JF_Veilleux_Web    Jean-François Veilleux, mai 2016

Le 10 mai 1652, le jésuite Jacques Buteux est tué dans le haut Saint-Maurice, jeté dans « Le Trou du Diable » (chutes de Shawinigan) lors de la colonisation de la Mauricie. Bref retour sur la vie remarquable d’un missionnaire-explorateur.

Né le 10 avril 1599 à Abbeville, en Picardie (France), Jacques Buteux arrive à Québec le 24 juin 1634. Aussitôt, on le charge d’aller établir une mission permanente au poste des Trois-Rivières, nouvellement fondé par Champlain le 4 juillet, sous la direction de son fidèle bras-droit, un certain Laviolette.

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Depuis 2006, la microbrasserie de Shawinigan, Le Trou du Diable, commercialise une «bière divine extra-forte» (10 %) pour rendre hommage au père Jacques Buteux : «La Buteuse». Depuis 2010, cette blonde d’inspiration belge (triple abbaye) a gagné cinq prix internationaux! Crédits : Le Trou du Diable

Presque toute la vie apostolique du père Jacques Buteux au Canada s’est passée aux Trois-Rivières. Accompagné du père Paul Le Jeune (1591-1664), supérieur des jésuites au Canada, il vient prendre en charge la mission trifluvienne à l’automne de 1634, précisément le vendredi 8 septembre, alors que la construction du fort n’est même pas encore terminée.

Le père Buteux y restera presque sans interruption jusqu’à sa mort tragique. Ces dix-huit années de dévouement prodigué sur notre terre peuvent nous inspirer une certaine vénération pour cet humble missionnaire qui s’occupa de convertir les Montagnais et les Algonquins. Aventurier, il va également explorer les postes de Tadoussac et de Gaspé.

En 1651, Buteux remonte le Saint-Maurice jusqu’au pays des Attikamègues (Atikamekw). Il laissera de ce voyage de trois mois vers la tête de notre « fleuve de bronze » un récit d’un extrême intérêt. Le 4 avril 1652, il repart pour le même endroit, au Nord, poussé par le désir de faire un séjour chez les Amérindiens et par son rêve d’atteindre la baie d’Hudson!

La veille, il écrit au père Paul Ragueneau (1608-1680), qui racontera plus tard le récit des martyrs canadiens : « Je pars accompagné de mes misères, j’ai grand besoin de prières […] Le cœur me dit que mon bonheur approche. » Ces paroles indiquent bien qu’il pressent la mort qui le guette. Attendant la grâce du martyre, son vœu fut exaucé.

Le 10 mai, après plus d’un mois d’une montée très lente, il est assailli au cours d’un portage par un groupe d’Iroquois. Une décharge de fusil abat son compagnon Pierre Fontarabie et le couche lui-même sur le sol, la poitrine traversée de deux balles et le bras droit rompu. Les ennemis achèvent de les assommer à coups de hache et, après les avoir dépouillés de leurs habits, ils les précipitent dans la rivière. Le 8 juin, un Huron converti nommé Thomas Tsondoutannen, qui avait réussi à s’échapper, apporte la pénible nouvelle aux Trois-Rivières. Des Amérindiens chrétiens tentent alors de repêcher le corps de leur bien-aimé missionnaire, mais ils sont incapables de le retrouver. Le Saint-Maurice garde la dépouille du martyr. Sa mort fut très vivement sentie partout. « C’est une perte incroyable pour la mission » écrivait de Québec la vénérable mère Marie de l’Incarnation (1599-1672).

Encore aujourd’hui, on continue d’honorer la mémoire de celui que plusieurs considèrent comme le fondateur de la ville du Cap-de-la-Madeleine vers 1649. À l’été 2007, un tronçon de 12,9 km du Sentier national de la Mauricie a été nommé en son honneur, alors qu’un peu partout en Mauricie, de La Tuque à Trois-Rivières, plusieurs rues et écoles portent aussi son nom.

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