Dans cet épisode de La tête dans les nuances, il est question de l’aide médicale à mourir (AMM) avec deux intervenantes. Patricia Morrissette est infirmière praticienne spécialisée en soins de première ligne en fin de vie et a travaillé en soins palliatifs en plus de collaborer régulièrement avec l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité. Nicole Gamache est intervenante psychosociale depuis plus d’une quarantaine d’années et est maintenant une proche collaboratrice d’Albatros Trois-Rivières et de la maison Albatros de Trois-Rivières. Toutes deux présentent leur parcours et leur expérience auprès des personnes qui demandent l’AMM et de leur entourage. En compagnie de Robert Aubin, elles discutent des motivations qui les ont menées vers ce domaine, de l’accompagnement offert aux personnes concernées et de la place occupée par les proches.
Des motivations personnelles à s’engager dans l’accompagnement
En ouverture, les deux invitées ont expliqué avoir choisi d’œuvrer en AMM pour des raisons en partie liées à leur expérience personnelle. Patricia a travaillé longtemps en soins palliatifs. Pendant la pandémie de COVID-19, elle a constaté que plusieurs personnes mouraient seules. Elle souhaitait pouvoir offrir l’ensemble des soins disponibles à ses patient-es, dont l’AMM, pour répondre au mieux à leurs besoins.
Nicole Gamache, pour sa part, a fait carrière à la Protection de la jeunesse. À sa retraite, elle voulait poursuivre la relation d’aide différemment. Elle avait elle-même été proche aidante auprès de sa mère malade, ce qui a influencé sa décision de s’impliquer dans l’accompagnement en fin de vie. Depuis 2010, elle offre ses services à titre de travailleuse autonome.
L’accompagnement comme tel
Les intervenantes ont précisé que le soutien offert vise autant la personne qui demande l’AMM que les proches. Patricia Morrissette mentionne proposer systématiquement des rencontres avec un-e travailleur-se social-e ou avec un-e accompagnateur-trice en soins spirituels. Elle estime que la majorité des personnes acceptent, bien que certaines préfèrent attendre avant d’aborder ces questions.
Pour les proches, Nicole Gamache souligne qu’il est essentiel de procéder avec douceur et d’expliquer clairement le type d’aide qui peut leur être apportée. L’écoute occupe une place importante parce qu’il est essentiel de comprendre le vécu et la situation des personnes. On explique que l’ensemble du processus se déroule dans un contexte de grande vulnérabilité, tant pour la personne qui demande l’AMM que pour son entourage.
Les réactions et les attitudes des proches
Il a également été question de la manière dont les proches réagissent à la demande d’AMM. Cette démarche peut susciter des questionnements ou des réactions liés aux valeurs et aux croyances des individus.
Comme société, nous valorisons l’autonomie, l’agentivité et l’individualité. Et les critères d’évaluation pour avoir accès à l’AMM vont en ce sens, puisqu’on ne laisse pas de place à l’entourage dans cette prise de décision. Toutefois, les proches peuvent être présent-es lors des évaluations, ce qui permet parfois d’amorcer certaines discussions. « Mon rôle à moi, c’est de donner un soin à un patient ou à une patiente. Je m’assure que l’entourage comprend la souffrance et le pourquoi de la demande. Et surtout, que son droit [de mourir dans la dignité] est respecté », explique Patricia Morrissette.
Des divergences peuvent survenir entre la personne qui fait la demande et ses proches, parfois en raison de convictions personnelles ou de difficultés à accepter la situation. Dans ces cas, un travail de conciliation peut être requis pour clarifier les raisons de la demande et le sens que la personne attribue à sa démarche.
En somme, le panel a mis en lumière la complexité du processus et du rôle essentiel de l’accompagnement auprès des personnes qui demandent l’AMM et de ses proches.





