Du 11 au 15 mai 2026, l'Université du Québec à Trois-Rivières accueillait le 93e congrès de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS). PHOTO : Djocari Lauris Théodore

La science est essentielle à l’élaboration des politiques publiques. Des hôtels de ville québécois aux gouvernements de l’Afrique de l’Ouest, un même défi.

Du 11 au 15 mai 2026, l’Université du Québec à Trois-Rivières accueillait le 93e congrès de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS). Parmi les colloques qui ont marqué la deuxième journée, deux ont posé, chacun à sa manière, la même question fondamentale : comment faire en sorte que la science éclaire vraiment les décisions qui touchent la vie des gens ? Les réponses sont venues d’horizons différents, mais elles se rejoignent sur l’essentiel.

 

Au Québec, un rôle encore jeune mais déjà indispensable

Des directeur-trices généraux-ales, des conseiller-ères scientifiques en chef et des chercheur-euses se sont réunis-es pour dresser un portrait de la fonction de conseiller-ère scientifique municipal-e, en pleine expansion dans les Municipalités et les Villes québécoises depuis environ trois ans. Le constat est net : l’utilité du rôle fait l’unanimité, mais ses contours restent à définir.

Au cours du premier colloque, une étude qualitative menée auprès de 26 participant-es entre septembre 2025 et janvier 2026 dans 12 Municipalités a permis de mieux cerner ce rôle émergent. Résultat central : le conseiller ou la conseillère scientifique agit avant tout comme « un courtier ou une courtière de connaissances », soit un traducteur ou une traductrice entre l’expertise scientifique et les besoins concrets des administrations locales. Comme l’a formulé un des animateurs du colloque : « Ce n’est pas juste ajouter une nouvelle ressource, c’est créer deux mondes qui n’ont pas forcément les mêmes réflexes, les mêmes temporalités, les mêmes habitudes. »

L’étude a aussi révélé que les collaborations réussies reposent souvent sur des relations humaines déjà établies plutôt que sur des ententes formelles. Quatre grands profils ont émergé : le conseiller ou la conseillère de proximité dans les petites Municipalités, le conseiller-chercheur ou la conseillère-chercheuse en réflexion éthique, le comité multidisciplinaire pour les grandes Villes, et le ou la scientifique en chef intégré-e à temps plein dans les organisations. Ce colloque, co-organisé notamment par des chercheurs et chercheuses de l’UQTR , dont Simon Barnabé et Nicholas Fecteau, place Trois-Rivières au cœur de cette réflexion nationale.

 

En Afrique de l’Ouest, la même question, à plus grande échelle

Plus tard dans la journée, Deo-Gracias Sedjro Oloyede Houndolo, un économiste du développement béninois et coordonnateur régional du programme West Africa Capacity-building and Impact Evaluation (Renforcement des capacités et d’évaluation d’impact en Afrique de l’Ouest, ou WACIE), de l’initiative internationale pour l’évaluation d’impact 3ie, a présenté une expérience menée depuis près de huit ans dans les huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Son message rejoint directement celui qu’on avait entendu au colloque du matin : produire de bonnes données scientifiques ne suffit pas, il faut créer les conditions pour qu’elles soient utilisées.

M. Houndolo a tenu à corriger une idée reçue. Les décideurs et décideuses  politiques ne sont pas hostiles à la science, mais veulent savoir ce qui fonctionne et éviter les erreurs coûteuses. Mais ils-elles travaillent sous pression, entre urgences, budgets limités et cycles électoraux courts. « Sans confiance, la preuve est suspecte. Sans confiance, le chercheur est perçu comme extérieur », a-t-il affirmé.

Pour relier chercheur-euses et décideurs-euses, le programme WACIE a développé un dispositif appelé helpdesk, une infrastructure d’interface qui transforme des questions administratives urgentes en questions scientifiques traitables : par exemple, efficacité des cantines scolaires, abandon scolaire des filles, effets des transferts monétaires sur la malnutrition.

 

Un écho pour ici

Qu’il s’agisse du conseil municipal de Victoriaville ou d’un ministère du Bénin, le défi est le même : bâtir la confiance, adapter le format, respecter les temporalités. Dans des régions comme la Mauricie, Lanaudière ou le Centre-du-Québec où les enjeux de gestion environnementale, de développement industriel et d’acceptabilité sociale exigent des décisions de plus en plus complexes, ces réflexions ne sont pas abstraites. Elles dessinent le profil d’une gouvernance publique qui reste à construire, ici comme ailleurs.

 

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Djocaris Théodore, journaliste

Initiative de journalisme local

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