Une exposition virtuelle d’Appartenance Mauricie redonne la parole à celles qui ont fait les journaux de la région.
Appartenance Mauricie Société d’histoire régionale a lancé, le lundi 13 juillet 2026 à Shawinigan, son exposition virtuelle Trouver sa voix : la lutte des Mauriciennes pour se tailler une place dans la presse régionale. Le projet retrace plus d’un siècle de percées féminines dans les salles de rédaction de la région, celles de femmes qui ont gravi un à un les échelons, du secrétariat à la direction des journaux, et qui ont fait résonner leur voix pour que d’autres femmes soient entendues.
Le titre de l’exposition dit déjà l’essentiel. Trouver sa voix, c’est ce qu’ont dû faire, pendant des décennies, des Mauriciennes qui ont défié les barrières sociales pour s’affirmer comme actrices de la presse écrite. Beaucoup ont d’abord occupé des postes de secrétaire avant de gravir chaque échelon jusqu’à la rédaction, puis jusqu’à la direction. Ce sont ces parcours, longtemps restés dans l’ombre, qui forment la matière première du projet.
Un projet amorcé en 2023
Amorcée en 2023, l’exposition a été réalisée grâce à Musées numériques Canada, un programme d’investissement administré par le Musée canadien de l’histoire. La recherche et la rédaction ont mobilisé de jeunes diplômé-es universitaires en histoire à l’emploi de l’organisme, dont Justin Chauvette et Laurence Bordeleau. La coordonnatrice Kate Grenier a supervisé le travail aux côtés de Mario Lachance, président d’Appartenance Mauricie depuis 30 ans, soit pratiquement depuis la fondation de la société d’histoire, en 1995.
Hébergée sur la plateforme Histoires de chez nous, l’exposition rassemble des écrits, des articles, des photographies ainsi que des témoignages audio et vidéo. Des journalistes et des éditrices mauriciennes y racontent elles-mêmes leur parcours professionnel et leur expérience singulière.
Une mémoire médiatique partagée
Le projet a bénéficié de la participation des équipes du Nouvelliste, de La Gazette de la Mauricie, de l’Hebdo du St-Maurice et du Dynamique de Saint-Tite. Du quotidien à l’hebdomadaire, ces quatre titres couvrent une large part de la mémoire médiatique régionale et permettent de suivre, d’une génération à l’autre, l’évolution d’un métier dont les femmes ont mis des décennies à conquérir les postes de direction.
Pour un média communautaire comme La Gazette de la Mauricie, créée en 1984, cette mémoire n’a rien d’abstrait : elle se transmet d’une équipe à l’autre, souvent par des mains bénévoles.
La transmission au cœur du lancement
Directrice générale et journaliste à La Gazette de la Mauricie depuis 2023, Isabelle Padula a pris la parole lors du lancement. Elle a rappelé que, dans un monde où la façon de faire l’actualité et de s’informer se transforme profondément, cette exposition rappelle le rôle primordial des journalistes d’informer et de raconter leur époque tout en redonnant une place à celles qui ont passé des décennies à raconter les histoires des autres.
« Je me sais privilégiée d’exercer ce métier aujourd’hui et si je le peux, c’est parce que d’autres femmes ont osé prendre la plume avant moi », a-t-elle affirmé.
Elle a aussi souligné la présence, à ses côtés, de Diane Vermette, qui a dirigé le journal de 1991 à 1995 et qui contribue encore à son histoire, à la révision des textes, au conseil d’administration et à la table éditoriale.
« Dans un média communautaire, on reçoit un héritage, on le fait grandir du mieux qu’on peut, puis on le transmet à notre tour », a-t-elle résumé.
Impliquée dès la création du journal en 1984, sous le nom de La Gazette populaire, Diane Vermette a été tour à tour bénévole au montage, administratrice, puis directrice. Elle garde de ces années le souvenir du montage sur table lumineuse : articles dactylographiés, imprimés en photocomposition, découpés à l’exacto, puis fixés à la cire, bien avant l’arrivée des ordinateurs.
Ce que l’on risque d’oublier
L’exposition dépasse toutefois le seul récit de carrières individuelles. À l’heure où l’information circule au rythme des notifications et où les sources se multiplient, elle rappelle la fragilité de la mémoire collective quand plus personne ne prend le temps d’informer. Elle rend aussi visible ce que les journalistes d’aujourd’hui doivent à celles qui ont ouvert la voie, une plume après l’autre.
L’exposition Trouver sa voix est accessible en ligne, sur la plateforme Histoires de chez nous, au https://www.histoiresdecheznous.ca/v2/mauriciennes-presse-regionale_mauricie-women-local-press/.
Photo : David Leblanc

MARIO LACHANCE

ISABELLE PADULA

DIANE VERMETTE

KATE GRENIER

Les personnes présentes au lancement de l’exposition virtuelle Trouver sa voix.
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Djocari Laurys Théodore, journaliste
Initiative de journalisme local








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