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Insomnie, fatigue chronique, dépendance aux somnifères : le sommeil semble aujourd’hui l’un des grands problèmes de santé de notre époque. Dans un épisode récent de La tête dans les nuances, l’animateur Robert Aubin s’est penché sur cette question en compagnie de trois spécialistes du sommeil : la psychologue Évelyne Touchette, la professeure Caroline Arbour et la conseillère en sommeil Chantal St-Onge. À travers leurs échanges, les expertes ont exploré les causes modernes des troubles du sommeil, leurs répercussions sur la santé et les pistes pour retrouver un repos réparateur.
Apprendre à dormir
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, dormir n’est pas seulement un processus automatique. « C’est une bonne nouvelle qu’on puisse apprendre à dormir », explique Évelyne Touchette, professeure en psychoéducation à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Selon elle, le sommeil repose sur des mécanismes biologiques influencés par l’environnement et les habitudes de vie.
Dès l’enfance, les comportements et les routines jouent un rôle déterminant dans la qualité du sommeil. L’exposition à la lumière, les interactions sociales et les périodes d’activité influencent les cycles naturels du corps. « On a une nuit qui ressemble un peu à notre journée », souligne la chercheuse. Ainsi, une journée marquée par le stress, les stimulations constantes et le manque de pauses risque de se traduire par une nuit agitée.
Une société qui dort moins
Les données scientifiques montrent que la durée moyenne de sommeil a diminué au cours des dernières décennies. Selon Caroline Arbour, professeure à l’Université de Montréal et spécialiste du sommeil, plusieurs facteurs expliquent cette tendance : « On vit actuellement dans une société où il y a une culture de performance », explique-t-elle. Dans ce contexte, de nombreuses personnes n’hésitent pas à réduire leurs heures de sommeil pour terminer un projet ou prolonger leurs activités. Les technologies jouent également un rôle important. L’exposition constante aux écrans et aux stimulations numériques complique la transition vers le repos. « On est sursollicité par les écrans et les stimuli »,
note la chercheuse.
La vie urbaine peut aussi perturber le sommeil : bruit, pollution lumineuse et rythme accéléré contribuent à diminuer la qualité du repos.
L’importance de l’hygiène du sommeil
Face à ces défis, les spécialistes insistent sur l’importance de ce qu’on appelle « l’hygiène du sommeil », un ensemble d’habitudes favorisant un repos de qualité.
Pour Chantal St-Onge, conseillère à la Fondation Sommeil, ces habitudes commencent dès le matin. « Se lever toujours à des heures régulières, se coucher toujours à des heures régulières », indique-t-elle.
L’exposition à la lumière naturelle, l’activité physique et la gestion du stress durant la journée jouent également un rôle crucial. La caféine, par exemple, devrait être consommée principalement en début de journée : « Deux cafés par jour maximum », recommande Mme St-Onge. Le soir venu, la transition vers le sommeil devrait se faire progressivement grâce à la diminution des stimulations et à des activités calmes.
Le piège du manque de sommeil
Réduire son temps de sommeil pour être plus productif-tives peut sembler efficace à court terme, mais les conséquences peuvent être importantes. Selon Caroline Arbour, même une petite privation peut avoir des effets durables. « Se priver d’une heure de sommeil par rapport à nos besoins physiologiques, ça nous prend quatre jours à s’en rétablir sur le plan cellulaire », souligne-t-elle.
Le manque de sommeil affecte la concentration, l’humeur et la capacité à gérer le stress. À long terme, il peut également fragiliser le système immunitaire et augmenter les risques de maladies.
Les troubles du sommeil
Les spécialistes rappellent aussi que les troubles du sommeil sont nombreux et parfois méconnus.
L’insomnie demeure le problème le plus fréquemment rapporté, mais d’autres troubles peuvent également perturber le repos. « L’insomnie, l’apnée du sommeil, les jambes sans repos », énumère Chantal St-Onge. Certaines personnes souffrent également d’hypersomnie, un trouble qui provoque une fatigue persistante malgré de longues périodes de sommeil.
Dans tous les cas, les expertes encouragent les personnes concernées à consulter afin d’obtenir un diagnostic adéquat.
Redonner au sommeil sa place
Au fil de la discussion, un message s’impose : le sommeil ne devrait pas être perçu comme une perte de temps, mais comme un pilier essentiel de la santé. « Le sommeil, c’est une bénédiction », rappelle Chantal St-Onge.
Dans une société souvent dominée par la performance et la productivité, redonner de l’importance au repos pourrait bien être l’un des défis majeurs des prochaines années.
CITATIONS DES INVITÉES :
Évelyne Touchette
« On devrait accorder plus de temps au sommeil chez l’enfant avant de courir vers les diagnostics. »

Caroline Arbour
« Se priver d’une heure de sommeil peut demander jusqu’à quatre jours pour récupérer sur le plan cellulaire. »

Chantal St-Onge
« Dans notre société, c’est presque bien vu de ne pas dormir. »
« L’avenir appartient à ceux qui dorment bien. »








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