Valérie2 Valérie Delage, février 2016

L’une des expériences humaines les plus fortes qu’il m’ait été donné de vivre, c’est en tant que bénévole au SANA (Service d’accueil des nouveaux arrivants) lors de l’accueil de réfugiés à Trois-Rivières. À leur arrivée, installés à l’hôtel, ils n’ont que quelques jours pour trouver un logement, des vêtements adaptés à l’hiver et des meubles et effectuer les démarches administratives pour l’assurance maladie, l’assurance sociale, l’inscription des enfants à l’école, etc. Tout ça bien souvent sans parler français ni anglais. Quelques jours pour commencer une nouvelle vie dans un système où tout leur est étranger. Ce que j’ai pu sentir dans le regard des gens que j’ai accompagnés dans ces premiers pas, c’est l’immense soulagement de se savoir enfin en sécurité et l’espoir d’une vie meilleure pour leur famille, tout ça mélangé à la détresse de l’inconnu : bouleversant! Je me suis sentie honorée, privilégiée par la confiance totale que ces gens alors si fragiles et vulnérables ont placée en moi en se laissant complètement prendre en charge l’espace de quelques heures. Je me suis sentie moins à l’aise avec le pouvoir aveugle qu’ils m’accordaient pour prendre à leur place des décisions aussi importantes que le choix d’un logement. J’ai été profondément troublée par le sentiment de devoir prendre en charge avec une infinie délicatesse des êtres humains aussi fragiles que des oisillons tombés d’un nid.

Des réfugiés syriens arrivent à Montréal (Crédits: Gouvernement du Canada)

Des réfugiés syriens arrivent à Montréal (Crédits: Gouvernement du Canada)

Avoir le privilège de vivre les premiers instants de familles réfugiées dans leur pays d’accueil aide à comprendre à quel point ces gens ne sont pas déracinés par choix. Mais aussi pourquoi nous avons le devoir de les accueillir avec tout le soutien et le réconfort possible afin de leur offrir la sécurité dont nous n’avons plus toujours conscience de jouir. Beaucoup d’inquiétudes et de réserves circulent actuellement sur les risques d’accueillir des réfugiés parmi lesquels pourraient se glisser des terroristes. Bien sûr, le risque zéro n’existe pas. Toutefois, la réalité du Canada, qui sélectionne rigoureusement tous ses nouveaux arrivants, est bien différente de celle de l’Europe confrontée à des vagues massives d’immigration clandestine, sans aucune sélection et sans aucune mesure d’intégration puisque ces gens, en théorie, « n’existent pas ». Il s’en suit bien souvent une perte d’identité, alliée à des conditions de vie déplorables qui mènent parfois à la radicalisation dans une quête de sens et d’appartenance à un système de croyances idéalisées, un besoin d’affirmation, par la révolte, de la légitimité de ce que l’on est.

D’où le rôle essentiel que joue le pays d’accueil dans l’intégration des immigrants. Comme le dit si bien Boucar Diouf : «S’intégrer, c’est assimiler sans se faire assimiler ». Tout est là : il s’agit de faire connaître aux nouveaux arrivants les principes de base non négociables de la société d’accueil, telle que les énonce entre autres la Charte canadienne des droits et libertés, tout en leur permettant de conserver leur propre identité, celle qui fait la richesse et la diversité d’un pays ouvert aux autres.

Quelles que soient ses origines, tout immigrant va passer par une phase de réticence envers les nouveaux codes de son pays d’accueil qui le font se sentir étranger et va effectuer un repli vers ses anciennes valeurs, que ce soit en se regroupant avec des gens de même origine ou en adoptant des coutumes qu’il ou elle ne pratiquait même pas dans son pays d’origine. C’est presque une question de survie! Ainsi, il n’est pas rare de voir des femmes se mettre à porter le voile qu’elles n’ont jamais porté auparavant et, à l’extrême, des immigrants de deuxième ou de troisième génération se radicaliser dans la pratique de la religion parce qu’ils n’ont pas réussi à trouver leur place dans une société encore trop culturellement assimilatrice.

Comment alors faciliter la difficile transition entre deux cultures? Pourquoi ne pas nous ouvrir aux coutumes, aux modes de vie des nouveaux arrivants, nous offrir la chance de nous enrichir? Rendre notre milieu accueillant, créer des occasions de se connaître mutuellement, d’échanger sur nos différences culturelles, de partager des plats de notre quotidien respectif, de la musique, des livres, des jeux, des fêtes symboliques? Avoir l’ouverture d’esprit d’écouter l’autre dans le respect, qu’il soit notre voisin de pallier, du village d’à côté ou d’un pays lointain, le reconnaître en tant qu’individu, différent, mais tout aussi important dans le grand tout de l’humanité, ne serait-il pas le meilleur moyen de prévenir le terrorisme?

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