Charles Fontaine – Suggestions de nos cinéphiles – avril 2021

Minari

États-Unis. 2020. Drame de Lee Isaac Chung avec Steven Yeun et Yeri Han. Véritable fenêtre sur la vie d’immigrants en poursuite du rêve américain, Minari présente la réalité d’une famille coréenne s’établissant sur un petit lopin de terre de l’Arkansas dans les années 1980. Passées en Californie, les années précédentes n’ont pas fourni le bonheur escompté. C’est Jacob, le patriarche, qui entraine sa famille au beau milieu de nulle part afin de cultiver des variétés de fruits et légumes. Or, la vie en milieu rural s’avère plus difficile que prévu et Jacob porte de plus en plus à lui seul cet espoir de faire de ce rêve un gagne-pain. Pour apaiser les tensions familiales, celui-ci propose que sa belle-mère, Soonja, vienne s’installer avec eux et s’occupe des enfants. La grand-mère, bien loin des stéréotypes, met un certain temps à tisser des liens avec ses petits-enfants, notamment avec le petit David, plus fragile et plus américanisé. Ce drame naturaliste d’une grande beauté témoigne de la fragilité et de la résilience d’un couple face aux aléas de la vie en communauté rurale. Comment se retrouver en dehors d’un travail aliénant, des inquiétudes répétées pour la santé du plus petit et d’un choc culturel se répétant au quotidien ? C’est la question qu’aborde avec sensibilité Lee Isaac Chung en puisant les réponses à même sa propre expérience. Sans grandes péripéties, le récit se déploie devant nous comme croît un jardin et se compose un portait familial. On appréciera, outre l’excellente interprétation de Steven Yeun (Burning, The Walking Dead, la réalisation intimiste et organique nous menant à cette finale, frôlant presque la tragédie, qui, en réalité, n’en est pas une. Le film est en nomination dans la catégorie « meilleur film » à la 93e cérémonie des Oscars.

Nomadland

États-Unis. 2020. Drame de Chloé Zhao avec Frances McDormand, David Strathairn, Linda May. Le rêve américain s’effrite et la chance ne sourit plus à cette veuve sexagénaire. Depuis l’effondrement économique de sa petite ville ouvrière du Nevada, cette femme endeuillée surnommée Fern incarnée par Frances McDormand (Fargo, Three Billboadrs outside Ebbing, Missouri) est contrainte à la vie de nomade. Pas tout à fait celle, très tendance, de la vanlife, la vie de « van dweller » qu’elle adopte est pourtant bel et bien un nouveau mode de vie partagé par de nombreux Américains. Nomadland raconte ainsi l’histoire d’une femme sillonnant seule les marges de l’Amérique à la recherche de travail, mais à la fois celle des différentes communautés nomades modernes cherchant ce qu’il reste de solidarité aux États-Unis. La réalisatrice sino-américaine Chloé Zhao signe un film formidable à la fois onirique dans la façon dont il portait la beauté de ce territoire et ancré dans la réalité en ce qu’il présente le genre de personnage dont nous n’avons pas l’habitude à l’écran. Alliant fiction et documentaire, Nomadland, dont le tournage s’est étalé sur 5 mois et 7 États américains, se garde cependant de porter quelconque message politique. Même lorsqu’il s’agit du travail aliénant dans les entrepôts du géant Amazon. Le long-métrage forge plutôt une réflexion sur la maison comme objet et comme concept. Il cherche à voir ce que cette vie peut offrir qu’une maison ne puisse pas et la rencontre entre Fern et Dave saura peut-être proposer une piste de réponse, à savoir, l’autre. Sans doute pour l’interprétation impeccable de McDormand, mais aussi pour la réalisation soignée de Chloé Zhao, le film s’est mérité le Lion d’Or à la Mostra de Venise en 2020, a récolté des plus prestigieux prix aux derniers Golden Globes et se retrouve en nomination pour « meilleur film » à la course aux Oscars de 2021.

Commentaires

Je m'abonne à l'infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Acceptation des termes*
Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.

Je m'abonne à l'infolettre