Usine Kruger Wayagamack, Trois-Rivières. Photo : Dominic Bérubé

Des citoyens et citoyennes préoccupés par leur santé ont installé des appareils de mesure des particules fines sur le territoire trifluvien pour mieux connaître la qualité de l’air extérieur et sensibiliser la population à la présence de polluants.

Dans les quartiers avoisinant les deux usines de Kruger, soit Saint-Philippe et le bas du secteur Cap-de-la-Madeleine, des personnes ont formé en juillet dernier une association à but non lucratif ayant pour mission de documenter la qualité de l’air à Trois-Rivières.

L’association nommée Citoyens de La Vérendrye a acquis et installé des appareils qui mesurent les particules en suspension dans l’air. La douzaine d’appareils installés aux quatre coins de la ville enregistre la concentration de ces particules fines, comme les poussières, le pollen, les gaz et les fumées, sans toutefois distinguer les types de substances présentes.

La technologie choisie est la même qu’utilisent les comités de citoyens de Québec et de Rouyn-Noranda, aux prises avec une pollution atmosphérique causée par le transbordement de nickel dans le port (à Limoilou) et par les émissions d’arsenic de la fonderie Horne (à Rouyn-Noranda).

À Trois-Rivières, ce sont les émissions en provenance des usines Kruger Trois-Rivières et Kruger Wayagamack, et des installations portuaires qui inquiètent la population.

Une confiance qui s’effrite

La démarche dénote le souhait des membres de cette association d’obtenir une information juste sur la qualité de l’air respiré. De fait, selon Réal Proulx, membre et porte-parole de ce comité citoyen, les données détenues par les différentes instances manquent de crédibilité ou sont difficiles à obtenir.

D’une part, l’information que possède le gouvernement fédéral lui est fournie par les deux usines de Kruger. « Le gouvernement ne fait que compiler les données et ne réalise pas d’analyse indépendante », déplore le porte-parole de l’association.

D’autre part, les données qui proviennent de l’évaluation environnementale du projet d’agrandissement des installations portuaires de Trois-Rivières n’ont rien de rassurantes, selon monsieur Proulx.

Qui plus est, la Ville de Trois-Rivières aurait des résultats d’analyse de l’air et des odeurs, mais l’accès à cette information a été refusé au regroupement de citoyens.

La confiance de nombreuses personnes s’effrite, car elles sont maintenant persuadées que les autorités impliquées dans ce dossier sont complaisantes envers l’industrie. « Je ne pense plus qu’on peut avancer avec les organismes gouvernementaux. Ils nous demandent des rapports, des preuves alors que ce sont eux qui devraient avoir l’expertise pour nous protéger », souligne Réal Proulx.

Mise à jour régionale 

Consciente de cette méfiance grandissante chez la population, Lauréanne Daneau, directrice générale d’Environnement Mauricie, espère que son organisme pourra rassembler cette année autour d’une même table des responsables politiques, des experts techniques, des universitaires, des fonctionnaires ainsi que des représentants de l’industrie et de la société civile pour discuter de la qualité de l’air.

« On a besoin d’une mise à jour à Trois-Rivières, dit-elle. D’abord, nous devons voir quelles sont les données et les connaissances disponibles. Puis, mieux comprendre les rôles et responsabilités de chacun en matière de qualité de l’air. »

Or, cet automne, Radio-Canada nous apprenait que l’usine Kruger Wayagamack figure, à l’instar de la fonderie Horne, dans la liste des huit usines québécoises autorisées par le gouvernement à dépasser certaines normes environnementales. Les révélations du média national ont conduit le gouvernement à rendre plus accessible le contenu des attestations d’assainissement qu’il délivre aux industries.

À cette occasion, le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec avait soulevé la nécessité d’améliorer la transparence à propos des émissions industrielles et d’octroyer des ressources additionnelles au ministère de l’Environnement pour qu’il puisse élargir son champ d’action.

À la recherche de la vérité

Le conseiller municipal Dany Carpentier se dit personnellement préoccupé par la santé dans le district qu’il représente, soit La Vérendrye. « Dans Saint-Philippe, l’espérance de vie est inférieure à la moyenne trifluvienne. Il y a la pauvreté, mais est-il possible qu’il y ait d’autres facteurs à considérer ? » se demande-t-il.

L’idée de tenir des assemblées publiques sur la qualité de l’air le séduit. Celui qui a organisé plusieurs rencontres avec ses concitoyens au sujet de divers problèmes au cours de l’année 2022 explique sa démarche : « Le succès réside dans la capacité d’échanger entre nous. L’enjeu est la recherche de vérité afin que nos décisions soient représentatives de celle-ci. »

Par curiosité et par solidarité, le conseiller Carpentier a aussi installé un appareil de mesure des particules à son domicile. Cependant, l’obtention d’avis d’experts sera nécessaire pour bien interpréter les résultats, fait-il valoir.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la pollution atmosphérique constitue la plus importante menace environnementale pour la santé humaine. Elle entraîne sept millions de décès prématurés chaque année dans le monde. La pollution particulaire cause des maladies cardiovasculaires, des maladies respiratoires et un certain nombre de cancers. Les populations les plus vulnérables et marginalisées sont généralement les plus touchées.

 

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