Un livre sur l’art de la teinture naturelle, divulguant plusieurs recettes de teintures à base de plantes et relatant l’histoire de cette pratique artisanale depuis le début de la Nouvelle-France, vient d’être lancé par la teinturière Céline Desjardins, de Saint-Damien, dans Lanaudière.
Nommée Maître du patrimoine vivant en 2024 par le Conseil québécois du patrimoine vivant, Céline Desjardins accueille les néophytes dans son atelier boutique Le Pavillon de teinture, à Saint-Damien, pour leur transmettre tout ce qu’elle sait au sujet de cette forme d’artisanat ancestral.
«Pendant trois jours, des gens de partout dans la province viennent apprendre l’art de ce métier artisanal avec moi, un très beau métier! dit Céline Desjardins. Je leur montre tout! Ça les rend complètement autonomes et leur donne la possibilité de transmettre leurs connaissances à d’autres personnes de leur région par la suite.»
Son livre L’Art de la teinture naturelle au Québec – Du geste ancestral à la pratique contemporaine, vient tout juste d’être publié aux Éditions GID. À travers 19 recettes de teintures faites à base de plantes qu’on peut cueillir dans nos jardins et dans la nature, Céline Desjardins nous initie à un monde presque oublié. Elle décrit comment utiliser les plantes pour créer des bains de teinture de toutes les couleurs qui résiste au temps.
«On trouve dans le livre une section consacrée à l’histoire de la teinture, écrite par l’historienne Louise Lalonger. J’y parle aussi de techniques anciennes et de pratiques contemporaines. C’est très actuel!», dit la teinturière.
Son livre nous fait découvrir des pans méconnus de notre histoire. Selon Louise Lalonger, auteure de la partie historique, les Premières Nations tissaient des objets à partir de fil d’ortie, teint en rouge avec une teinture fabriquée avec de la racine de la savoyane, une petite plante de sous-bois.
Dès le début de la colonie, les Français et Françaises auraient adopté certaines des pratiques autochtones utilisant des plantes locales pour teindre laine et tissus, tout en important des ingrédients traditionnellement utilisés en Europe. Ainsi, plusieurs témoignages rapportent que, jusqu’à la fin du 19e siècle, la population de la Nouvelle-France utilisait diverses plantes pour fabriquer des teintures: verge d’or, myrique baumier, écorce d’érable et de bouleau, sumac vinaigrier, lichen, fruits et légumes du potager, tabac et brou de noix.
Il est intéressant de découvrir, tel que rapporté par Louise Lalonger, que «les produits tinctoriaux présents d’une époque à l’autre variaient selon des courants commerciaux et des facteurs socioculturels et parfois politiques».
Les plantes ont beaucoup à nous apprendre, selon Céline Desjardins. «Mon intérêt pour la teinture végétale a commencé quand j’ai entendu parler d’une vieille pratique, où les gens teignaient la laine et les tissus avec des poches de thé, pour leur donner un air ancien. Après, j’ai découvert qu’on pouvait utiliser d’autres plantes. La teinture végétale est une pratique artisanale en harmonie avec les saisons. En ce moment, on est dans la cueillette des plantes qu’on fait sécher.»
La teinture végétale naturelle est devenue très marginale à la suite de la découverte des colorants de synthèse à la fin du 19e siècle, puis quand la fabrication des tissus et vêtements s’est industrialisée au 20e siècle. Mais ces traditions se sont quand même perpétuées, grâce à certaines personnes passionnées.
Céline Desjardins raconte avoir été initiée à la teinture végétale par une flécheuse de Berthierville, Marie-Berthe Guilbault Lanoix, spécialisée dans la fabrication de ceintures fléchées à l’ancienne, tissées aux doigts avec de la laine teinte à la main.
Elle souhaite aujourd’hui transmettre ses connaissances au plus grand nombre.
«Bien sûr j’invite les gens intéressés à s’inscrire à mon atelier, et pour ceux qui ne souhaitent pas se déplacer, à au moins se procurer mon livre. Ça faisait plus de 50 ans qu’aucun livre n’avait été écrit sur le sujet», dit Céline Desjardins.
Le livre L’Art de la teinture naturelle au Québec – Du geste ancestral à la pratique contemporaine est disponible dans plusieurs librairies et peut être commandé en ligne sur le site web du Conseil québécois du patrimoine vivant.

Le livre L’art de la teinture naturelle au Québec – Du geste ancestral à la pratique contemporaine, de Céline Desjardins, vient tout juste d’être publié aux Éditions GID. (Photo: Courtoisie Éditions GID)

L’une des recettes du livre L’art de la teinture naturelle au Québec – Du geste ancestral à la pratique contemporaine utilise l’œillet d’Inde pour créer une teinture de couleur jaune. (Photo: Courtoisie Ysabelle Forest)

Céline Desjardins partage son savoir et vend de la laine teinte à la main dans son atelier boutique Le Pavillon de teinture, à Saint-Damien, dans Lanaudière. (Photo: Courtoisie Guillaume Morin)
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Geneviève Quessy, journaliste pigiste
Initiative de journalisme local








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