Stéphanie Dufresne – Environnement – 19 janvier 2022

Un regroupement composé d’une vingtaine d’organisations a dévoilé une série d’indicateurs servant à mesurer le bien-être des Québécoises et des Québécois. Parmi ceux-ci, 25 sont environnementaux. L’exercice fait toutefois ressortir un manque de données fiables et récurrentes pour suivre l’évolution de certains aspects.

Depuis l’après-Deuxième Guerre mondiale, la mesure du progrès et du bien-être se base sur le produit intérieur brut (PIB). Cet indicateur est calculé selon la valeur des biens et services produits dans un territoire donné. Une augmentation du PIB signifie donc une croissance de l’économie.

Depuis les années 1970, des voix s’élèvent pour dénoncer les limites de cet indicateur. Aujourd’hui, alors que la poursuite de la croissance économique est de plus en plus associée aux changements climatiques et aux inégalités sociales, il devient évident pour de nombreux acteurs de la société qu’il faut aussi mesurer d’autres facettes de la qualité de vie au Québec.

Animés de cette volonté, une vingtaine d’organismes des milieux économiques, financiers, sociaux, syndicaux, environnementaux, universitaires et philanthropiques, regroupés sous l’acronyme G15+, ont mis en ligne le 18 janvier 2022, une nouvelle plateforme interactive d’indicateurs de bien-être. L’objectif de l’initiative est d’interpeller les décideurs politiques afin qu’ils adoptent des politiques publiques basées sur le bien-être des gens, et pas seulement sur le PIB et la création d’emplois.

« Le monde évolue et change rapidement, la pandémie a exacerbé des phénomènes démographiques, numériques, environnementaux que l’on observait déjà avant. Plus que jamais, nous devons nous demander quels indicateurs reflètent ce qui est important pour nous, collectivement », estime Mia Homsy, présidente-directrice générale de l’Institut du Québec, qui a copiloté la démarche.

Les 51 indicateurs économiques, sociaux et environnementaux identifiés sont à la base d’une démarche qui plaide pour renforcer l’interdépendance entre l’économie, le social et l’environnement. Le projet s’inspire de l’expérience de plusieurs autres nations et organisations internationales.

Insuffisance de données environnementales

Élaborés à partir de sources fiables et crédibles, les indicateurs économiques sont bien chiffrés sur la plateforme. Il en va toutefois autrement pour plusieurs indicateurs environnementaux qui n’ont pas pu être documentés, faute de données récurrentes ou solides, ou parce que les données n’existaient pas. Au total, sur les 51 indicateurs identifiés, 17 restent encore à élaborer, dont une dizaine en environnement. A l’heure actuelle, le portrait écarte ainsi « des indicateurs environnementaux majeurs, dont plusieurs liés à la mobilité durable, à l’adaptation aux changements climatiques, à l’évolution de la biodiversité, à l’artificialisation des sols ou à la capacité de séquestration du carbone », déplore Jérôme Dupras, professeur à l’Université du Québec en Outaouais.

À défaut d’avoir de meilleures données, le Québec ne peut adopter de politiques publiques environnementales adaptées dont les effets pourront être mesurés. L’accès à des données robustes et fréquentes « représente un besoin criant pour nous permettre de tracer un portrait fiable de la qualité de vie au Québec et de corriger le tir, au besoin, vers les objectifs souhaités », peut-on lire sur la nouvelle plateforme. Lors du dévoilement des indicateurs, les membres du regroupement G15+ ont lancé un appel aux agences statistiques afin qu’elles contribuent à combler le vide.

Selon Martin Vaillancourt, directeur général du Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec, le gouvernement québécois devrait s’inspirer de certains indicateurs environnementaux qui existent ailleurs dans le monde, comme le suivi des investissements du budget national qui favorisent le maintien de la biodiversité.

Les 25 indicateurs environnementaux du bien-être au Québec

Indicateurs évalués 

  • Émissions de gaz à effet de serre
  • Qualité de l’air
  • Part de sources renouvelables dans l’énergie primaire consommée
  • Efficacité énergétique
  • Consommation d’eau potable
  • Assainissement des eaux usées
  • PIB Vert
  • Matières résiduelles récupérées
  • Indice de circularité de l’économie
  • Véhicules en circulation
  • Transport collectif
  • Accès à un parc ou un espace vert près de la maison
  • Aires protégées
  • Densification urbaine
  • Espèces menacées, vulnérables et exotiques envahissantes

Indicateurs à documenter

  • Capacité de séquestration de carbone
  • Total des catastrophes naturelles et urgences
  • Budget d’adaptation aux changements climatiques
  • Adaptation aux changements climatiques
  • Trajets de longue durée en automobile pour se rendre au travail
  • Part modale des modes de mobilité durable
  • Indice d’artificialisation (minéralisation) des sols
  • Indice d’évolution des écosystèmes
  • Indice des espèces
  • Budget en matière de biodiversité

Source : https://indicateurs.quebec/

De bonnes et de mauvaises nouvelles  

Les indicateurs environnementaux qui sont chiffrés pour la période 2015-2019 permettent de cerner certaines tendances inquiétantes. « Nos émissions de GES ont fortement augmenté, soutenues par une croissance marquée du nombre de véhicules sur nos routes. De même, l’accès aux infrastructures vertes s’est restreint pour les ménages », note Sabaa Khan, directrice générale de la Fondation David Suzuki, section Québec et Atlantique. En effet, l’indicateur montre que les émissions de gaz à effet de serre (GES) ont subi une hausse de 6,5 % entre 2015 et 2019. Le Québec devra donc faire des efforts colossaux pour atteindre sa cible de -37,5 % des émissions des GES d’ici 2030.

On y apprend aussi que le nombre de véhicules sur les routes s’est accru de 6 % et que la part du PIB dédiée aux produits environnementaux et aux technologies propres a reculé de 10 %.

Il y a cependant de bonnes nouvelles : le pourcentage du territoire couvert par des aires protégées terrestres et marines a augmenté, tout comme les investissements dans les infrastructures en transport collectif. La consommation d’eau potable par personne a diminué de 6 % et le Québec a consommé 4 % moins d’énergie. Le nombre de jours de mauvaise qualité de l’air a reculé de 34 % et la mise en chantier de logements individuels a aussi subi une baisse considérable de 27 %.

Un appel aux décideurs politiques

À travers son nouvel outil, le G15+ propose au gouvernement de passer les nouvelles politiques qu’il entend mettre en place au filtre de ces indicateurs. « La prochaine étape doit être politique. Elle consiste à choisir des cibles pour chaque indicateur, explique Christian Savard, directeur général de Vivre en Ville. Ultimement, on veut enrichir les Indicateurs du bien-être au Québec d’un indice global de bien-être qui deviendrait alors “le nouveau PIB” », résume-t-il.

L’initiative des Indicateurs de bien-être au Québec sert aussi à entamer un dialogue. Selon Colleen Thorpe, directrice générale d’Équiterre, elle viendra assurément nourrir le débat électoral des élections provinciales de 2022 sur plusieurs problèmes sociaux et environnementaux.

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