Photo : Anne-Sofie Bathalon

En janvier dernier, au complexe culturel Félix-Leclerc (CCFL) situé dans la ville de LaTuque, se tenait le vernissage de l’exposition Mamokasowin. Cette exposition regorge de textures, mélangeant plusieurs arts, entre modernité et tradition. Les oeuvres seront exposées du 18 janvier au 3 mars dans l’espace Carole-Guérin du CCFL. 

Alors que l’art autochtone de la nation atikamekw est à l’honneur, il s’agit d’une collaboration entre les Services sociaux Atikamekw Onikam (SSAO), le Fablab Wawacte, le Conseil de la Nation atikamekw (CNA) et du Complexe culturel Félix-Leclerc. Dans un premier temps, on y expose une murale confectionnée par des jeunes de 12 à 17 ans bénéficiaires des Services sociaux Atikamekw Onikam. Dans un deuxième temps, aux côtés de la murale, sont exposées les œuvres des étudiants du Fablab Wawacte, un programme développé par les autorités atikamekws et leurs partenaires accompagnés par le centre d’innovation des Premiers Peuples. 

Le désir de Camille Goulet

« À la base, moi et mon ancienne collègue, on voulait faire des projets d’art, on travaillait pour les services sociaux atikamekw, on voulait faire des projets d’art avec des jeunes. Entre autres parce que souvent, l’art peut être utilisé pour s’aider, pour dealer avec des difficultés » raconte Camille Goulet, intervenante depuis plus d’un an et demi au CNA, l’une des instigatrices du projet. Ce sont donc six jeunes artistes, accompagnés de l’artiste atikamekw Christiane Biroté, qui ont créé la murale. Pour des raisons de confidentialité, les noms des jeunes artistes ne peuvent être divulgués. 

Camille Goulet a ensuite communiqué avec le CCFL afin de présenter le projet. Elle ajoute : « ils ont tout de suite embarqué, Marie-Pierre [la directrice générale et artistique du CCFL] n’a même pas demandé à voir la murale avant de dire oui [rire] » et justement, un peu plus tard dans la soirée, Marie-Pierre Mailhot confie à La Gazette que « cela faisait longtemps [qu’elle] attendait une proposition de projet comme celui-là. » Par la suite, l’organisatrice a contacté le Fablab Wawacte afin de leur proposer d’exposer des objets d’art réalisés par les étudiants du programme. « On a décidé, tant qu’à mettre en valeur des talents de jeunes atikamekw, de joindre le Fablab au projet ». 

Ainsi, depuis le mois d’août, des jeunes atikamekws de la Haute-Mauricie ont travaillé sporadiquement sur ce projet. Camille Goulet est aussi fière du résultat final que du processus. À titre d’exemple, elle raconte « qu’il y avait une jeune qui était très énergique, hyperactive, et dès qu’elle décidait de s’y mettre, elle devenait super calme. […] Certains étaient timides et en travaillant ensemble ils tissaient des liens. J’ai vu des jeunes fiers aussi ». Sur place, une autre intervenante d’un autre centre et qui travaille dans le milieu depuis plus de vingt ans, explique que voir ce genre de projet la rend plus que fière, « ces jeunes-là vivent parfois de grosses difficultés, et de voir qu’ils ont pu s’organiser ensemble et faire de si belles choses me rend émotive. »

Plusieurs formes d’art regroupées

Alors qu’on entre dans l’espace Carole-Guérin, on aperçoit des œuvres d’art de tous les horizons où chacun peut assurément trouver son compte. Il y a de la gravure sur bois, parfois peinte, souvent représentant des paysages, des animaux ou encore des symboles. Il s’agit de gravures bien réalisées qui suscitent un sentiment d’émerveillement devant la créativité et la précision du travail artistique. Certains paysages représentés peuvent inspirer une sensation de calme et de sérénité, créant ainsi une ambiance apaisante. Alyson Denis du Fablab et également chargée du projet, a expliqué lors de son discours que certains ne savaient pas peindre, qu’ils ont appris pendant le processus de création. C’est ce genre de déclaration qui rend ces œuvres encore plus belles, car on sent le dépassement de soi. 

L’exposition est également parsemée de poésie. Au mur, on peut lire des écrits des jeunes artistes illustrant leur processus de création ou encore révélant les bienfaits de l’art sur leur personne. On peut par exemple y lire « l’art m’aide à développer mon imagination. » Un peu plus loin, l’artiste raconte comment elle perçoit les impacts de l’art chez une camarade. On sent donc une réelle mise à nu, un réel dévoilement de soi. Dans l’exposition, on retrouve également quelques photographies qui sont mélangées avec de la peinture. Suivant un thème forestier, on peut identifier divers éléments qu’on retrouve en forêt. Au travers des clichés, on sent la fascination de la photographie pour les éléments naturels. 

L’exposition comporte aussi un volet peinture, puisqu’on y retrouve plusieurs tableaux, dont la fameuse murale. Ces peintures regorgent de symboles et d’art typiquement atikamekw.  On remarque d’ailleurs sur la murale des motifs qu’on retrouve dans l’art atikamekw. Avec une palette de couleurs centrée sur le vert et d’autres couleurs froides, les photographies ainsi que les autres illustrations sont en parfaite harmonie. Même si plusieurs artistes ont participé à la murale, on ressent une forme d’unicité et d’intemporalité. Chacun a sa propre perception de ce qui rend l’œuvre unique, et cette perception peut évoluer au fil du temps en fonction des expériences et des changements personnels. Ainsi, on peut repasser à plusieurs reprises devant la murale et celle-ci nous induira des sensations uniques à chaque fois. 

Tout bien considéré, il s’agit d’une exposition sereine, mais qui réveille en nous un sentiment puissant. On découvre une magnifique facette de la nation atikamekw. Bien que plusieurs symboles traditionnels s’y retrouvent, on sent une jeune génération derrière qui a su s’approprier sa culture ; cette exposition reste donc moderne et même, intemporelle. Il s’agit d’une activité pour toute la famille ou en solo. La population pourra admirer les oeuvres du 18 janvier au 3 mars 2024 au Complexe culturel Félix-Leclerc, accessible en tout temps selon les heures d’ouverture.

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