Le projet de l’indépendance du Québec bute sur un nœud persistant dans l’histoire politique québécoise : celui d’un peuple oscillant entre aspirations nationales et réalités fédérales. Trente ans après le référendum de 1995, les débats autour de l’indépendance du Québec ne semblent pas s’être éteints, mais ils ont changé de ton, de forme et de portée. Aujourd’hui, alors que le pouvoir fédéral semble se recentraliser et que les défis communicationnels freinent la transmission des idées souverainistes, plusieurs voix s’élèvent pour questionner non seulement la patience du Québec, mais surtout sa volonté réelle d’aller au bout de son projet national. C’est la trame de fond qui, à l’émission La tête dans les nuances, oriente la discussion entre Méganne Perry Mélancon, porte-parole nationale du Parti Québécois, Alexandre Leduc, député de Québec solidaire de la circonscription d’Hochelaga-Maisonneuve, et Simon Dabin, chercheur et chargé de cours à l’UQAM en sciences politiques, spécialisé en études autochtones et en politique québécoise et canadienne.
Alors, combien de fois ?
Pour Méganne Perry Mélançon, la vraie question est plutôt : combien de fois le gouvernement fédéral dira-t-il non aux demandes du Québec avant que celui-ci se décide à dire oui ? Elle soutient que, parmi toutes les demandes adressées à Ottawa, très peu ont reçu une réponse favorable. En accord avec la porte-parole nationale du Parti Québécois, Alexandre Leduc ajoute que, chaque jour, le Québec se dit non à lui-même en raison de sa dépendance à l’égard de l’État canadien. Selon lui, il existe bel et bien une limite à cette dépendance, une limite qui peut devenir un outil de mobilisation.
Le chercheur Simon Dabin souligne que le contexte politique actuel est particulièrement chargé au Canada. Les provinces de l’Ouest ressentent un fort sentiment d’aliénation politique et économique, ce qui pourrait influencer les futures négociations au sein de la fédération canadienne. Il estime que, si le Québec souhaite prendre part à ces discussions, il doit d’abord se poser cette question fondamentale.
Les principaux défis
Simon Dabin observe qu’à la lumière des derniers résultats électoraux fédéraux, le contexte politique tend vers une centralisation accrue du pouvoir à Ottawa. Face à ce postulat, on se demande quel est le principal obstacle qui nous empêche de contrer cette centralisation.
Méganne Perry Mélançon et Alexandre Leduc s’accordent pour dire que le plus grand défi que présente le projet indépendantiste en est un de communication. Méganne Perry Mélançon affirme qu’il devient de plus en plus difficile pour les citoyennes et les citoyens de bien s’informer, surtout chez les plus jeunes. Alexandre Leduc ajoute que la montée du conservatisme dans les nouvelles générations, en partie alimentée par les contenus numériques qu’elles consultent, constitue aussi un « ennemi » du projet souverainiste. Tous deux énoncent ensuite les solutions proposées par leur parti respectif pour répondre à ces défis.
La règle du 50 % + 1
En 1995, la victoire du camp fédéraliste a été extrêmement serrée. Pour déterminer la majorité, on applique la règle du 50 % plus 1. Les personnes invitées se demandent donc si une majorité minimale constitue réellement un gain quant à la cohésion sociale.
« Je me suis toujours dit que si, en 95, le résultat avait été parfaitement inversé, les tensions auraient été extrêmement grandes », indique Simon Dabin. Ainsi, bâtir un pays sur une acceptabilité aussi fragile pourrait entraîner de nouveaux défis démocratiques, selon lui. Pour Alexandre Leduc, le projet d’assemblée constituante proposé par Québec solidaire pourrait justement permettre de rallier davantage la population, car il mènerait à une proposition de constitution non partisane.

« Les fédéralistes qui ont brandi la souveraineté canadienne à toutes les occasions qu’ils ont eues de parler de l’annexion dont on ne veut pas avec les États-Unis, ne pourront plus dire que l’indépendance n’a pas sa place et n’est pas pertinente, parce que, finalement, ce qu’on veut, c’est défendre nos droits au Québec, c’est pouvoir faire rayonner nos talents québécois, aller chercher notre plein potentiel, puis que ce soit réparti dans l’ensemble du territoire et dans les régions. »
‒ Méganne Perry Mélancon, porte-parole nationale du Parti Québécois
« Un fédéralisme renouvelé ? Moi, je n’entends pas beaucoup de propositions concrètes à ce sujet. Ne serait-ce qu’à l’Assemblée nationale, la CAQ ‒ pas plus que le Parti libéral ‒ n’a à peu près rien à soumettre comme vision ou comme proposition concrète de fédéralisme renouvelé. Et, sur la scène fédérale, des propositions, s’il y en a, elles ne sont pas mises au cœur des campagnes électorales.»
‒ Alexandre Leduc, député de Québec solidaire
« Je pense que le Canada n’aura pas le choix de discuter du fédéralisme, qu’il y ait un référendum ou pas, sinon il ne pourra pas y avoir d’évolution de ce fédéralisme. L’important, quoi qu’il arrive, est de prendre en considération l’autodétermination des Premières Nations, du peuple inuit et des Métis-ses dans cette discussion-là. »
‒ Simon Dabin, chercheur postdoctoral et chargé de cours à l’UQAM







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