« Un homme devrait pouvoir décider ce que sa partenaire porte, publie sur les réseaux sociaux ou avec qui elle parle. » Ce type de propos, choquant, circule pourtant aujourd’hui au Québec. Dans ces idées s’exprime le masculinisme, un courant de pensée qui prétend défendre les hommes mais qui repose souvent sur l’antiféminisme et la misogynie. 

Plus préoccupant encore : environ un élève sur trois adhère à la tendance masculiniste. Sa popularité chez les jeunes soulève des inquiétudes, car ce courant contribue à renforcer les inégalités de genre et à banaliser des comportements problématiques. Face à cette montée du masculinisme, une attitude demeure essentielle : comprendre pour mieux agir.

 

Qu’est-ce que le masculinisme ?

Le masculinisme est un mouvement qui s’oppose aux avancées vers l’égalité entre les genres. Il valorise une vision de la masculinité basée sur la force, le contrôle et la domination. Au cœur de ces discours, on retrouve souvent le concept d’une « crise de la masculinité », qui établit que les hommes seraient aujourd’hui menacés par les femmes et le féminisme.

Ces idées circulent largement dans la « manosphère », un ensemble de communautés en ligne (forums, balados, vidéos) qui diffusent des contenus antiféministes. Contrairement à ce que certains affirment, il ne s’agit pas simplement de soutenir les hommes ou leur bien-être ; en effet, promouvoir la santé mentale ou l’autonomie financière est légitime. Le problème, ici, réside plutôt dans l’étalage d’un discours qui cherche à freiner ou à renverser le progrès vers l’égalité.

 

Un phénomène ancien, amplifié aujourd’hui

Le masculinisme n’est pas nouveau, car il s’inscrit dans un système plus large : le patriarcat, qui a historiquement favorisé le pouvoir des hommes sur les femmes. Aujourd’hui, les réseaux sociaux ravivent et amplifient ces idées en les rendant plus accessibles, surtout auprès des jeunes.

 

Des stratégies d’influence efficaces

Les contenus masculinistes ne sont pas toujours explicites. Ils commencent souvent par des messages sur la réussite personnelle, la confiance en soi ou les relations homme-femme, puis introduisent progressivement des idées plus problématiques.

On y remarque des thèmes récurrents :

  • Domination masculine : un « vrai homme » doit être fort, riche, dominant et ne pas montrer ses émotions.
  • Subordination des femmes : elles devraient être soumises ou dépendantes.
  • Stéréotypes de genre : les femmes seraient moins rationnelles et plus manipulatrices.
  • Victimisation masculine : les hommes seraient désavantagés par le féminisme, dans une supposée « guerre des sexes ».

Ces discours simplifient la réalité et alimentent des tensions inutiles.

 

Pourquoi est-ce préoccupant ?

Ces propos masculinistes entraînent des conséquences bien réelles. De fait, en valorisant le contrôle et la domination, ils peuvent banaliser des relations inégalitaires et nuire au respect du consentement.

Ils renforcent aussi des croyances dangereuses liées à la violence sexuelle, comme blâmer les victimes, minimiser les agressions et remettre en question la parole des personnes qui dénoncent. Dans ce contexte, l’attention se déplace parfois vers la protection des agresseurs plutôt que vers le soutien aux victimes.

 

Pourquoi les jeunes y adhèrent-ils ?

Ces discours jouent sur des insécurités bien réelles : peur du rejet, sentiment d’échec, pression de performance. Et ils promettent des solutions simples à ces situations : succès, richesse et reconnaissance.

À une période de leur vie où les jeunes construisent leur identité, ces messages peuvent être séduisants. Certains influenceurs projettent une image attrayante de réussite (argent, pouvoir, apparence physique). Progressivement, les jeunes adhèrent non seulement aux conseils proposés, mais aussi aux concepts qui les sous-tendent.

 

Une répercussion sur tous et toutes

Le masculinisme ne nuit pas seulement aux femmes. Il impose aussi aux hommes des modèles rigides : être forts, dominants, performants, sans laisser de place à la vulnérabilité et à la diversité. Conséquemment, ceux qui ne correspondent pas à ces standards peuvent se sentir inadéquats ou exclus.

La tendance masculiniste contribue également à accroître l’hostilité envers certaines communautés, notamment les personnes de la diversité sexuelle et de genre.

Que faire ?

La solution passe par l’éducation et le dialogue.

  • À la maison : s’intéresser à ce que les jeunes consomment en ligne, discuter ouvertement des relations et de l’égalité.
  • À l’école : développer l’esprit critique, déconstruire les mythes et aborder les problèmes liés aux genres.
  • Chez les jeunes : vérifier les sources, poser des questions, en parler avec des adultes de confiance.

La campagne On s’écoute, lancée par l’université Concordia et qui vise l’information et la sensibilisation, offre des ressources pertinentes pour comprendre ces discours et développer l’esprit critique.

 

En bref

La montée du masculinisme en ligne influence la façon dont les jeunes perçoivent les relations interpersonnelles, la sexualité et l’égalité. Elle normalise des stéréotypes et des rapports de pouvoir nuisibles. 

Rappelons une chose simple : il n’existe pas une seule manière d’être un homme. Promouvoir des masculinités diverses, respectueuses et égalitaires, c’est bénéfique pour tout le monde.

Un monde où chaque personne est libre, sans dominer l’autre, est non seulement possible, mais également nécessaire.

 

Ornellia Stella Dossou

Intervenante sociale au CALACS ENTRAID’ACTION

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