Alex Dorval – Société – novembre 2021 

Le budget de mars 2021 du gouvernement québécois a laissé les groupes de l’Action communautaire autonome (ACA) sur leur faim. Quelque 500 organismes se sont mobilisés le 25 octobre dernier afin de faire part de leur ras-le-bol et donner un « coup de sifflet pour la CAQ ». À Trois-Rivières, c’est environ 400 travailleur.euses qui ont marché dans les rues et se sont rendus au bureau du ministre de l’Emploi, du Travail et de la Solidarité sociale, Jean Boulet pour faire valoir leurs revendications.

« Jamais le communautaire n’a autant démontré sa capacité à soutenir le filet social qu’en ce temps de crise », mentionne le communiqué de la Table régionale des organismes communautaires du Centre-du-Québec Mauricie (TROC-CQM) et du Comité de coordination régionale de la campagne Engagez-vous pour le communautaire.

Déguisés en clowns, les représentants du Comité de coordination régionale de la campagne Engagez-vous pour le communautaire se sont rendus au bureau du ministre Boulet. « On est tannés de faire rire de nous autres par le gouvernement », a lancé Sylvain St-Onge, directeur de la TROC-CQM. Photo : Dominic Bérubé

Respect de l’autonomie

« Les organismes ne sont pas là pour pallier le désengagement de l’État ni pour servir de sous-traitants à moindre coût », revendiquent les groupes de l’ACA.

« Il y a malheureusement encore la perception que le communautaire est le cheap labor des services publics », lance une travailleuse venue manifester en cette Journée nationale de reconnaissance de l’action communautaire autonome.

« Nos travailleur.euses sont tanné.es de voir que le secteur public obtient des hausses et que le communautaire n’a rien », déplore Sylvie Tardif, directrice du Centre d’organisation mauricien de services et d’éducation populaire (COMSEP).

« On est tannés de faire rire de nous autres », lance Sylvain St-Onge, directeur de la TROC-CQM, dont l’équipe s’était déguisée en clowns pour imager leurs doléances.

Ayant accepté de répondre à nos questions par courriel, le bureau du ministre Boulet soutient que « le gouvernement reconnaît l’apport indispensable et le travail essentiel des organismes communautaires pour maintenir et préserver le tissu social et venir en aide aux personnes vulnérables […] De plus, des travaux sont en cours pour renforcer les principes de la collaboration entre le gouvernement et les organismes communautaires et les appuyer dans le contexte de la crise actuelle. »

Entre soutien d’urgence et financement à la mission 

Les 4000 organismes d’action communautaire autonome revendiquent 460 millions de dollars de plus, par année, pour financer adéquatement la réalisation de leur mission, et ce, au plus tard d’ici le budget 2022.

Au bureau de M. Boulet, on fait valoir des investissements importants, notamment dans les secteurs les plus touchés par la pandémie :

« En 2019-2020, 5 254 organismes communautaires ont reçu un soutien financier gouvernemental équivalant à 1 272,7 M$, soit une augmentation de 10,1 % par rapport à l’année 2018-2019.

Aussi, ce sont près de 176 M$ qui ont été accordés aux organismes communautaires, en mesure de soutien d’urgence, dans le contexte de la COVID-19.  

Dans le cadre du budget 2021-2022, le gouvernement du Québec a annoncé une aide additionnelle de 174,9 M$ sur cinq ans, afin d’appuyer les organismes communautaires et de soutenir certaines initiatives ciblées dans le contexte de la pandémie, dont 65,9 M$ en 2021-2022.

De plus, des investissements de 13,2 M$ en 2021-2022 ont été annoncés pour bonifier le soutien financier de certains organismes communautaires afin de leur permettre de maintenir ou d’accroître leurs services. »

Sylvain St-Onge argue qu’il est toujours un peu difficile de comparer les chiffres du gouvernement avec ceux compilés par l’ACA. « Nous comptons par rapport aux groupes d’ACA et le gouvernement parle des organismes communautaires de façon élargie. » C’est que certains groupes dits communautaires ne relèvent pas d’initiatives citoyennes et autonomes.

«Coup de sifflet pour la CAQ ! Faisons front commun pour réclamer une meilleure reconnaissance de la part du gouvernement !» – Communiqué de presse de la TROC-CQM

M. St-Onge fait aussi remarquer que la plupart des chiffres avancés par le ministre Boulet réfèrent à du soutien d’urgence, lié à la pandémie, et non au financement à la mission, tel que revendiqué.

« Lorsque l’on parle de 174,9 millions sur 5 ans, c’est un gag classique », dit-il, soutenant que « cette année, les groupes en santé ont eu une annonce de 75 millions sur 5 ans, cela veut dire un rehaussement de 15 millions cette année. Cette somme étant récurrente, on dit que cela équivaut à 75 millions. » Ces montants ne seraient donc pas des sommes investies à ce jour, mais plutôt des annonces budgétaires.

Un plan d’action qui se fait attendre

Après avoir rencontré le ministre Boulet à la fin de la mobilisation, M. St-Onge regrettait toujours ne pas avoir de réponse claire quant à l’avancement du Plan d’action gouvernemental en matière d’action communautaire (PAGAC).

Au bureau de M. Boulet, on indique toutefois que les travaux d’élaboration du PAGAC se poursuivent et qu’ils prennent appui sur la démarche de consultation ayant été réalisée auprès du milieu communautaire de mai 2019 à janvier 2021.

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