et ses collègues de la table éditoriale
L’eau est considérée comme une ressource renouvelable et abondante au Québec. Ses utilisateurs et utilisatrices sont multiples, à commencer par les villes et les municipalités, qui comptent pour 64 % de l’eau prélevée afin de la rendre propre à la consommation. Suivent des activités industrielles, comme la métallurgie, l’industrie minière et les papetières. L’agriculture est également une grande consommatrice d’eau.
Est-ce qu’il y a surconsommation de l’eau ? Le Canada figure au 2e rang mondial de la consommation d’eau par personne, et le Québec est dans la même lignée. En 2023, dans le secteur résidentiel, chaque Canadien et Canadienne a consommé quotidiennement 220 litres d’eau en moyenne. Ce chiffre était de 184 en Ontario, et la consommation résidentielle québécoise, quant à elle, atteignait 245 litres par personne par jour¹, dont seulement 10 % était de l’eau à boire. Par contre, au Mali, par exemple, elle est estimée à environ 16 litres par personne par jour, ce qui est très en dessous du minimum recommandé pour une vie décente.
À défaut de parler de gaspillage, il y a tout de même des pertes qui résultent de bris de conduites et de la vétusté de certaines infrastructures de distribution. Ces pertes d’eau sont estimées à environ 20 % de l’eau distribuée dans l’ensemble du Québec, soit des dizaines de millions de litres d’eau pour une ville comme Trois-Rivières.
Nous payons pour l’accès à l’eau potable de diverses manières : avec une taxe sur l’eau dans nos comptes de taxes foncières et le financement pour la mise à niveau des infrastructures publiques de distribution de l’eau, dont le coût est évalué à plusieurs dizaines de milliards de dollars au Québec. À cela s’ajoute le prix très élevé de l’eau embouteillée et son empreinte négative sur l’environnement.
En effet, tandis que l’eau est un bien public qui a une certaine valeur socio-économique, elle devient une marchandise dans le secteur privé et une source de profit. Ainsi, l’eau embouteillée se vend en proportion 1 500 fois plus cher que l’eau du robinet. Évalué à plus de 5 milliards de dollars au Canada, c’est un marché en pleine expansion, avec un taux de croissance prévu de 6 % à 7 % par année d’ici 2033 ; l’eau embouteillée représente aussi un marché très lucratif au Québec.
Le marché est principalement aux mains de grandes entreprises multinationales comme Pepsico et Coca-Cola, mais il y a aussi quelques PME québécoises. Il se vend, bon an mal an, entre 1 et 2 milliards de bouteilles d’eau au Québec, et 60 % de ces bouteilles ne sont pas recyclées et se retrouvent dans les sites d’enfouissement. Et quelle conséquence pour l’environnement… Il faut calculer une moyenne de 450 ans pour la dégradation totale d’une bouteille en plastique !
Depuis le 1er janvier 2026, toutes les entreprises au Québec qui « captent » plus de 50 000 litres d’eau quotidiennement sont soumises à des redevances accrues. Le montant de cette redevance dépend de la quantité d’eau utilisée. La révision de la tarification de l’eau est prévue pour le début de 2029.
Les sommes recueillies, qui sont passées de 3 millions en 2023 à 30 millions de dollars en 2025, financent en partie le Fonds bleu. Le reste du financement de ce fonds provient de crédits gouvernementaux. Créé le 1er juillet 2023, le Fonds bleu, qui devrait s’autofinancer (mais il n’existe aucun échéancier précis), doit servir de cagnotte pour diverses mesures contenues dans la Stratégie québécoise de l’eau 2018-2030.
Malgré l’accueil prudent mais positif reçu lors de sa mise en place, le Fonds bleu ne comporte aucun mécanisme d’évaluation des dépenses effectuées dans les projets subventionnés. Le budget, appelé à atteindre 150 millions par an, est pour plusieurs spécialistes carrément insuffisant pour permettre d’atteindre les objectifs fixés, notamment l’utilisation efficace des ressources en eau, le contrôle et la prévention des inondations et une meilleure conservation des écosystèmes aquatiques.
Dans son rapport de 2025 sur l’état des ressources en eau et des écosystèmes aquatiques, le ministère de l’Environnement du Québec précise que les problèmes d’approvisionnement en eau risquent de s’accroître en raison des changements climatiques. N’avons-nous pas assez tardé ? Le moment est venu de perdre et de gaspiller moins d’eau et d’investir les sommes nécessaires pour préserver cette ressource.
Sources :
- agriculture, environnement et ressource naturel
- Centers for Disease Control and Prevention (États-Unis)






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