L’inflation a connu une envolée importante depuis la crise de la COVID-19. Le taux d’inflation annuel est passé de 1 % en janvier 2021 à 8,1 % en juin 2022 [1], pour ensuite redescendre et se maintenir autour de 2 % depuis l’été 2024. En dépit de cette baisse, l’inflation est encore deux fois plus élevée qu’avant la pandémie. Et, quand on additionne les hausses de prix depuis 2020, l’inflation cumulée est de 20,5 % au Canada et de 22,7 % au Québec. Si une pareille inflation a des conséquences fâcheuses sur les conditions de vie des gens, qui en sont les principales victimes ?
Selon une étude de Centraide [2], 85 % de la population québécoise dit souffrir d’anxiété financière, dont 46 % de manière marquée. Si l’étude indique que les gens sont très inquiets par rapport à leur situation financière, elle montre aussi que « cette situation affecte leur santé physique et mentale, ainsi que les relations entre les membres du ménage, entraînant souvent un cercle vicieux ».
L’inflation correspond à la hausse de l’Indice des prix à la consommation (IPC). L’IPC mesure les changements de prix d’un panier typique de produits et services qui comprend huit composantes : les aliments acheté en épicerie, le logement, les équipements ménagers, les vêtements, les transports, les soins personnels, les loisirs et l’alcool, le tabac et le cannabis.
Une inflation inégalitaire
Ce constat n’est pas étranger à la forte hausse des prix depuis 2020. Comme le montre le tableau ci-contre, les hausses de prix entre 2020 et 2025 sont beaucoup plus fortes pour les aliments et le logement que ce qu’indique l’inflation générale (IPC). Puisque ces deux produits essentiels représentent la moitié des dépenses des gens moins nantis, la hausse de leur prix pèse donc beaucoup plus lourdement dans leur budget, jusqu’à deux fois plus que celui des ménages les plus aisés.
Autre fait marquant, l’inflation qui touche les produits les moins chers, qui sont surtout consommés par les ménages les plus modestes, est plus forte que celle des produits plus chers, qui sont achetés en grande partie par les ménages mieux nantis. C’est le cas des aliments bas de gamme, dont les prix ont augmenté deux fois plus que ceux des aliments de gamme supérieure. Ce phénomène, que la Banque du Canada appelle cheapflation [3], a donc pour effet d’augmenter encore plus le fardeau de l’inflation pour les ménages à faible revenu.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que le revenu disponible moyen des ménages les plus pauvres a baissé de 1,9 % entre 2020 et 2024, passant de 29 875 $ à 29 307 $, alors que celui des mieux nantis bondissait de 51,4 %, de 139 660 $ à 211 467 %. [4]
Force est de constater que la poussée inflationniste des cinq dernières années a fait reculer le Québec de plusieurs années en matière de lutte contre la pauvreté et les inégalités. Le risque que pose cette triste évolution est l’affaiblissement de la cohésion sociale, laquelle finit toujours par nuire au développement humain et économique.
Pareil constat devrait inciter les gouvernements à revoir et à bonifier les mesures d’ajustement au coût de la vie. Par exemple, le supplément versé aux prestataires d’aide sociale, qui se limite à ceux et celles qui ont un emploi, devrait concerner l’ensemble des bénéficiaires. Notons aussi qu’il est plus que nécessaire de relever et d’indexer le montant des prestations mensuelles de la sécurité sociale afin de permettre aux gens de combler leurs besoins fondamentaux et de faire face aux hausses des prix.





