
Lorsque l’on parle d’une agression à caractère sexuel, notre attention se porte naturellement vers la victime. Avec raison! C’est elle qui a subi la violence, qui doit vivre au quotidien avec les conséquences du traumatisme et entreprendre un chemin parfois long vers la guérison.
Pourtant, lorsqu’une personne dévoile avoir vécu une agression sexuelle, l’onde de choc s’étend beaucoup plus qu’on ne le pense. Elle traverse les familles, les couples, les amitiés… Elle atteint tous ceux et celles qui aiment cette personne et qui découvrent brusquement qu’une réalité douloureuse existait, parfois depuis des années, sans jamais en avoir entendu parler. Soudainement, les proches se retrouvent eux et elles aussi transformé-es par ces gestes profondément violents. Cette réalité peu abordée amène souvent les proches à s’isoler, à vivre de la détresse et même à vivre personnellement plusieurs conséquences de l’agression.
Lorsqu’un-e proche nous confie avoir vécu une agression sexuelle, l’attitude la plus aidante est de l’écouter sans jugement, de le ou la croire, de respecter son rythme et de lui demander ce dont il ou elle a besoin. À l’inverse, minimiser les faits, remettre sa parole en doute, chercher des causes dans ses comportements ou presser la personne d’agir d’une certaine façon risque d’accentuer sa détresse. Malgré toute leur bienveillance, plusieurs proches se heurtent toutefois à un profond sentiment d’impuissance.
Le sentiment d’impuissance chez les proches
L’une des émotions rapportées comme étant la plus difficile à vivre pour les proches est l’impuissance. Nous sommes habitué-es à intervenir lorsque les gens que nous aimons traversent des épreuves. Par exemple, offrir notre aide lors d’un déménagement, accompagner une personne malade à ses rendez-vous ou prêter une oreille attentive lors d’une séparation. Mais une agression sexuelle est un acte profondément bouleversant, qui laisse malheureusement bien souvent des marques durant toute la vie.
Cette réalité peut être difficile à accepter. Les proches voudraient soulager la souffrance, revenir en arrière pour effacer l’événement et protéger la personne qu’ils ou elles aiment ou encore trouver une façon de réparer l’injustice. Quand les proches réalisent que cela est impossible, un profond sentiment d’impuissance peut s’installer.
Les violences à caractère sexuel peuvent ébranler une croyance fondamentale: celle que les personnes qui nous sont chères sont à l’abri de ce genre de violence. Lorsque cette illusion disparaît, il faut apprendre à composer avec une réalité nouvelle et complexe.
Le traumatisme secondaire: ressentir les effets du traumatisme
Une autre conséquence peu abordée chez les proches de victimes de violence sexuelle est la notion de traumatisme secondaire. Les psychologues parlent de traumatisme secondaire lorsqu’une personne est exposée au récit, à la souffrance ou aux conséquences d’un événement traumatique vécu par quelqu’un d’autre. La personne proche n’a pas subi directement l’événement, mais son empathie et son implication émotionnelle font en sorte qu’elle peut en venir à en ressentir elle-même certains effets.
Par exemple, un conjoint qui accompagne sa partenaire après une agression sexuelle pourrait commencer à:
- avoir de la difficulté à dormir;
- revivre mentalement ce qu’on lui a raconté;
- ressentir de l’anxiété ou de la colère;
- devenir plus méfiant ou hypervigilant dans certaines situations;
- éprouver un sentiment constant d’impuissance ou de culpabilité.
Ce phénomène est également observable chez les parents, les ami-es proches, les intervenant-es du domaine social, les psychologues, les policiers et policières ou les professionnel-les de la santé qui sont régulièrement exposé-es à des récits traumatiques. Certaines études démontrent que les proches de victimes d’agressions sexuelles peuvent présenter des symptômes semblables à ceux que l’on observe dans les cas de troubles de stress post-traumatique (hypervigilance, cauchemars, flashbacks, etc). Ce concept permet de comprendre à quel point une agression sexuelle peut avoir des conséquences qui s’étendent bien au-delà de la personne directement touchée. Il permet aussi de comprendre que la souffrance des proches est réelle et valide, et la nécessité de créer collectivement des espaces leur étant dédiés.
Se mobiliser ensemble
Devant l’ampleur des conséquences que peuvent engendrer les violences à caractère sexuel, un constat s’impose. Il s’agit d’une réalité qui nous concerne toutes et tous. Selon le ministère de la Sécurité publique du Québec, une femme sur trois et un homme sur six vivront au moins une agression sexuelle dans leur vie. À ce chiffre malheureusement trop élevé s’ajoutent aussi les victimes collatérales, les proches.
Se mobiliser ensemble, c’est refuser la banalisation de ces violences, mais aussi refuser le silence qui les entoure encore trop souvent. C’est croire les victimes dès la première parole, soutenir leurs proches dans ce qu’ils et elles traversent, et exiger des environnements plus sécuritaires et responsables. Car, au-delà des statistiques, il y a des vies, des familles et des communautés entières qui tentent de se reconstruire. Et c’est ensemble que nous devons choisir de ne plus détourner le regard.






Vous devez être connecté pour laisser un commentaire. Se connecter