Il y a exactement 50 ans, le 15 novembre 1976, le Parti québécois (PQ) prenait le pouvoir pour la première fois de son histoire. Son retour à la tête de l’État est l’occasion parfaite pour revenir sur cet évènement important dans le développement du nationalisme québécois.
Les origines
Malgré la réalisation en 1963 de la nationalisation de l’hydroélectricité en tant que ministre, sous le slogan « Maîtres chez nous », René Lévesque quitte le Parti libéral du Québec (PLQ) en octobre 1967, avec de nombreux libéraux progressistes, car cette formation rejette son « Option Québec » : faire du Québec un pays, le seul État francophone d’Amérique du Nord.
Il fonde alors le Mouvement souveraineté-association (M-S-A) qui se transforme à nouveau en parti politique, le 14 octobre 1968 : le Parti québécois. À ce moment, le PQ est d’emblée un parti de coalition, ayant déjà intégré des éléments plus à droite par la fusion avec le Ralliement national (RN) de Gilles Grégoire, ainsi que des milliers de militants issus de la gauche socialiste et nationaliste du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), présidé par Pierre Bourgault, qui souhaite unir les forces souverainistes de l’époque.
Malgré deux échecs lors des élections de 1970 et de 1973, dans lesquelles même René Lévesque se fait battre, le PQ réussit à prendre le pouvoir à sa troisième tentative en devenant le premier gouvernement indépendantiste de l’histoire du Québec, le 15 novembre 1976.
Les résultats
Après 28 jours de campagne électorale s’appuyant sur la stratégie de la bonne gouvernance, c’est avec le slogan « On a besoin d’un vrai gouvernement », accompagné parfois de l’expression « On mérite mieux que ça », que le PQ gagne son pari en remportant 71 des 110 sièges de l’Assemblée nationale du Québec. Même le poète trifluvien Gérald Godin (1938-1994) bat le Premier ministre Robert Bourassa dans sa circonscription montréalaise de Mercier. La chanson-thème de la campagne du PQ, intitulée « Demain nous appartient » et écrite par Stéphane Venne (1941-2025), devient alors un hymne pour plusieurs générations.
Ce soir-là, c’est plus de 85 % de l’électorat québécois qui s’exprime sur un total de 4 millions d’électeurs. Avec 41 % du vote populaire, René Lévesque réussit à battre les 9 autres formations politiques, dont les 4 principales qui obtiennent des députés : le PLQ de Robert Bourassa (33 % des votes, mais seulement 255 000 de moins que le PQ), l’Union nationale de Rodrigue Biron (18 %), le Ralliement créditiste de Camil Samson (4,6 %) et le Parti national populaire de Jérôme Choquette (1 %). À cette occasion, le PQ fait aussi élire Jean Alfred (1940-2015), le premier député noir, d’origine haïtienne, au parlement québécois.
Les premiers mandats
Dans un autre article, j’ai déjà souligné l’importance des premières lois adoptées qui vont permettre de forger le Québec moderne, une façon de parachever la Révolution tranquille.
Ajoutons les lois manquantes à cette liste : le droit à la non-discrimination des homosexuels (1977), la loi sur l’aménagement et l’urbanisme (1979), la création de la CSST (1979), la création de la Commission des normes du travail (1980), le droit à la non-discrimination des femmes enceintes (1982), la loi sur l’accréditation et le financement des associations d’élèves ou d’étudiants (1983), la création du Fonds de solidarité FTQ (1983), alouette!
Parmi ces lois-phares, il y a notamment la Loi 101 qui aura permis d’appuyer le concept de « convergence culturelle », tel que forgé par le philosophe Fernand Dumont, c’est-à-dire que la langue française, en tant que ciment social, et la culture québécoise doivent devenir le socle commun vers lequel intégrer les minorités culturelles et tous les nouveaux arrivants.
Par la suite, au cours du deuxième mandat, René Lévesque poursuit une série de réformes majeures dont l’assainissement des mœurs politiques par la réforme du financement des partis politiques. Rappelons aussi qu’en mars 1985, le PQ devient le premier gouvernement en Amérique du Nord à reconnaître le droit à l’autodétermination des peuples autochtones!
L’héritage
Après la mort de Lévesque, le 1er novembre 1987, et ayant perdu le pouvoir en 1985 face au PLQ, le Parti québécois se retrousse les manches et va reprendre le pouvoir à au moins deux occasions (1994 et 2012) et donner au Québec d’autres réformes essentielles et des lois importantes pour la société québécoise. Depuis l’obtention par les autochtones de leur droit de vote au provincial, en 1969, c’est aussi le PQ qui réussit à faire élire le premier député autochtone, Alexis Wawanoloath, c’était en 2007.
En tant que 34e Premier ministre du Québec, et comme 10e chef du Parti québécois, PSSP doit poursuivre cet élan réformateur et progressiste qui a animé le PQ tout au long de son histoire. Espérons que les partis d’opposition à l’Assemblée nationale du Québec pourront l’aider en ce sens, notamment au sujet de la réforme du mode de scrutin, processus désuet hérité du système britannique à la suite de l’introduction du parlementarisme, en 1791.
Comme disait notre poète national Gaston Miron : « nous sommes arrivés à ce qui commence »!








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