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Luiz Inácio Lula da Silva, 76 ans, dispute les commandes du Brésil à l’extrême-droite incarnée par le président sortant, Jair Bolsonaro, dans un contexte de polarisation extrême. En effet, le pays ne sortira pas indemne de cette course électorale où la menace d’un retour en force des militaires plane sur une démocratie fragile et sur une société prise avec des inégalités de plus en plus croissantes. Source de la photo : Facebook du PT - Partido dos Trabalhadores

Le 30 octobre dernier s’est tenu, au Brésil, le 2e tour des élections présidentielles qui ont opposé le président d’extrême-droite sortant, Jair Bolsonaro, à l’ancien président de gauche Luiz Inácio Lula da Silva. Dans une élection extrêmement serrée, l’ex-syndicaliste Lula, 77 ans, a obtenu 50,9 % des voix, contre 49,1 % pour Bolsonaro. 

Dans les semaines précédant le 2 octobre, date du premier tour des élections, les sondages laissaient paraître une victoire sans équivoque du candidat du Parti des Travailleurs (PT), Lula, lui accordant plus de 50% des intentions de votes et à peine 35% au président Bolsonaro du Parti Libéral. Or, les résultats se sont avérés bien différents. Si l’ordre des candidats est le même, la différence entre les suffrages et les intentions de votes a laissé entrevoir une lutte beaucoup plus serrée. Ce même scénario s’est produit lors de ce deuxième tour.

En effet, au premier tour, Lula n’a devancé son opposant que de 5% et a même traîné de l’arrière pendant une bonne partie du dépouillement. Tout laisse croire que les partisans de Bolsonaro ont caché leur appui à celui-ci aux sondeurs. Ce faible écart a forcé la tenue de ce 2e tour et a obligé chacun des candidats, mais surtout Lula, à courtiser les votes des autres candidats en lice lors du 1er tour, en particulier Simone Tebet (MDB, centre droit) et Ciro Gomes (PDT, centre gauche) qui ont obtenu l’essentiel des suffrages restants. Les jours suivant le vote, tous deux ont affirmé qu’ils appelaient les électeurs à choisir Lula, ce qui le plaçait en assez bonne posture pour le deuxième tour.  Cela dit, la partie n’a pas été facile pour Lula et maintenant qu’il est élu à la présidence, gouverner le Brésil sera complexe pour deux raisons. 

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Premièrement, l’élection a confirmé une énorme division du vote au Brésil entre les plus grands états riches, développés et à majorité blanche – Rio de Janeiro, Sao Paulo, Santa Catarina et Minas Gerais – et les autres états plus pauvres, agricoles et à forte proportion de population noire, en particulier ceux situés dans le nord-est. Dans le premier cas, Bolsonaro obtient de fortes majorités, même dans des villes comme Florianopolis et Rio de Janeiro, confirmant le virage à l’extrême-droite de ces régions industrialisées. Dans ces régions, l’appui au PT et à Lula dans les états du Nordeste est méprisé et contribue à la stigmatisation des pauvres et au racisme. 

Deuxièmement, concernant le ballotage, Lula et son équipe pourront gouverner et changer la donne au pays après quatre ans de politique d’extrême droite. Or, les élections au congrès montrent un tout autre visage du Brésil qui se tourne, pas nécessairement vers Bolsonaro, mais vers son mouvement comme option politique avec sa glorification des armes à feu, sa misogynie, son homophobie, son néolibéralisme à outrance, ses doutes quant à la situation sanitaire et son intolérance à l’opposition. Ici, c’est la normalisation de l’extrême-droite et de ses idées qui est en jeu. Pour ces extrémistes, toute lutte contre les inégalités sociales n’est pas seulement considérée comme économiquement irréaliste, elle est également taxée d’être anti-brésilienne. À cet égard, même si Lula tente de mettre en œuvre son programme politique de gauche, les blocages au congrès, et également dans les états, seront nombreux et risquent d’aggraver la division sociale et politique du pays.

Ces divisions font craindre le pire à plusieurs observateurs de la situation politique au Brésil. En effet, depuis la libération de Lula, il y a plus d’un an, à la suite de son blanchiment quant à sa participation dans le scandale de corruption de l’entreprise publique Petrobras (qui a mené à la destitution de sa successeure Dilma Youssef), certains craignent un retour des militaires, connaissant les sympathies entre l’institution armée et le président Bolsonaro, lui-même militaire. Un blocage politique et un approfondissement des divisions sociales donneraient à certains une perception de légitimité pour mettre en place un gouvernement de facto au moyen d’un coup d’État. 

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