À l’ère du Plan pour une économie verte 2030, adopté en 2020 par le gouvernement du Québec, une chose est certaine : le Québec doit s’engager dans la transition écologique. Le transport, principal secteur d’émission de gaz à effet de serre au Québec, est en tête de file des secteurs à revisiter. Dans un système où l’automobile individuelle règne, ce sont les transports collectifs, et non l’électrification du transport privé, qui seront les piliers de cette transition.  

L’impact des transports collectifs va bien au-delà de son bilan environnemental ; il s’agit d’une solution à plusieurs crises sociales, comme la crise du logement, la hausse du coût de la vie ou encore la réduction des inégalités. Comme individu ou en tant que société, choisir les transports collectifs équivaut à faire un choix environnemental, économique et éthique. 

L’« auto-solo » : un système problématique

À l’heure actuelle, le système de transport repose quasi entièrement sur le recours à l’automobile individuelle. Tout est pensé en fonction de l’« auto-solo » : l’entretien et la construction d’infrastructures sont synonymes de nouvelles routes ; les quartiers tout-à-l’auto sont pensés en fonction des stationnements ; l’étalement urbain permet plus de place pour les voitures…

L’omniprésence de l’automobile est le résultat de choix politiques et économiques en termes de développement urbain. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le réseau routier reçoit 70 % du budget provincial en transport terrestre

Pourtant, l’« auto-solo » est loin d’être le système le plus efficace.

La mobilité, par définition, correspond à la capacité de répondre à tous nos besoins en parcourant la plus petite distance possible. Suivant cette logique, le meilleur système est celui qui requiert le plus court déplacement possible. L’automobile, symbole du progrès, est loin de remplir ce mandat ; au contraire, elle normalise le déplacement sur de grandes distances. Son développement et sa montée en popularité au courant du XXe siècle n’ont donc pas entraîné un gain d’efficacité, mais plutôt un obstacle à la mobilité.

Le système de l’« auto-solo » signifie aussi l’exacerbation des inégalités : « D’emblée, la construction d’un système de transport axé sur la voiture exclut quiconque ne peut pas en conduire une, notamment les enfants ainsi que les personnes trop âgées ou handicapées, » rappelle l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS)

D’un côté, il y a ceux qui ont accès à l’automobile, et de l’autre, les autres. Cette division est le résultat de la marchandisation de la mobilité : la capacité de se déplacer devient équivalente à la capacité de payer pour un véhicule. Une telle marchandisation entraîne inévitablement un accès inéquitable à la mobilité en fonction du statut socioéconomique, mais aussi du genre et de l’origine ethnoculturelle, selon l’IRIS

L’impact environnemental de l’« auto-solo »

Lorsqu’on calcule l’empreinte carbone du transport, il faut prendre en compte l’essence et l’électricité consommée par les moteurs, mais aussi l’impact de la fabrication des véhicules, l’importation, la construction des routes et des rails, l’extraction des matières premières et le traitement en fin de vie des véhicules, explique Anne de Bortoli, chercheuse postdoctorale au Centre international de référence sur l’analyse du cycle de vie et la transition durable (CIRAIG) de Polytechnique Montréal. Or, en termes d’énergie, le transport en commun consomme 2,2 fois moins d’énergie par kilomètre parcouru que le transport individuel, selon l’Association du transport urbain du Québec (ATUQ).

Dans la province, le transport est responsable des trois quarts du pétrole consommé et de 43,3 % des émissions de GES, selon l’IRIS. De plus, les émissions liées au transport ont augmenté de 34,6 % depuis 1990, entre autres à cause de l’augmentation du nombre de véhicules par habitant-e et de celui des véhicules de grande taille. 

Le transport est donc un chantier prioritaire dans la réduction des émissions de GES. La liste des polluants atmosphériques émis par les gaz d’échappement des voitures est longue : monoxyde de carbone (CO), oxydes d’azote (NOx), composés organiques volatils (COV), particules fines (PM2,5), dioxyde de soufre (SO2), ammoniac (NH3), etc. Tous ces polluants ne sont pas sans effet sur la santé ; Santé Canada leur attribue des effets potentiels tels que l’inflammation pulmonaire, des bronchites chroniques, l’irritation des voies respiratoires et l’aggravation de certains symptômes cardiaques, pour n’en nommer que quelques-uns.

Le coût social des transports

Dans une étude sur le coût social des transports de l’Université Laval, Marion Voisin et Jean Dubé ont tenté de chiffrer le coût réel du transport pour la société. Résultat : pour chaque dollar payé par un individu en transport privé, la collectivité en paye 5,77 $.

Ce calcul inclut les coûts directs associés à l’automobile, soit le véhicule en soi, l’essence ou l’électricité, l’entretien et les assurances, mais aussi les coûts indirects liés au système de l’« auto-solo », tels que les impôts et les taxes injectés dans la construction et l’entretien des routes, ainsi que des « coûts cachés » comme la perte de temps, la pollution et les accidents.

À propos de l’apport des contribuables, Marion Voisin est catégorique : « Les automobilistes pensent tout le temps qu’ils paient pour le transport collectif des autres alors que  c’est l’inverse. »

En ce qui concerne les transports collectifs, Voisin et Dubé ont calculé que pour chaque dollar investi par les individus, la collectivité ne débourse que 1,21 $ pour l’autobus et 0,22 $ pour le vélo ou la marche. Une telle différence s’explique par le coût moindre des infrastructures de transport collectif. D’un point de vue sociétal, il coûte donc 4,8 fois plus cher de prioriser l’« auto-solo ». 

À l’échelle individuelle, le transport privé occupe le deuxième rang de dépenses en importance dans le budget des ménages. Selon Équiterre, 50 % à 70 % de ces dépenses pourraient être évitées en priorisant le transport collectif.

Les véhicules électriques : un moindre mal

Dans son Plan pour une économie verte 2030, le gouvernement provincial établit comme premier axe la réduction des émissions de gaz à effet de serre. En termes de transport, sa stratégie est claire : électrifier tous les véhicules. 

D’un point de vue environnemental, le véhicule électrique n’est pas la solution, mais plutôt un moindre mal. 

Selon un rapport du CIRAIG, commissionné par Hydro-Québec en 2016, une voiture électrique a un impact environnemental de 55 % à 80 % moindre que celui d’une voiture à essence – mais seulement après 300 000 kilomètres. Oui, la voiture électrique pollue moins en roulant. Toutefois, si on regarde le cycle de vie complet des véhicules électriques, le portrait est moins vert. 

La production d’un véhicule électrique pollue jusqu’à deux fois plus que celle d’une voiture à essence, selon le CIRAIG. La grande coupable de ce bilan est la batterie, qui requiert jusqu’à trois kilogrammes de lithium, le dénommé « or blanc », pour chaque spécimen. L’extraction des matériaux nécessaires à sa construction est d’ailleurs hautement polluante. En outre, la fin de la vie des véhicules électriques est problématique, alors qu’aucun procédé de recyclage n’existe pour le lithium et que le recyclage des batteries est très complexe, explique Réjean Samson, professeur de génie chimique à Polytechnique Montréal et directeur du CIRAIG.

Au-delà de l’aspect environnemental, l’électrification des véhicules ne règle ni les problèmes sociaux ni le fardeau financier associé au système de l’« auto-solo ».

Devant ce portrait mitigé, le transport collectif est d’autant plus important. Catherine Morency, professeure à Polytechnique Montréal et titulaire de la Chaire Mobilité, n’a aucun doute : « Le Québec doit développer des alternatives à l’auto solo, en améliorant les conditions de déplacements en modes actifs, en donnant la priorité au transport en commun. »

« Si vous avez le choix de ne pas avoir de véhicule, n’en achetez pas. Si vous n’avez pas le choix, prenez-le électrique, » en conclut Martin Archambault, porte-parole de l’Association des véhicules électriques du Québec.

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