Francis Bergeron – Histoire – décembre 2021 

Le vendredi 3 novembre 1854, à midi sonnant, Louis « Lizotte » Théberge est sur l’échafaud en attente de son exécution par pendaison. Dès dix heures le matin, une foule de badauds s’est réunie autour de la vieille prison de Trois-Rivières afin d’assister à ce spectacle sordide. Pâle, mais ferme, Théberge écoute les exhortations de la mort sans broncher : « le coup fatal étant donné, l’homme fut lancé dans l’éternité » [1]!

Originaire de Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud, on décrit Théberge comme un homme de 28 ans aux cheveux bruns et aux yeux gris mesurant six pieds. Il n’est pas inconnu des policiers, car quelques jours avant son crime, il venait tout juste de purger une peine au pénitencier provincial.

Que lui reproche-t-on ?

Le 30 octobre 1853, Théberge se rend chez M. Joseph Gauthier, cultivateur de Yamachiche, après avoir été informé de sa supposée fortune. M. Gauthier étant à la messe le dimanche, Théberge en profite pour s’introduire dans sa demeure. Il vole une somme d’environ 100 louis et une montre en cuivre. Avant de prendre la fuite avec son butin, Théberge tue Mme Gauthier, qui était restée à la maison pour s’occuper de ses enfants, laissant derrière lui un fourreau de pistolet et un devant de chemise[2]. Premières pièces à conviction !

N’étant pas originaire de la région, Théberge fuit vers Champlain afin de traverser au sud, disant qu’il venait de Gentilly. C’est un dénommé M. Hamelin qui le fit traverser. En embarquant, « Hamelin lui demanda l’heure, et tira de ses poches de culottes une montre de cuivre ». Première preuve contre Théberge !

Louis « Lizotte » Théberge a été pendu à la vieille prison de Trois-Rivières en 1854 pour le double crime de vol et de meurtre.

Quelques jours plus tard, Théberge se rend chez son beau-frère à Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud avec ladite somme d’argent. Il lui dit qu’il revient de Prescott où son ancien compagnon de pénitencier aurait caché l’argent d’un vol de banque dans trois cruches près d’un cerisier. Toutefois, Théberge en avait trouvé seulement une afin de justifier la somme d’argent qu’il avait sur lui.

Le grand constable de Trois-Rivières Philippe Barns entendit parler de ce fameux Lizotte, puisqu’il aurait été aperçu dans la région de Québec. Dans ces conditions, Barns se rendit chez le beau-frère où se trouvait le suspect, « mais en entrant de nuit dans la maison les constables se trompèrent de personne [sic] et Théberge en profita pour s’échapper, jeta M. Barns à terre et se sauva en calçons [sic] et en bas ». Une cavale de six mois s’ensuit !

Le journal L’Ère Nouvelle écrit que Théberge aurait réussi à se procurer des raquettes pour parcourir le jour même « une distance de cinquante milles à travers les bois jusqu’à l’État du Maine où il ne demeura pas longtemps ». Il se réfugie finalement dans une cabane à sucre, derrière la paroisse de L’Islet, « où il se croyait sans doute en sécurité, étant à neuf lieues dans les terres et à dix-huit lieues de la demeure de son beau-frère ».

L’agent William Falconbridge et les constables Reynolds et Baker de Québec sont envoyés à sa poursuite. Malgré de faibles renseignements et une recherche de quelques jours, ils parviennent à trouver sa cachette et à l’appréhender. Théberge est conduit à la prison de Québec, et de là à celle des Trois-Rivières où il sera exécuté quelques mois plus tard[3].

Son procès se déroule donc en septembre 1854 à Trois-Rivières. La montre est identifiée par M. Gauthier et le fourreau de pistolet retrouvé sur les lieux du crime est parfaitement semblable à celui retrouvé chez son beau-frère, sans compter qu’il avait un fourreau pour deux pistolets. Les preuves sont irréfutables ! Elles concordent pour accuser le « meurtrier-voleur » de Mme Gauthier. Il est reconnu coupable le 16 septembre 1854 et condamné à mort. Louis Théberge a confessé son crime avant de mourir et « a demandé au peuple pardon du scandale qu’il avait causé. Il est mort dans des sentiments chrétiens. Que Dieu ait pitié de son âme » ![4]

Les échos de l’exécution de Théberge

Selon le mémoire de Manuel  Truffy, on ne retrouve pas de registre détaillant les exécutions au Québec avant 1867. Il faut attendre en 1994 avant qu’un premier répertoire soit créé[5]. On peut toutefois présumer qu’il y a eu des exécutions après celles liées aux Rébellions, mais faute de registre, il est difficile de présumer davantage[6]. Fait intéressant, Truffy repère la première exécution en dehors de Montréal en 1854, celle de Louis Théberge à Trois-Rivières. Son exécution a eu des échos partout au Québec. Les journaux montréalais, qui ne s’intéressent que rarement aux exécutions en province, vont publier l’histoire de Théberge. C’est le cas de La Minerve[7], Le Canadien, The Montreal Gazette notamment qui recopient intégralement et littéralement les articles de L’Ère Nouvelle. Or, « cette pratique est très courante à l’époque où les journaux employaient peu de gens et que rarement les journalistes étaient envoyés sur les lieux d’un évènement pour le couvrir lorsqu’il s’agissait d’une localité éloignée »[8]. Enfin, la pendaison de Louis Théberge est l’une des 7 répertoriées à la vieille prison de Trois-Rivières entre 1825 et 1934[9].

Références

[1] « Exécution de Théberge », Le Canadien, Vol. 24, no. 77, 6 novembre 1854, p. 2.

[2] « Louis Théberge », L’Ère Nouvelle, mercredi 26 avril 1854, p. 2.

[3] « Louis Théberge », L’Ère Nouvelle, mercredi 26 avril 1854, p. 2.

[4] « Exécution de Théberge », Le Canadien, Vol. 24, no. 77, 6 novembre 1854, p. 2.

[5] Lorraine Gadoury et Antonio Lechasseur, « Les condamnés/es à la peine de mort au Canada, 1867 — 1976 » : un répertoire des dossiers individuels conservés dans le fonds du ministère de la Justice, Ottawa, Division des archives gouvernementales, Archives nationales du Canada, 1994, 345 p.

[6] Manuel Truffy, « La couverture journalistique des exécutions au Québec entre 1854 et 1932 » Mémoire. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Maîtrise en histoire, 2018, p. 40.

[7] « Exécution de Théberge », La Minerve, Vol. 27, no. 25, 7 novembre 1854, p. 3.

[8] Manuel Truffy, « La couverture journalistique des exécutions au Québec entre 1854 et 1932 » Mémoire. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Maîtrise en histoire, 2018, p. 90.

[9] Benoît Gauthier, « La vieille prison de Trois-Rivières », Cap-aux-Diamants, no. 98, 2009, p. 34.

Bibliographie

GADOURY Lorraine, LECHASSEUR Antonio, « Les condamnés/es à la peine de mort au Canada, 1867 — 1976 » : un répertoire des dossiers individuels conservés dans le fonds du ministère de la Justice, Ottawa, Division des archives gouvernementales, Archives nationales du Canada, 1994, 345 p.

Gauthier Benoît, « La vieille prison de Trois-Rivières », Cap-aux-Diamants, no. 98, 2009, p. 31-36.

Truffy Manuel, « La couverture journalistique des exécutions au Québec entre 1854 et 1932 » Mémoire. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Maîtrise en histoire, 2018, 224 p.

« Louis Théberge », L’Ère Nouvelle, mercredi 26 avril 1854, p. 2.

« Exécution de Théberge », Le Canadien, Vol. 24, no. 77, 6 novembre 1854, p. 2.

« Exécution de Théberge », La Minerve, Vol. 27, no. 25, 7 novembre 1854, p. 3.

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