Contrairement à la croyance selon laquelle le système public coûte plus cher et est moins efficace qu’un système privé, la réalité nous montre tout le contraire. Photo : Dominic Bérubé

À l’instar des partis politiques qui se sont succédé au pouvoir depuis une quarantaine d’années, le gouvernement de la CAQ prévoit augmenter la place du privé dans la santé. Pourtant, contrairement à la croyance selon laquelle le système public coûte plus cher et est moins efficace qu’un système privé, la réalité nous montre tout le contraire. 

Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner les données sur les différents systèmes de santé dans le monde. Le système de santé des États-Unis est le plus privé parmi les 38 pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). Le secteur privé y représente 51 % des dépenses totales de santé, contre 49 % pour le secteur public, comparativement à 30 % privé/70 % public au Québec et au Canada, à 85 % public/15 % privé en Suède, et à une moyenne de 27 % privé/73 % public dans l’ensemble de l’OCDE

Même si le secteur privé occupe la plus grande place aux États-Unis, le coût de leur système de santé est le plus élevé au monde, avec une dépense de 13 590 $ par habitant, plus du double des montants dépensés au Canada (6 666 $), au Québec (6 781 $) ou en Suède (6 892 $). Ainsi, les États-Unis consacrent 16,8 % de leur revenu national à la santé, soit la proportion la plus élevée au monde, comparativement à 10,8 % au Canada, 11,0 % au Québec, 10,9 % en Suède, et à 8,8 % en moyenne dans l’OCDE.

Pourquoi le privé en santé est-il plus coûteux ?

Le système de santé américain est plus coûteux pour deux raisons. D’abord, parce qu’il n’existe pas aux États-Unis un régime universel d’assurance-maladie, mais plusieurs régimes privés gérés par 1 300 compagnies d’assurance; cela multiplie les frais d’administration du système de santé. D’autre part, en l’absence de toute forme de régulation, les salaires des médecins et les prix des actes médicaux sont très élevés. 

En plus d’être le plus coûteux, le système de santé américain est globalement moins efficace, car il prodigue moins de services à la population. En effet, l’accès aux soins de santé est limité ou inexistant pour des millions de personnes. Près de 28 millions d’Américains n’ont pas les moyens de payer les primes d’assurance privée trop élevées. Des millions d’autres n’ont pas de couverture adéquate et ne peuvent payer les prix excessifs des soins privés et des médicaments. 

La montée du privé au Québec

Le privé dans la santé occupe une place de plus en plus grande au Québec. Selon l’IRIS, la part du financement privé dans la santé a augmenté de 52,6 % en 40 ans (1). Les dépenses moyennes d’un ménage québécois dans la santé privée atteignaient 3 000 $ en 2018 (2). Comme aux États-Unis, les montants versés aux assureurs privés ne se traduisent pas pour autant par une offre de service équivalente, étant donné que 30 % des montants payés en prime d’assurance privée sont destinés aux frais d’administration et de marketing et aux dividendes versés aux actionnaires (3).  

Le privé gagne aussi du terrain depuis le regroupement des activités médicales dans des super-cliniques de santé privées. Si ces cliniques acceptent votre carte de la RAMQ, elles n’appartiennent cependant pas à l’État, mais à des groupes d’investisseurs privés. On dénombre plus de 500 cliniques privées au Québec, comparativement à quelques-unes au début des années 2000 (4). Selon une étude, 74 % des cliniques privées sont des sociétés par actions qui visent le maximum de profits (ou dividendes) pour leurs actionnaires (5). Le comble dans cette histoire, c’est que ces super-cliniques privées sont financées par nos impôts.

Le cercle vicieux de la privatisation

Le hic avec le recours accru du privé dans la santé, c’est qu’il incite le personnel de la santé à migrer du secteur public vers les cliniques privées. C’est le cas des 7 700 infirmières qui exercent dans le secteur privé, soit 11 % de l’effectif total (6). Par ailleurs, le financement privé pousse de plus en plus de médecins à sortir du régime public, leur nombre étant passé de 50 en 2000 à plus de 800 en 2019 (7)

Force est de constater que la montée du privé en santé n’a pas pour effet d’améliorer l’efficacité globale des soins, mais le transfert des ressources du secteur public vers le secteur privé. 

Ainsi, le Québec s’enlise dans le cercle vicieux d’un affaiblissement du système public qui a comme conséquence de favoriser le secteur privé, et ainsi de suite. La route est donc pavée pour un système de santé à deux vitesses.

Sources :

(1) Guillaume Hébert, La progression du secteur privé en santé au Québec, IRIS, Mars 2022.

(2)  Selon Jacques Nantel, HEC Montréal, à Gravel le matin : La progressive privatisation des soins de santé au Québec, SRC, 14 novembre 2018.

(3) Guillaume Hébert, Les rouages du secteur privé en santé, IRIS, Avril 2022. 

(4) Gabrielle Duchaine, Boom de la médecine privée au Québec, La Presse, 14 mai 2013.

(5) Médecin pour le régime public, Les GMF au Québec, Juin 2017, 17 pages.

(6) Selon l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec en 2013.

(7) Selon la Régie de l’assurance-maladie du Québec.

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