Jean-Claude Landry, mai 2016

Se pourrait-il que l’accroissement des inégalités observé au cours des trois dernières décennies ait constitué un frein à la croissance économique? C’est l’étonnante hypothèse avancée dans une étude parue en 2015 sous l’égide du prestigieux Fonds monétaire international (FMI). Étonnante parce que cette institution internationale a historiquement fait la promotion de politiques et mesures économiques allant précisément dans le sens contraire.

Publiée sous le titre Inequality and Labor Market Institutions (Les inégalités et les institutions du marché du travail), l’étude démontre que l’augmentation des inégalités observée depuis 1980 a fait plus que nuire à la croissance, elle a accru la fréquence et la durée des récessions.

Les deux économistes auteurs de l’étude affirment avoir observé que les baisses du taux de syndicalisation entraînaient quelques années plus tard un accroissement de la part des revenus des 10 % les plus riches (et des 1 % les plus riches). Ils en déduisent que les organisations syndicales, parce qu’elles renforcent le pouvoir de négociation des travailleurs, empêchent les détenteurs de capitaux et les PDG d’accaparer une aussi forte portion des profits que leurs homologues résidant dans les pays où la présence syndicale est réduite.

Une autre étude, diffusée celle-là par la Banque fédérale de Saint-Louis, aux États-Unis, institution peu susceptible d’être pro-syndicale, vient soutenir la thèse avancée par les deux économistes du FMI en affirmant que, aux États-Unis, la syndicalisation a favorisé la création d’une classe moyenne solide tout en améliorant la mobilité intergénérationnelle.

La situation ne serait pas différente au Canada s’il faut en croire une troisième étude (2) sur les inégalités faite par des chercheurs du département d’économie de l’Université de Colombie-Britannique. Selon eux, 15 % de l’augmentation des inégalités au Canada serait la conséquence du recul de la présence syndicale au pays. De 1983 à 1990, alors que le taux de syndicalisation de la main-d’œuvre reculait fortement, la part des revenus accaparée par le 1 % des plus fortunés s’est accrue de 4,5 %.

Faut-il conclure de ces études, comme les chercheurs de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) l’ont fait, qu’un fort taux de syndicalisation accroît les perspectives d’une plus juste distribution des revenus? Le débat est ouvert!

TAUX DE SYNDICALISATION ET CROISSANCE DE REVENUS DU 1% AU CANADA

Sans titre

Source : Statistique Canada : Tableaux 282-0078 et 279-0025, et GRENIER, André, « La main-d’œuvre », dans Le marché du travail, janvier-février 1997, vol. 18, n° 1 et 2, p. 98; World Incomes Database.

Sources :

(1)       How Does Declining Unionism Affect the American Middle Class and Inter-generational Mobility?, octobre 2015,

(2)       Canadian Inequality: Recent Developments and Policy Options, , octobre 2012

SOURCE: FINANCES ET DÉVELOPPEMENT, magazine trimestriel du FMI, mars 2015

Source: STATS.OECE.ORG

Commentaires

Je m'abonne à l'infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Acceptation des termes*
Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.

Je m'abonne à l'infolettre