alain-transLe Devoir du 4 novembre dernier rapportait la conclusion d’une étude selon laquelle « la classe moyenne se porte bien » au Québec[1]. D’après l’étude, « se porte bien » signifie qu’elle a conservé sa place; elle représentait 46,7% de la population en 2010, contre 45,8 % en 1976. Mais dans les faits, se porte-t-elle si bien que ça la classe moyenne?

L’étude montre que le maintien de la taille de la classe moyenne s’explique par les mécanismes de transfert des revenus. Dans les faits, la classe moyenne a perdu du terrain depuis 1976 : elle est passée de 36,8% à 29,4% de la population de 1976 à 2010. Cette réalité ne doit pas nous étonner dans la mesure où on constate une distribution de plus en plus inégalitaire des revenus au Québec et ailleurs dans le monde. Si la classe moyenne recule, c’est parce que son revenu réel fait du surplace depuis 30 ans.

En effet, de nombreux organismes, dont l’OCDE, observent une érosionCLASSE MOYENNE de la classe moyenne dans plusieurs pays riches, dont le Canada, les États-Unis et la France notamment. Ils expliquent le déclin de la classe moyenne par le fossé grandissant entre les classes pauvre et moyenne et la classe des mieux nantis. Selon l’OCDE, les 10 % les plus riches se sont emparés de 65 % de la hausse du revenu national au Canada depuis 1975. Rien d’étonnant que le club sélect des 1 % les plus riches au Canada, qui s’accapare aujourd’hui 12 % de tous les revenus, occupe le troisième rang au monde. On constate la même tendance au Québec où la part des revenus a baissé pour 80 % de la population, tandis qu’elle montait pour les 20 % les mieux nantis.

Des conditions de vie dégradées

Le maintien de la classe moyenne ne veut pas dire que ses conditions de vie sont aussi bonnes. La hausse des prix des habitations, des transports et de l’électricité, au-dessus de l’inflation moyenne, a comme conséquence d’amputer graduellement la marge de manœuvre des familles pour d’autres types de dépenses. Si les Québécois semblent conserver leur niveau de vie, cela a un prix. Le taux d’endettement des familles québécoises a plus que triplé depuis 1980, pour atteindre 140 %. Le nombre d’heures travaillées par les familles québécoises a aussi augmenté de 10% à 15% depuis les années 1970[2], sans compter la contribution grandissante des enfants au revenu familial, laquelle se confirme par l’augmentation du nombre d’heures travaillées par les 15 à 17 ans. Et si en apparence la classe moyenne semble «se porter bien», il en va autrement de la qualité des emplois qui sont beaucoup plus précaires qu’autrefois. Enfin, pour mieux apprécier la place de la classe moyenne, il faudrait aussi tenir compte de la répartition des richesses (immobilières et financières), celles-ci étant de plus en plus concentrées entre les mains d’un faible pourcentage de la population.

Dire que «la classe moyenne se porte bien» est une exagération de la situation réelle. Les conditions de vie de la classe moyenne risquent de se dégrader encore plus au cours des prochaines années, compte tenu de la quasi-permanence des politiques d’austérité budgétaire des gouvernements canadien et québécois. Disons-le clairement, l’austérité a pour effet de vider de sa substance les mécanismes de redistribution des revenus. C’est ce qu’on observe depuis le début des années 2000 avec la multiplication des tarifs et voies d’évitement fiscal qui ne permettent plus à l’impôt progressif de jouer son véritable rôle.

[1] Selon une étude de : François Delorme, Suzie St-Cerny et Luc Godbout, La classe moyenne s’érode-t-elle vraiment? Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke.

[2] Institut de recherche socio-économique, Qui s’enrichit, qui s’appauvrit – 1976-2006, 2010.

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