Au Québec, on dit souvent qu’on est en faveur de la réinsertion sociale. L’idée fait assez consensus. En effet, la majorité de la population est en accord avec le fait d’offrir une deuxième chance et de permettre aux personnes qui sortent de prison de reprendre leur place dans la société. Mais dans les faits, la réalité est un peu plus complexe. Parce que le fait d’avoir un casier judiciaire continue de fermer plusieurs portes, surtout dans deux domaines essentiels : le logement et l’emploi.
Les obstacles à la réinsertion sociale
Trouver un logement lorsqu’on a un casier judiciaire peut représenter un défi majeur. Plusieurs propriétaires demandent une vérification des antécédents judiciaires et vont refuser automatiquement toute personne qui a un passé criminel. Et tout cela est bien légal, puisque la loi ne considère pas le casier judiciaire comme un motif de discrimination interdit en matière de logement. Je pourrais vous présenter toutes les difficultés qui viennent ensuite avec le fait de ne pas avoir de logement, mais je crois que vous pouvez vous-mêmes en imaginer quelques-unes…
En matière d’emploi, c’est assez différent. En général, on ne peut pas refuser d’embaucher, ni congédier ou désavantager une personne à cause de son casier judiciaire si l’infraction commise n’a pas de lien avec l’emploi ou si la personne a obtenu une suspension de son casier, aussi appelée pardon. Cette règle vise à faire en sorte que les employeurs et employeuses regardent d’abord les compétences et les qualités de la personne qui postule un emploi, et non seulement son passé criminel. Elle aide aussi à réduire les préjugés, à favoriser la réinsertion sociale et à diminuer le risque de récidive.
Il est aussi important de savoir qu’aucun élément, que ce soit la nature du crime ou de l’infraction, la fonction occupée dans l’emploi convoité, le degré de responsabilité ou le lieu de travail, n’est à lui seul déterminant. Il faut prendre le temps d’évaluer la situation dans son ensemble pour voir s’il existe une incidence « réelle et concrète » entre les antécédents de la personne et sa capacité à effectuer le travail en question. Malgré toute cette belle volonté législative, les antécédents judiciaires demeurent le troisième motif de discrimination en matière d’emploi le plus souvent invoqué, après le handicap et la « race », la couleur et l’origine ethnique ou nationale, selon la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.
Une responsabilité partagée
On dit souvent que les personnes judiciarisées doivent se reprendre en main. C’est vrai. Mais elles ne peuvent pas le faire seules. Elles ont besoin d’un milieu qui leur laisse une place. Elles ont besoin d’un employeur ou d’une employeuse ouvert-e. Elles ont besoin, pour pouvoir se loger, de propriétaires qui regardent plus loin qu’un dossier judiciaire. Elles ont besoin de gens qui acceptent qu’une erreur ne résume pas une vie entière. Il faut arrêter de voir ces personnes comme un risque ou un danger et plutôt les voir comme nos futur-es voisin-es. Parce que c’est ça, la réalité. Même si les personnes incarcérées représentent un groupe hétérogène, elles ont ceci en commun : elles finiront par sortir de prison. Un jour, nous allons les côtoyer à nouveau dans nos quartiers, nos commerces et nos milieux de travail. Alors aussi bien déjà se faire à l’idée et se préparer à les accueillir.
Il faut aussi comprendre que la réinsertion sociale protège toute la société. Une personne qui trouve un logement, un emploi et un peu de stabilité a plus de chances de respecter les lois. Elle a plus de chances de reprendre confiance en elle. Elle a plus de chances de contribuer de manière positive à son milieu. Et cette situation concerne plus de personnes qu’on le croit. Selon l’Association des services de réhabilitation sociale du Québec, 14 % de la population a un casier judiciaire. Chez les hommes, c’est un sur cinq. C’est donc une réalité qui touche beaucoup de familles et de quartiers. Alors, est-ce qu’on veut vraiment leur donner une deuxième chance ? Parce que, si on dit que l’on croit à la réinsertion sociale, il faut aussi l’accepter dans nos vies, dans nos milieux et dans nos gestes du quotidien. Parce qu’au fond, la deuxième chance n’existe vraiment que si la société accepte de l’offrir.






Vous devez être connecté pour laisser un commentaire. Se connecter