à l’Alberta et, dans la foulée, perdre un ministre environnementaliste dédié, n’est pas non plus une décision politique très aidante de la part du gouvernement fédéral de Marc Carney.
Des initiatives comme celles d’AquaAction et de ses partenaires sont essentielles et cruciales, mais sans les diminuer, insuffisantes si les gouvernements municipaux, provinciaux et fédéral ne s’impliquent pas sérieusement.






