Selon Éric Noël, la conscientisation environnementale et des changements dans les revenus, les dépenses et les styles de vie des consommateurs pourraient contribuer à la déconsommation.

La déconsommation, le comportement qui consiste à réduire  ses achats, a été amplifié par la pandémie. Il s’agit même de l’un des nouveaux mots du dictionnaire Petit Larousse 2021. Pour Éric Noël, auteur d’un récent essai intitulé La déconsommation : une microtendance à ne plus négliger, le phénomène est là pour rester.

Se passer de certains objets, acheter des articles d’occasion ou troquer sa voiture pour un service de partage sont autant d’actions qui remettent en question notre société de consommation de masse. L’intention de vouloir réduire ses achats et sa consommation peut être liée à plusieurs facteurs, comme des changements dans les revenus ou dans la perception de l’utilité ou de la nécessité des objets, écrit Éric Noël. Le souhait de gagner du temps ainsi que la « valeur morale » liée au fait de consommer y sont aussi pour quelque chose. Selon le baromètre de la consommation responsable, le nombre de Québécois qui pratiquent une forme ou une autre de déconsommation se chiffre à 51 %.

Riche de son temps

Vicky Payeur, l’autrice du livre « Vivre avec moins » est passée de  surconsommatrice à minimaliste  notamment en pratiquant la déconsommation. Photo : courtoisie

Il y a quelques années, croulant sous les dettes, la Trifluvienne Vicky Payeur a amorcé une démarche de changement radical de ses habitudes de consommation. L’autrice du livre Vivre avec moins affirme être passée de « surconsommatrice à minimaliste » et partage aujourd’hui son expérience sur les médias sociaux.

Mis à part le remboursement de 16 000 $ de dettes de consommation en un temps record, elle a rapidement pris conscience de l’énorme gain de temps que procure ce mode de vie. « On peut consacrer le temps gagné à des choses qui ont plus de sens et qui nous permettent de nous développer en tant que personne : faire du sport, apprendre quelque chose de nouveau, lire, aider des membres de sa famille, cuisiner, par exemple. En bonus, si on fait nous-même des tâches domestiques pour lesquelles on paierait d’habitude par manque de temps, ce sont des économies de plus », avance la blogueuse.

Lutte à la pauvreté temporelle

Dans le rapport d’Éric Noël, on peut lire que 14 % des Québécois aujourd’hui vivent de la «pauvreté temporelle », soit une impression constante de manquer de temps. Certains consommateurs épuisés par « le sentiment chronique d’avoir trop de choses à faire et pas assez de temps pour les accomplir » chercheront à alléger leur horaire en magasinant moins et en acquérant moins de biens à gérer et à entretenir. Cela permet de contrer le phénomène que l’auteur britannique James Wallman appelle la Stuffocation, soit l’impression de suffoquer devant la nécessité de payer, entretenir et gérer tous les objets qui encombrent nos vies. Dans le même élan, de plus en plus de travailleurs qui valorisent le temps davantage que l’argent, souhaitent réduire leurs heures de travail. Cela influence la déconsommation, mais aussi la disponibilité de main-d’œuvre.

Vivre selon ses valeurs

L’idée selon laquelle l’économie ne peut pas croître éternellement sur une planète aux ressources limitées est présentée depuis les années 70, tout comme la notion d’empreinte écologique. Ces idées sont-elles maintenant intériorisées au point qu’elles influencent les comportements ? Selon Éric Noël, la conscientisation environnementale accrue, le post-consumérisme (simplicité volontaire, consommation collaborative ou par location, etc.) et des changements importants dans les revenus, les dépenses et les styles de vie des consommateurs « verts », « grisonnants » ou « conscientisés » sont à étudier de près, car ils pourraient contribuer à la déconsommation. En outre, dans les prochaines années, le service communautaire, le bénévolat et les loisirs comme le jardinage pourraient attirer plus d’adeptes, détachés de l’accumulation matérielle.

Vicky Payeur a constaté l’effet de la pandémie sur la consommation, ainsi que les bénéfices sociaux et environnementaux qui en ont découlé.  « On a vu combien les gaz à effet de serre ont diminué lors des confinements. L’autosuffisance a gagné en popularité.  Des gens ont réduit leur consommation en réutilisant les choses qu’ils ont à la maison avant d’acheter du neuf. Des groupes de voisinage se sont formés, pour le prêt d’équipement ou l’entraide. »

Plus facile en région?

De retour en Mauricie depuis juillet, après avoir vécu trois ans à Montréal, Vicky Payeur réalise qu’il est plus facile de vivre simplement en région que dans la grande ville.  « Dans ma cour, je peux cultiver des légumes, avoir des poules urbaines et faire mon compost. Se déplacer en vélo à Trois-Rivières est plus simple et agréable qu’à Montréal. Lorsque je sors de chez moi, le besoin de consommer est beaucoup moins présent. »

Une tendance de fond

Pour Éric Noël, il y a suffisamment de signaux qui confirment l’émergence de la déconsommation.  « La crise sanitaire nous a non seulement contraints à consommer moins, elle a aussi éveillé une certaine conscience collective sur nos besoins, croit-il. De la même manière que l’âge de pierre n’a pas pris fin parce qu’on a manqué de pierres, l’âge de la consommation ne se terminera pas parce qu’on manquera de biens, de supermarchés ou de commerces en ligne. Une transition est amorcée et elle nous transporte déjà dans une ère différente. Reste maintenant aux décideurs de s’y préparer », conclut-il.  

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