
Nina Duque, professeure et chercheuse postdoctorale à l’Université du Québec à Montréal et spécialiste des pratiques numériques adolescentes.
(Photo: Courtoisie de Nina Duque.)
Depuis 2025, le gouvernement du Québec interdit les appareils mobiles dans les écoles primaires et secondaires afin d’«offrir un environnement propice à l’apprentissage, à la concentration et au développement d’habiletés sociales» (CSSRS). Un an plus tard, quels en sont les résultats?
«On doit faire preuve de prudence pour donner une note positive ou négative à l’interdiction […] surtout si c’est le bien-être des jeunes qui est visé», explique Nina Duque, professeure et chercheuse postdoctorale à l’Université du Québec à Montréal et spécialiste des pratiques numériques adolescentes.
Il est étonnant d’apprendre que les recherches scientifiques n’ont toujours pas permis d’atteindre un consensus sur les impacts du numérique sur le développement des jeunes: selon madame Duque, il y a autant d’études qui étalent le négatif que d’études qui affirment que les impacts sont nuls. Dans les faits, aucune étude québécoise n’a été réalisée en amont de l’adoption de la réglementation. Ainsi, aucune donnée n’existe pour évaluer les retombées de l’interdiction des appareils mobiles dans les écoles. À l’heure actuelle, la seule manière d’évaluer l’impact de l’interdiction est de se tourner vers les témoignages du milieu scolaire selon lesquels les salles de cours sont plus calmes.
Comment expliquer la décision du gouvernement provincial alors? Aux yeux de madame Duque, la décision repose sur «une science incomplète en partant de l’idée que le numérique est mauvais pour les jeunes […]. C’est un choix basé sur des valeurs et pas basé sur la science», explique madame Duque. Pour la spécialiste, il s’agit d’une tentative de chercher «des solutions magiques à des problèmes complexes».
Mesurer sans données: mission impossible
Bien entendu, le Québec n’est pas le premier gouvernement à interdire les téléphones cellulaires en classe. Quelles sont les retombées à l’extérieur de la province de ce genre de mesure?
Madame Duque nous amène en Floride où le House Bill 1105, qui interdit les téléphones cellulaires en classe, a été promulgué en 2024: «Pour les jeunes où ça allait bien [l’interdiction des appareils mobiles] n’a rien changé [à leurs résultats scolaires ou à leur attention]. Cependant, on remarque que chez certains groupes d’élèves défavorisé-es, retirer le téléphone n’aide pas à améliorer les résultats scolaires. Et là, ça commence à être intéressant: comment le téléphone cellulaire peut-il être positif chez les jeunes et pourquoi?». Une question que la recherche devrait résoudre dans les prochaines années.
Interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, une autre solution magique a un problème complexe?
En juin 2026, le gouvernement fédéral a décidé de s’attaquer au dossier numérique chez les jeunes avec le projet de loi C-34 (Loi sur les médias sociaux sécuritaires), qui interdiraitt les réseaux sociaux aux jeunes de moins de 16 ans.
«Je suis contre l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans […]. Je pense que la Loi n’est pas assise sur une science solide et […] on n’aura pas les retombées espérées, on le voit déjà en Australie [qui interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans depuis décembre 2025]», affirme la spécialiste.
La chercheuse reste lucide: les réseaux sociaux, gérés par des entreprises malhonnêtes, méritent qu’on y fasse un «méchant ménage », pour reprendre ses termes. Cependant, elle a la conviction qu’«on fait fausse route avec l’interdiction des réseaux sociaux. Le numérique ne s’en va pas, c’est notre mode de communication. Les jeunes vont arriver à 17 ans et vont être malhabiles et avoir de mauvaises habitudes avec le numérique.»
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Mélodie Charest, journaliste pigiste
Initiative de journalisme local








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