Il y a quelque chose d’obscène dans le silence qui entoure ce qui se passe à Cuba en ce moment. Pendant que l’attention médiatique se focalise sur les tarifs douaniers, les tensions commerciales et les dernières frasques de Washington, une île de 11 millions de personnes est lentement asphyxiée, et presque personne n’en parle.
Le blocus pétrolier imposé par l’administration Trump n’est pas une abstraction géopolitique. Ce sont des hôpitaux qui fonctionnent à moitié, des écoles perturbées, des tracteurs immobilisés dans des champs inondés. C’est une coopérative agricole dans la province de Guantánamo qui tente de relever ses infrastructures après le passage de l’ouragan Melissa, sans matériaux, sans énergie, sans certitude que l’aide promise arrivera un jour.
Le Comité de solidarité Trois-Rivières (CS3R) est aux premières loges de cette crise. Une mission de reconnaissance prévue depuis des mois, reportée d’abord à cause de l’ouragan, est maintenant suspendue indéfiniment en raison de l’interruption des vols. « On peut gérer des choses à distance, mais ce n’est pas comme aller auprès de nos partenaires et parler avec eux. C’est le lien qui en souffre », résume Richard Grenier, responsable de la coopération internationale au CS3R. Cette phrase dit tout. La coopération internationale, la vraie, ne se réduit pas à un virement bancaire ou à un rapport de projet. Elle se bâtit dans la présence, dans la confiance, dans le long terme. Et c’est précisément cette touche humaine que le blocus cherche, entre autres, à détruire.
Le CS3R travaille depuis des années à soutenir la sécurité alimentaire à Cuba : permaculture, transformation des aliments, conservation des récoltes. Un travail patient, compliqué par le fait que trouver des fournisseurs qui acceptent de commercer avec Cuba relève du parcours du combattant. Les transporteurs craignent les pénalités américaines et ceux qui acceptent font payer le risque. Et dans tout ça, des communautés attendent des pièces d’équipement qui n’arrivent pas.
Ce qui se passe n’est pas nouveau. Cuba vit sous embargo depuis plus de 65 ans. Embargo maintes fois condamné sur la scène internationale, jamais levé. Mais chaque phase a aggravé un peu plus la situation. Aujourd’hui, c’est le pétrole qui manque complètement. Sans énergie, les machines s’arrêtent, le tourisme s’effondre, l’économie se contracte, les gens subissent les pénuries.
Face à cela, que fait le Canada ? L’envoi d’aide humanitaire est un geste positif, certes. Mais si le premier ministre Carney souhaite vraiment un ordre mondial différent (plus équitable, plus respectueux du droit international), il doit en faire la preuve autrement que par des déclarations à Davos. Le Canada est signataire de la Charte des Nations Unies. Il entretient des relations diplomatiques et commerciales avec Cuba depuis des décennies. Il a les outils pour agir : dénoncer publiquement ce blocus illégal, maintenir et renforcer ces liens, envisager même la fourniture de pétrole comme signal clair de souveraineté.
Et pendant ce temps, très peu d’informations circulent. Le désintérêt, tant au Canada qu’aux États-Unis, pour cette crise humanitaire en devenir est lui-même une forme de complicité. L’invisibilité de la souffrance cubaine n’est pas accidentelle, elle est entretenue.






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