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Michelle LaSalle à l’Atelier Presse Papier. Photo : Katia M. Briand

Le Sabord

En juin 2021, Michelle LaSalle recevait la toute première bourse de production Denis-Charland pour son dossier comportant des extraits de son projet de maîtrise, Une buée de tous les jours – An Everyday Cloud. Cette bourse, octroyée par l’Atelier Presse Papier en collaboration avec Le Sabord, inclut notamment une résidence d’un mois à l’atelier trifluvien. L’artiste montréalaise a donc passé novembre dernier à Trois-Rivières, où elle a pu prendre le temps d’explorer la matérialité du papier.

Saisir le temps

Michelle LaSalle a toujours été passionnée par les traces fugaces de la mémoire. Elle a entre autres travaillé l’archive photographique à l’aide de caméras jetables, oubliées dans un tiroir pendant sept ou huit ans. Puis, elle les a redécouvertes, en a développé les images et a construit des souvenirs à partir de ces instants figés. Le thème du temps est arrivé très tôt dans sa pratique, et c’est grâce à ce dernier qu’elle s’est tournée vers l’estampe : « à la base, je m’intéresse beaucoup à l’archive, à la mémoire, aux souvenirs, aux choses qui disparaissent, qui s’effritent, qui se modifient aussi à travers le temps. Je pense que ça m’a menée au procédé d’estampe et à un intérêt pour la lithographie, la gravure, la sérigraphie. »  Pour l’artiste, les gestes composant l’image évoquent en eux-mêmes la mémoire, l’oubli, la modification, la répétition. 

« Une buée de tous les jours, c’est un projet qui essaie de parler du temps et de la mémoire à travers celui de l’atelier, mais aussi du temps de vie, donc celui à la maison », confie Michelle LaSalle. Elle reconnaît que la pandémie a changé son rapport au temps, tout comme la venue au monde de son enfant. Son horaire est devenu morcelé entre le travail et la vie familiale : « mais finalement, remarque-t-elle, les gestes qui se répètent se ressemblent beaucoup, entre l’atelier et la maison. Surtout lorsqu’on parle d’estampe. » Elle tente de saisir à la fois le temps qu’elle qualifie de tangible et celui qui file. Elle qualifie d’ailleurs sa pratique de méditative.

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Entre arts visuels et écriture

Pour Michelle LaSalle, la démarche en amont de l’œuvre exposée fait partie intégrante de son travail en estampe. Elle donne un exemple à partir de la technique de la lithographie qui consiste à fixer une image dans la pierre pour ensuite l’imprimer. Entre chaque image, il faut poncer la pierre pour faire disparaître le motif précédent : « je m’intéresse beaucoup à ce moment-là où l’image passe de très claire à disparue. Et si on ne ponce pas suffisamment la pierre, l’image peut revenir en fantôme. Elle peut donc revenir hanter la personne qui la travaille. » Parfois, l’image finale ne raconte pas l’entièreté du processus de création : c’est pourquoi Michelle LaSalle s’est tournée vers l’écriture. Elle œuvre actuellement à la conception du livre d’art, Une buée de tous les jours – A Everyday Cloud, dans lequel elle fait alterner  les estampes et les histoires de leur création. Ces compléments narratifs accompagnent les œuvres visuelles, mais leur insufflent aussi une nouvelle profondeur, celle du temps et de la poésie de la conception.

Le temps d’explorer

Ce mariage entre le récit du processus de création et son résultat engendre toutefois certaines contraintes. L’artiste doit noter scrupuleusement les étapes au fur et à mesure de leur exécution, avant de les oublier, et cette pratique demande beaucoup de temps et une rigueur  considérable. La résidence d’un mois à l’Atelier Presse Papier a été un moment privilégié pour Michelle LaSalle qui lui a permis d’approfondir ses recherches sans limites. Elle y a exploré deux images en particulier : une photographie prise par sa collègue et amie Katia M. Briand ainsi qu’une œuvre tirée d’Une buée de tous les jours – A Everyday Cloud : « la photo de Katia, je l’ai imprimée 90 ou 92 fois. J’ai travaillé les superpositions, les transparences. J’ai ensuite froissé et défroissé ces estampes, les ai travaillées jusqu’à ce que le papier devienne comme un tissu qui rappelle la peau. C’était vraiment une exploration de la matérialité de cette image. » Cette réalisation s’inscrit d’ailleurs dans un projet collaboratif entre la photographe et l’artiste qui sera développé dans les mois à venir autour des thèmes du deuil et de la lumière. Michelle LaSalle a également repris une de ses œuvres antérieures, qu’elle a réimprimée plusieurs fois à l’Atelier Presse Papier, de manière à construire une courtepointe, une grille d’images en série qui se rejoignent et dialoguent entre elles. Cette nouvelle production sera intégrée aux futures expositions d’Une buée de tous les jours – A Everyday Cloud. 

La résidence à l’atelier trifluvien est arrivée au bon moment dans le parcours de l’artiste : « c’était vraiment intéressant de ne pas avoir de limites de temps et d’avoir un vrai moment où je pouvais explorer les choses et essayer différentes avenues. Je venais de finir ma maîtrise et, en plus d’être une belle reconnaissance, la bourse Denis-Charland m’a offert un tremplin pour aller vers d’autres directions, voir ce que je veux faire. »

En plus du livre d’art à venir et du projet en collaboration avec Katia M. Briand, Michelle LaSalle verra la nouvelle mouture d’Une buée de tous les jours – A Everyday Cloud diffusée au centre d’essai en art imprimé Arprim en 2023, à Montréal. Une artiste à suivre !

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